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 Par Abdelhamid GMATI
Cette fois-ci, on a franchi le Rubicon. Avec l’assassinat prémédité et par balles réelles du secrétaire général du Parti des patriotes démocrates unifié, M. Chokri Belaïd, il ne s’agit plus de liberté de s’exprimer ou de manifester «pacifiquement», on est passé à l’élimination physique d’un éminent leader politique. Qui en sont les auteurs et pourquoi lui ? Espérons (sans trop y croire) que l’enquête (s’il y en a une) identifiera les coupables. Ce n’est pas la première fois que cet opposant est agressé et il a, à chaque fois, identifié ses agresseurs. Dimanche dernier, il avait accusé des groupes salafistes et des membres du mouvement Ennahdha de l’avoir agressé ainsi que d’autres personnes lors du congrès de son parti au Kef. Le 31 décembre 2012, des barbus, munis de bâtons, l’ont agressé verbalement et il n’a dû son salut qu’à l’intervention de citoyens présents sur les lieux. Il s’est également illustré, comme tout opposant qui se respecte, par ses critiques acerbes des gouvernants. Chokri Belaïd a dénoncé à maintes reprises la violence politique qui s’est propagée ces derniers mois dans notre pays et qui avait fait un mort à Tataouine. Mardi dernier, sur une chaîne de télévision, il avait déclaré qu’«Ennahdha et son chef ouvrent la voie à l’assassinat politique». Une mise en garde prémonitoire.
En fait, c’est l’aboutissement attendu de pratiques devenues habituelles depuis un peu plus d’une année. L’usage de la violence, les appels au meurtre et les discours haineux, en toute impunité, ne pouvaient que déboucher sur cette tragédie. En fin de semaine, et en 48 heures, on a recensé pas moins que six actes de violence contre des partis et des personnalités de l’opposition : le Parti républicain a été empêché de tenir un meeting à Kairouan; le meeting du Parti des patriotes démocrates unifié a été attaqué au Kef; Ahmed Néjib Chebbi a été séquestré dans une radio à Gabès. Un vieux démocrate de 70 ans a été agressé à Kairouan. Le local central de Nida Tounès à Tunis a été attaqué, alors que le local de ce parti à Kébili a été saccagé. Les auteurs présumés sont les salafistes ou (et) les ligues de protection de la révolution, considérées comme bras armé du mouvement islamiste. Cette identification n’a jamais été niée ; bien plus, le communiqué final du Conseil de la choura nahdhaoui appelle «à lever l’injustice infligée aux enfants d’Ennahdha et de la ligue de protection de la révolution incarcérés à Tataouine» (qui avaient attaqué et lynché un responsable d’un parti d’opposition) est une confirmation. Cette impunité réclamée pour des milices fascistes est de nature à encourager leurs membres à persévérer et même à assassiner.
Tout cela n’est pas fortuit et procède d’une politique délibérée au service d’un objectif, celui d’établir un califat en Tunisie. Pour ce faire, on disloque l’Etat tunisien et on divise la société. D’un côté les bons, c’est-à -dire les islamistes, adepte du wahhabisme; de l’autre, les méchants, c’est-à -dire les opposants, les laïcs, les intellectuels, les modernistes. Ces derniers sont régulièrement traités de mécréants, de mauvais musulmans, de suppôts de l’Occident. Et, pour mieux faire passer la pilule, on brandit le spectre des anciens membres du parti dissous de la dictature, le RCD. Et on les exclut. Et le mouvement islamiste va jusqu’à vouloir inclure ces exclusions dans la future Constitution. Le bloc nahdhaoui à l’Assemblée fait un forcing pour accélérer l’adoption du projet de loi d’immunisation de la révolution et ne pas l’intégrer au projet de loi sur la justice transitionnelle. Ledit projet de loi exclut des responsabilités politiques et de l’éligibilité tous ceux qui ont travaillé avec Ben Ali depuis mars 1989 jusqu’au 14 janvier 2011. Certains membres du parti Nida Tounès, et en particulier son leader, M. Caïd Essebsi, sont particulièrement visés. Cela fait des milliers d’opposants et de Tunisiens qu’on veut priver, arbitrairement, de leurs droits de citoyens. Cela a eu lieu en Israël contre les Palestiniens et en Afrique du Sud contre les Noirs, du temps de l’apartheid.
C’est en définitive ce que fait le mouvement islamiste : établir la ségrégation et la discrimination systématique et exclure toute contestation, toute opposition. Y compris par la violence et l’élimination physique.
Le secrétaire général du Parti des patriotes démocrates unifié, Chokri Belaïd, a été assassiné hier matin, devant chez lui, à El Menzah VI. Quatre balles lui ont ôté la vie et meurtri toute une nation. La Tunisie a-t-elle basculé dans l’horreur ? Les Tunisiens, non habitués à ce genre d’actes terroristes odieux, ont été abasourdis par la nouvelle, mais sont sortis crier leur indignation et exprimer leurs craintes de voir le pays s’enliser dans une spirale de violence et d’assassinats politiques et, par là même, verser dans l’horreur.
