
«Il faut mĂ©riter ses Ăźlesâ», disait Armand Guibert et nombreuses sont les Ăźles qui façonnent le paysage des cĂŽtes tunisiennesâ: La Galite, Zembra, Zembretta, Kuriat, Plane, Khneiss, autant de noms qui suscitent la curiositĂ© et incitent Ă la dĂ©couverte. Autant dâĂźles pour autant de mystĂšres et dâhistoire.
Nonobstant leurs dissemblances, elles ont cependant un trait dâunionâ: elles sont loin des yeux. Cependant, deux dâentre elles par faute de moyens de communication, Ă savoir la Galite et Chikly, semblent tel des cailloux en MĂ©diterranĂ©e, posĂ©s sur les flots par un caprice divin. Câest ce qui rend leur redĂ©couverte, plus excitante encore.
Pourtant, de tous les siÚcles passés, ces ßles assuraient leur communication non seulement avec le continent mais aussi avec les autres ßles.»
Chikly, le petit Ăźlot, brave la rĂšgle. Il pointe du nez et nargue les badauds qui se promĂšnent sur les Berges du Lac depuis que le fort castillan a repris une forme imposante, suite aux travaux de restauration en cours.
Cependant, le nom de lâĂźle nâĂ©veille aucun Ă©cho chez les Tunisiens. Lâinjustice est de taille, car la mollesse de la mĂ©moire des humains est un prĂ©judice Ă lâĂ©gard de ce fragment de terre millĂ©naire qui Ă©merge avec fiertĂ© au beau milieu des eaux salĂ©es du lac de Tunis.
Chikly, la sentinelle
Eternelle et changeante Ă travers lâhistoire, cette mignonne motte flottante livre difficilement ses secrets.
En effet, lâon connaĂźt peu de choses sur la gĂ©omorphologie de lâĂźlot de Chikly, Ă part la topographie plate et trĂšs basse de cette Ăźle qui sâĂ©tend sur 1,5 ha et qui se situe au milieu du lac nord de Tunis. Seuls, les bateaux Ă faible tirant dâeau peuvent y accĂ©der Ă cause de la faible profondeur des eaux. Câest que lâassainissement du lac de Tunis a, semble-t-il, colmatĂ© une faille gĂ©ologique profonde de quelque 20 mĂštres et provoquĂ© son ensablement par les travaux de dragage effectuĂ©s avec succĂšs.
En effet, les Tunisois se rappellent que vers la fin des années 80, le lac de Tunis dégageait de fortes odeurs désagréables dues vraisemblablement à son aspect lagunaire et à sa conversion en déversoir des eaux usées provenant du Grand-Tunis et de ses environs.
Certes, la dégradation du lac a été accentuée depuis 1885, lorsque les Anglais ont construit la voie ferrée reliant Tunis à La Goulette, isolant ainsi le bassin nord.
NâempĂȘche, ce lac causait dĂ©jĂ des dĂ©sagrĂ©ments Ă nos ancĂȘtres de lâantiquitĂ© tel quâen tĂ©moignent les inscriptions retrouvĂ©es Ă Carthage et qui mentionnent que les habitants de ces lieux se plaignent de lâodeur nausĂ©abonde que dĂ©gage le lac et qui Ă©tait due Ă la prĂ©sence dâeau stagnante et Ă une forte eutrophisation durant les grandes chaleurs dâĂ©tĂ©. Lâassainissement du lac a fort heureusement remĂ©diĂ© Ă cette nuisance grĂące Ă lâamĂ©nagement dâun systĂšme de circulation des eaux qui permet leur renouvellement par son alimentation systĂ©matique en eau de mer pendant la marĂ©e haute. Cependant, lâabandon de lâĂźle dans ce milieu humide a favorisĂ© la prĂ©servation dâun Ă©cosystĂšme insulaire fragile.
