GALKAYO (Somalie) (AFP) — Alors que Mogadiscio s'enfonce toujours plus dans la violence, les administrations autoproclamées du centre de la Somalie, qui s'opposent avec succès aux insurgés islamistes, réclament à la communauté internationale les dividendes de leur engagement.
Inspirés par le succès du Somaliland, territoire autonome du nord-ouest de la Somalie qui a proclamé son indépendance en 1991, les principaux clans du centre du pays se sont rassemblés pour mettre en place leur propre modèle d'administration locale pour obtenir un plus grand soutien des bailleurs.
En 2008, le mouvement soufi Ahlu Sunna wal Jamaâ a ainsi pris les armes pour stopper l'inexorable avancée des insurgés shebab, et s'est depuis lors imposé comme un acteur politico-militaire incontournable sur le champ de bataille.
Malgré un accord de partage du pouvoir avec le très affaibli gouvernement de transition (TFG) à Mogadiscio, les chefs d'Ahlu Sunna estiment pourtant avoir été fort peu récompensés de leurs efforts.
Mohamed Aden "Tiiceey" a quitté en 2008 son Minnesota adoptif, aux Etats-Unis, pour fonder avec d'autres notables de son clan d'origine les administrations d'Himan et Heeb, dont la "capitale" est Adado. "Nous avons stoppé les shebab, Himan et Heeb fait de son mieux pour garantir la sécurité. Mais malgré tout cela, nous ne voyons rien venir de la communauté internationale", déplore M. Aden, dont la région fonctionne tant bien que mal avec un budget annuel d'à peine 500.000 dollars.
"Si vous donnez le pouvoir au peuple, le peuple vous soutiendra. Mais il lui faut des raisons d'espérer. Je n'ai plus l'énergie que j'avais il y a deux ans, et le monde ne se rend pas compte des efforts que nous avons fait pour cette région".
Plus au nord, "l'Etat" de Galmudug, autre entité autoproclamée, se sent lui aussi abandonné. "Les agences de l'ONU sont totalement absentes ici", affirme Habibo Kofro, au cours d'une réunion d'associations de femmes dans la capitale Galkayo.
Selon le ministre de Galmudug pour la Pêche, les Ports et les Ressources naturelles, Mohamed Ali Warsame, attendre la stabilité pour favoriser le développement, c'est oublier que le développement est au contraire un élément clé de la sécurité.
La piraterie, qui prospère sur les côtes de cette Somalie centrale, en est le meilleur exemple, souligne ce responsable. "Parfois, je me demande si la communauté internationale veut vraiment résoudre le problème. Pourquoi utiliser ainsi autant de ressources financières ?", s'interroge-t-il, en référence au coût exorbitant du déploiement de dizaines de navires de guerre au large de la Somalie pour des résultats peu probants.
Pour M. Warsame, la piraterie pourrait être éradiquée si seulement 1% de ces dépenses consacrées à la lutte contre les pirates étaient utilisées intelligemment pour le développement des zones côtières.
Martin Murphy, expert américain, estimait dans un récent article que les Etats-Unis et leurs alliés devaient "travailler sur une approche plus régionale et sous-étatique".
La communauté internationale a jusqu'à présent concentré ses efforts sur le TFG du Président Sharif Sheikh Ahmed, dont l'autorité ne s'exerce que sur quelques quartiers de Mogadiscio et qui s'avère incapable de tenir tête aux insurgés islamistes.
Les Etats-Unis "n'abordent pas le problème avec beaucoup d'imagination", regrette M. Murphy, interrogé par l'AFP.
Le Somaliland, qui a élu en juin un nouveau président au terme d'un scrutin libre et transparent, comme la région semi-autonome du Puntland, devraient tous deux recevoir un plus grand soutien direct, assure-t-il. "Nous devons construire là où la stabilité se trouve".
L'approche uniquement au niveau étatique et centralisée est une erreur, alors qu'elle pourrait être complémentaire d'un soutien plus localisé, juge un autre expert basé à Nairobi. Ces nouvelles administrations du centre de la Somalie méritent un appui international, explique cette source.
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 Par Soufiane Ben Farhat
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