• Tous les membres du prochain gouvernement, y compris le Premier ministre, ne seront pas candidats aux prochaines élections
Hamadi Jebali s’est, enfin, décidé pour annoncer, hier soir, lors d’une allocution télévisée, la nouvelle que tout le monde attendait depuis juillet dernier.
La présidence de la République s’est déclarée hier «en état de choc» suite à l’assassinat du coordinateur général du Front populaire et secrétaire général du Parti des patriotes démocrates unifié Chokri Belaïd.
Dans une adresse télévisée, le président de l’Assemlée nationale constituante, M. Mustapha Ben Jaâfar, qui s’est recueilli au début de son intervention sur l’âme du martyr Chokri Belaïd et a présenté ses condoléances à la famille du défunt ainsi qu’au peuple tunisien, a indiqué que ce crime a ciblé en apparence une personnalité nationale mais qu’en réalité, c’est «une tentative d’assassiner l’expérience démocratique que connaît notre Tunisie». «L’auteur de ce crime odieux veut déstabiliser le pays et le lancer droit dans le mur», a expliqué le président de l’ANC.
• Les premiers éléments de l’enquête révèlent l’implication de deux individus
Le ministre de l’Intérieur, Ali Laârayedh, a condamné, hier, le «crime odieux», «l’acte terroriste» et «l’assassinat politique évident» qui a ciblé le secrétaire général du Parti des patriotes démocrates unifié, Chokri Belaïd.
Le Mouvement Ennahdha a fermement condamné «le crime odieux» perpétré contre le secrétaire général du Parti des patriotes démocrates unifié Chokri Belaïd qui «porte atteinte à la sécurité et à la stabilité du pays».
S’adressant, hier, au Parlement européen, le président de la République provisoire Moncef Marzouki a qualifié de «crime odieux» l’assassinat de Chokri Belaïd, «leader politique et ami de longue date».
Le président français François Hollande a condamné, hier, «avec la plus grande fermeté» l’assassinat de Chokri Belaïd, et fait part de la «préoccupation de Paris face à la montée des violences politiques» en Tunisie, selon un communiqué de l’Elysée.
Les Etats-Unis d’Amérique ont «fermement condamné» l’assassinat, hier, de Chokri Belaïd, «chef de parti politique et personnalité tunisienne influente de l’opposition sous le régime de Ben Ali».
Jean-Claude Mignon, président de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (Apce), s’est déclaré choqué par l’assassinat de Chokri Belaïd, une figure de l’opposition tunisienne.
La veuve de Chokri Belaïd, Besma Khalfaoui, a imputé la responsabilité de l’assassinat de son mari au mouvement Ennahdha. «J’impute la responsabilité à Ennahdha avec ses deux branches démocrate et fasciste», a-t-elle déclaré hier après-midi depuis sa résidence à El Menzah, dans le gouvernorat de l’Ariana.
Chokri Belaïd, abattu hier matin devant son domicile au quartier résidentiel d’El Menzah VI, était né le 26 novembre 1964 à Djebel Jelloud, à Tunis, dans une famille originaire de Siliana, région enclavée du nord-ouest du pays. Il était marié à l’avocate Bessma Khalfaoui et père de deux petites filles.
Chokri s’est tu à jamais... Ils ont bien répondu au dialogue auquel il les appelait... ». Quand, à huit heures trente du matin, l’épouse de Chokri Belaïd martelait cette phrase au téléphone de Radio Mosaïque, la Tunisie se réveillait sous le choc et devant la fatalité du crime politique annoncé... En quoi l’assassinat du Secrétaire général du Parti des patriotes démocrates unifié était-il prévisible et imparable? Marque-t-il le glissement du pays dans une spirale de violence milicienne ou le début d’une prise de conscience politique ?
• Pour l’ouverture dans l’immédiat d’une enquête sérieuse
• Fournir la protection nécessaire aux personnalités politiques
• Ouvrir un dialogue national sur la violence politique
Plusieurs partis politiques ont condamné, dans des déclarations rendues publiques, hier, l’assassinat de Chokri Belaïd, secrétaire général du Parti des patriotes démocrates unifié. Tout en appelant à la «retenue», ils imputent la responsabilité au gouvernement et à l’Assemblée nationale constituante (ANC).
L’élimination physique en bonne et due forme d’un leader de parti ne fait pas partie de nos coutumes politiques et exige, aujourd’hui, une levée de boucliers unanime de la part de toutes les forces politiques, sociales et associatives de la Tunisie. Elle marque incontestablement un inacceptable tournant dans les mœurs et les pratiques de ce pays pacifique et convivial qui ambitionnait de conduire à son terme sa Révolution démocratique.
Vive émotion, hier matin, au siège de l’Assemblée nationale constituante, à la suite du lâche assassinat dont a été victime Chokri Belaïd, coordinateur général du Parti des patriotes démocrates unifié.