En effet, la flore de lâĂźle est non seulement composĂ©e dâune vĂ©gĂ©tation dâherbacĂ©es, constituĂ©e de plantes nitrophiles, de plantes rudĂ©rales, de lâunique plante ligneuse qui se concentre Ă proximitĂ© des dĂ©pressions qui se remplissent dâeau de mer pendant la marĂ©e haute, mais aussi de plantes halophytes qui colonisent les zones qui entourent les dĂ©pressions. Lâhiver est indĂ©niablement la meilleure saison pour admirer les superbes formations dâherbacĂ©es verdoyantes qui se prĂ©sentent comme des fresques colorĂ©es, Ă©parpillĂ©es un peu partout dans la partie nord de lâĂźle. Par ailleurs, cette flore en zone humide, conjuguĂ©e Ă la quiĂ©tude de lâĂźle, a favorisĂ© le dĂ©veloppement dâune avifaune riche et diversifiĂ©e. Loin donc de la chasse et du piĂ©geage, lâĂźle de Chikly reprĂ©sente, dans ce contexte, un paradis de choix pour ces colonies dâoiseaux qui frĂ©quentent lâĂźle. Selon les ornithologues, plus de 57 espĂšces trouvent refuge dans lâĂźle. Lâon retrouve ainsi des espĂšces nicheuses, des espĂšces hivernantes, des espĂšces estivantes, des espĂšces sĂ©dentaires ou tout simplement des espĂšces de passage sur le lac de Tunis ou Ă proximitĂ© de lâĂźle. De ces espĂšces, lâaigrette garzette reprĂ©sente assurĂ©ment la figure emblĂ©matique de lâĂźle de Chikly.
La coquette
Le nom de Chekla ( en arabe Chekila, qui veut dire coquette) lui a Ă©tĂ© attribuĂ© par El-Bekri vers le XIe siĂšcle. Dans son ouvrage sur lâAfrique septentrionale, El Bekri dĂ©crit ainsi lâĂźle. «A lâest de la ville de Tunis, il y a un grand lac qui a vingt-quatre mille de circuit, au milieu se trouve une Ăźle nommĂ©e Chekla, qui produit du fenouil et qui renferme les restes dâun vieux chĂąteau».
Cette appellation a été par la suite reprise par Ibn-Abi Dinar El Kairaouani au XVIIe siÚcle aprÚs avoir subi une petite déformation, devenant ainsi Chikly.
Cependant, Marcel Gondolpho, dans son ouvrage sur lâhistoire de Chikly, pense que cette appellation provient probablement des Italiens ou des Siciliens incorporĂ©s dans le bastion espagnol par Charles Quint lors de sa campagne en Ifriqya de 1535. Ces Italiens, originaires dâune citĂ© de Syracuse Ă©rigĂ©e sur un rocher qui sâappelait Scili, aurait probablement dĂ©formĂ© lâappellation de Chekla en Chikly, selon le mĂȘme auteur.
Les fouilles archĂ©ologiques effectuĂ©es ont rĂ©vĂ©lĂ© lâexistence de vestiges dâĂ©poques punique, romaine et byzantine. Ces dĂ©couvertes attestent de la superposition des civilisations antiques qui se sont succĂ©dĂ© sur le sol de lâĂźle.
Aucune source Ă©crite ne lâatteste, pourtant les Ă©lĂ©ments recueillis confirment sans Ă©quivoque aucune lâoccupation de lâĂźle dĂšs lâ AntiquitĂ©.
Les piĂšces de monnaie trouvĂ©es sur le site tĂ©moignent que les Byzantins ont succĂ©dĂ© aux Romains et ont entrepris des fortifications sur les vestiges dâhabitations jadis occupĂ©s par les Puniques. Les piĂšces de cĂ©ramique et de poterie, les lampes Ă huile et les inscriptions latines (non encore dĂ©chiffrĂ©es) constituent incontestablement des tĂ©moignages palpables qui serviront sous peu Ă la reconstitution de lâhistoire de lâĂźle. Mais parmi ces rĂ©vĂ©lations, les plus imposantes sont indĂ©niablement les superbes fresques en mosaĂŻque polychrome Ă motifs gĂ©omĂ©triques qui recouvrent les pavements de quatre piĂšces dâune villa romaine qui date du IVe siĂšcle situĂ©e Ă lâest du fort.