Depuis des mois, la violence politique s’est installée à demeure dans notre paysage politique. Elle l’a fait parce que la réponse qui lui est opposée a été, pour le moins, molle et ambiguë... Cette violence a produit son lot de victimes et cherche, petit-à -petit, à ramener la peur parmi les citoyens... Aujourd’hui, nous avons franchi un seuil fatidique. Un seuil face auquel chacun doit assumer ses responsabilités.
Des milliers de personnes se sont rassemblées, hier, devant le siège du ministère de l’Intérieur, pour manifester leur colère suite à l’assassinat de Chokri Belaïd, président du Parti des patriotes démocrates unifié. Le maître mot «Dégage» était de retour.
Sous le titre : «Le ressenti et le pressenti, des politiques se confient», nous avons publié un article sur ces mêmes colonnes le 29 janvier 2012, où nous avons approché des hommes politiques de tous bords pour qu’ils expriment leurs vœux à l’occasion du nouvel an. Chokri Belaïd avait exprimé alors son souhait de rester en vie. Il n’a pas été écouté.
«C’est après-demain qu’auront lieu les funérailles du camarade martyr Chokri Belaïd, secrétaire général du Ppdu», a affirmé Mohamed Jmour, secrétaire général adjoint du Ppdu, lors de la conférence donnée hier par les membres du Bureau politique du parti. Cela se passait au sein de son propre siège, devant un parterre de journalistes tunisiens et étrangers ainsi qu’un grand nombre de partisans touchés au vif et endeuillés par l’assassinat de leur camarade, militant dès sa prime jeunesse, dans la lignée des patriotes démocrates et connu pour son courage et son franc-parler.
 • La présidence de la République avait averti Chokri Belaïd que sa vie était en danger, selon Mohamed Jmour
 • Appel à une grève générale, le jour des funérailles
Au cours d’une conférence de presse organisée, hier après-midi, par le Front populaire, suite à l’assassinat de Chokri Belaïd, secrétaire général du Parti des patriotes démocrates unifié, Hamma Hammami a annoncé que les députés démocrates de l’opposition ont décidé de suspendre leur activité au sein de l’ANC, et ce, lors d’une réunion d’urgence qui a réuni le Front populaire, le Parti républicain, Al Massar, Nida Tounès, ainsi que d’autres partis de l’opposition.
La famille judiciaire élargie a condamné le crime horrible dont a été victime hier matin l’avocat et homme politique tunisien Chokri Belaïd.
Dans un communiqué commun, la Commission nationale des avocats, l’Association des magistrats tunisiens et le Syndicat général des auxiliaires de justice ont décidé d’observer «un deuil dans tous les tribunaux» et annoncé une «grève de deux jours, soit les 7 et 8 février 2013».
Des marches de protestation ont été organisées à travers les gouvernorats de la République à la suite de l’assassinat de Chokri Belaïd, secrétaire général du Parti des patriotes démocrates unifié.
Une journée exceptionnelle, triste et tendue à Sfax. L’annonce surprise de l’assassinat de l’opposant politique Chokri Belaïd a suscité, hier, à Sfax, des réactions tous azimuts. Arrêt des cours dans les lycées, destruction des équipements et documents du bureau d’Ennahdha à Sfax, intrusion dans le siège du gouvernorat…
L’assassinat de Chokri Belaïd, secrétaire général du Parti des patriotes démocrates unifié, hier matin, a fait l’effet d’une onde de choc dans toutes les délégations du gouvernorat de Kairouan. Toute la population est abasourdie devant cet immense gâchis et ce crime odieux qui était prévisible, vu la décomposition de la vie politique, le dilettantisme et les querelles partisanes. Dans les cafés, dans les souks et dans les différentes administrations, on ne parlait que de cet acte lâche, qui risque de déstabiliser le pays, et des groupes armés qui ont infesté la Tunisie.
Des personnalités de différentes tendances politiques et des composantes de la société civile ont dénoncé, dans des déclarations à l’agence TAP, l’assassinat du secrétaire général du Parti des patriotes démocrates unifié, Chokri Belaïd, survenu, hier matin, devant son domicile dans la banlieue de Tunis.
Un policier a été tué dans les affrontements survenus, hier, entre les forces de l’ordre et les manifestants, suite à l’assassinat de l’homme politique et militant des droits de l’Homme Chokri Belaïd, a affirmé Khaled Tarrouche, chargé de l’information au ministère de l’Intérieur.
Sakhr El Matri a demandé asile aux Seychelles et se trouve actuellement dans l’archipel de l’océan Indien, a annoncé hier le gouvernement seychellois.
Le mariage coutumier connaît un certain succès depuis deux ans. Camouflé dans la double vie d’une certaine bourgeoisie polygame, le phénomène n’est pourtant pas récent (voir notre édition d’hier : «Fausses noces»). Inédit toutefois : le «zawaj orfi» dans la communauté estudiantine salafiste.
Par Rabâa BEN ACHOUR-ABDELKEFI*
Le 17 décembre 2010, à Sidi Bouzid, un marchand ambulant s’immole par le feu. Un agent municipal, une femme rigoureuse et sans histoire, lui aurait confisqué son gagne-pain, l’aurait bousculé et peut-être même giflé. Acte de révolte ou de désespoir ?
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