LâĂźle des loisirs
Le fort lui mĂȘme semble avoir Ă©tĂ© Ă©difiĂ© sur des vestiges romains et byzantins et les chercheurs estiment mĂȘme que la pierre utilisĂ©e pour la construction de ce monument provenait probablement des restes des pierres de lâaqueduc qui reliait le temple des eaux de Zaghouan Ă Carthage et qui alimentait en eau les vergers dâIbn Abi Fehr.
Par ailleurs, les dĂ©couvertes mettent en Ă©vidence la profondeur historique de lâĂźle bien avant lâexistence du fort et suscitent par la mĂȘme occasion des hypothĂšses quant Ă sa configuration topographique diffĂ©rente par le passĂ© et sa superficie, qui Ă©tait certainement plus grande.
Toutefois, les villas romaines forment un tĂ©moignage prĂ©cieux sur lâutilisation du site en tant que lieu de villĂ©giature durant lâĂšre antique. Abou Fadhl Allah El-Omari (1337-1338) dĂ©crit lâĂźle de Chikly comme «un endroit pittoresque et dont on peut admirer les alentours du lac et des jardins environnants». En effet, des sultans hafsides qui effectuaient des visites printaniĂšres Ă lâĂźle organisaient des f ĂȘtes durant les saisons de pĂȘche aux poissons, ils y installaient des tentes et y sĂ©journaient pendant plusieurs jours, sâadonnant Ă des activitĂ©s de loisirs et de divertissement.
Chikly, la sentinelle
Nonobstant le dĂ©saccord des spĂ©cialistes sur la date de la construction du fort de Chikly, les sondages rĂ©cents prouvent que le fort est dâun style purement espagnol, mais il reste probable quâil ait Ă©tĂ© bĂąti sur les vestiges dâun chĂąteau fort lui-mĂȘme tombĂ© en ruine vers la fin de lâĂ©poque des Aghlabites.
Les recherches effectuĂ©es ont dĂ©voilĂ© que le fort actuel a Ă©tĂ© construit entre 1535 et 1540 sur ordre de Charles Quint qui a vite compris le rĂŽle que peut jouer lâĂźle en tant que dĂ©fense avancĂ©e dans la protection de la ville de Tunis.
Selon M. Rachid GhĂ©rib, chercheur spĂ©cialisĂ© dans les monuments islamiques, lâĂ©difice a connu trois Ă©pisodes de construction, dâextension et de renforcement. La citadelle Ă©rigĂ©e pour la premiĂšre fois sur un seul niveau, prĂ©sentait alors une cour centrale, des chambres pour la garnison et des abris pour canons dans lesquels Ă©taient installĂ©es des piĂšces dâartillerie et autour du fortin des douves ont Ă©tĂ© creusĂ©es.
Au cours de lâoccupation espagnole, des fortifications ont Ă©tĂ© apportĂ©es sur le fort. Ainsi, un petit mĂŽle en pierre a Ă©tĂ© amĂ©nagĂ© Ă lâouest de lâĂźlot (en dehors du fortin) pour servir dâabri Ă une petite flottille de galĂšre et de chaloupes.
La dĂ©faite de Kheireddine Barberousse et la prise de La Goulette et de Tunis en 1535 par Charles Quint donnent lieu Ă une domination espagnole qui dura prĂšs de 40 ans. PĂ©riode durant laquelle plusieurs noms ont Ă©tĂ© attribuĂ©s Ă lâĂźle sur laquelle il a Ă©té procĂ©dĂ© Ă la construction dâune citadelle.
Fort de lâEtang, Ăźle Santiago, Ăźle Saint-Jacques, des appellations se succĂšdent mais qui semblent ĂȘtre attribuĂ©s Ă lâĂźle sous le rĂšgne de Bernadino de Mendozza, premier gouverneur de La Goulette.
En 1574, aprĂšs la dĂ©faite des Espagnols par les troupes de Sinan Pacha et la capitulation de lâĂźle de Chikly, dernier bastion des Espagnols, lâĂźle retrouva son appellation quâelle conserve jusquâĂ ce jour.
Quand les Espagnols succombĂšrent devant les troupes de Sinan Pacha en 1574, la garnison de Chikly a Ă©tĂ© fortement endommagĂ©e par les assauts de lâarmĂ©e ottomane.
Par la suite, elle tomba en ruine. ArrivĂ© au pouvoir en 1660, le Dey Mustapha Laz entreprit la restauration du fortin en y ajoutant une aile pour une garnison de janissaires par crainte dâune attaque- surprise des corsaires maltais. Cette prĂ©sence militaire sur lâĂźle se poursuivra jusquâau VIIIesiĂšcle date Ă laquelle Hammouda Pacha retira la garnison et transforma le fort en lazaret pour les pĂšlerins venant de la Mecque.
Une mosquĂ©e fut donc construite pour permettre Ă ces pĂšlerins dâeffectuer les priĂšres dans des conditions normales. Le fort, mal entretenu, menace ruine et Ahmed Bey dĂ©cide dâinstaller un relais de tĂ©lĂ©graphe pour assurer les liaisons entre La Goulette, Le Bardo et Mhamedia.
Quelques navettes assuraient encore le transport des secrĂ©taires du Bey entre Tunis-Chikly et La Goulette quand le Bey se trouvait dans sa rĂ©sidence dâĂ©tĂ© Ă La Goulette. Mais lorsque la voie ferrĂ©e Tunis-La Goulette fut construite en 1885, lâĂźlot fut aussitĂŽt abandonnĂ©, et complĂštement dĂ©sertĂ©, et est devenu depuis la rĂ©sidence favorite des oiseaux. En 1860, David Sammama, qui avait fondĂ© le premier Ă©tablissement bancaire en Tunisie, Ă savoir le Comptoir maritime de crĂ©dit marseillais (Banque de Tunisie), acheta au Bey lâĂźle de Chikly pour quarante piastres. Son fils aĂźnĂ©, Albert Sammama, passionnĂ© dâarchĂ©ologie, ajouta alors Chikly Ă son patronyme par amour de lâendroit.
Câest dans le cadre dâune coopĂ©ration tuniso-espagnole quâun programme de restauration et de mise en valeur de lâĂźle a Ă©tĂ© entamĂ© en 1994 pour sâachever en 2004.
GrĂące Ă ce projet, la forteresse a retrouvĂ© sa forme antĂ©rieure. Au grand dam des Tunisiens, cette Ăźle ne peut ĂȘtre visitĂ©e.
La Galite, lâĂźle aux langoustes
Lâarchipel de la Galite, qui nous hante au large de la MĂ©diterranĂ©e, livre chichement ses secrets. Pour les amateurs de nature et de sensations fortes, les robinsonnades sont encore possibles dans ces Ăźles. Pour les fĂ©rus de gĂ©ologie, câest la seule localitĂ© dâorigine volcanique en Tunisie. Pour les sociologues, il est temps dâĂ©tudier lâunique rĂ©gion du pays Ă avoir Ă©tĂ© occupĂ©e uniquement par des «étrangers». En effet, câest une Ăźle qui viole les lois du temps, tant son histoire a Ă©tĂ© discontinue. Pourtant, elle a eu par intermittence des Ă©pisodes Ă©piques. PosĂ©e par une main divine sur les eaux salĂ©es, la Galite demeure Ă©ternelle mais toujours changeante Ă travers les yeux qui se posent sur elle.
Aujourdâhui, toute vie a refluĂ© dâelle. Aussi dĂ©serte que son cimetiĂšre marin, la Galite nâĂ©veille Ă peu prĂšs aucun Ă©cho dans notre quotidien. Elle redevient une portion de terre Ă explorer et sâoffre gracieusement pour consoler ceux qui ne rĂ©sistent pas Ă la tentation du large.
LâĂźle se vide dâun seul coup
Au dĂ©but du XXe siĂšcle, la Galite connut une certaine «prospĂ©rité» avec la mise en valeur de quelque 60 hectares de terres cultivables ainsi que par lâexploitation des richesses halieutiques environnantes, en particulier les langoustes.
NaturalisĂ©s citoyens français pour la majoritĂ© Ă©crasante dâentre eux, les Galitois bĂ©nĂ©ficiĂšrent dâune amĂ©lioration sensible de leur niveau de vie et de la qualitĂ© de leur relation avec le continent.
AprĂšs lâindĂ©pendance du pays, en 1956, le dĂ©cret de 1964 de nationalisation des terres tenues par des Ă©trangers et par des colons vida dâun seul coup lâarchipel. La population, estimĂ©e Ă 200 personnes dans les annĂ©es 60, sâen est trouvĂ©e rĂ©duite Ă zĂ©ro aujourdâhui si lâon excepte les quelques militaires et les garde-cĂŽtes qui veillent sur lâarchipel.
Ces militaires se sont aujourdâhui attelĂ©s Ă rĂ©habiliter les anciennes maisons en ruine du village et Ă rĂ©amĂ©nager les routes et les quelques infrastructures de base dans lâĂźle. Le projet en cours, dont lâobjectif essentiel est de redonner vie Ă lâĂźle, porte aussi sur la restauration des constructions Ă caractĂšre historique ainsi que sur la mise en valeur des vestiges archĂ©ologiques datant de lâĂ©poque punique tels que les nĂ©cropoles et lâhabitat troglodyte. Au plan de lâenvironnement, la Galite, qui est dâune importance majeure en termes de biodiversitĂ©, souffre de la dĂ©gradation progressive de son Ă©cosystĂšme.
LâĂźle est donc aujourdâhui en sommeil, aprĂšs avoir jouĂ© pendant des siĂšcles un rĂŽle de premier plan dans lâhistoire de la MĂ©diterranĂ©e. Pourtant les routes de la navigation ne se sont jamais dĂ©tournĂ©es dâelle. Mais elle tient Ă lâĂ©cart les navires de fort tonnage et seuls les plaisanciers et les barques peuvent lâapprocher.
Sur les vagues de ce grand bleu, on sâescrime Ă reconstituer comme un puzzle lâhistoire dâune mer qui a Ă©tĂ© la plus Ă©cumĂ©e et le plus avidement pressĂ©e par la curiositĂ© de lâhomme mais quâon sâafflige de voir sa paix violĂ©e par les longs courriers et les cargos sans gloireâqui croisent au large, battant divers pavillons.
On sait que lâon met le cap sur une Ăźle dĂ©peuplĂ©e oĂč il nây a plus un seul galitois, mais lâon continue Ă faire voile vers sa DĂ©sirade, tant elle est entourĂ©e de mystĂšres.
Câest une Ăźle qui fait valoir son droit Ă la singularitĂ©, tant son passĂ© est chargĂ© dâhistoire. Sentinelle immobile, elle fut de tous les assauts, acteur involontaire d'une histoire longue de plus de trois millĂ©naires. Cependant, sa solitude restera incomplĂšteâ: les Ăźles Galitons et Fauchelles lui tiennent compagnie depuis la naissance.
Tout est paisible dans lâĂźle. Agreste et silencieuse, lâĂąme y Ă©prouve la libertĂ© farouche, le goĂ»t de dominer et le besoin de retourner aux jouissances naturelles. PtolomĂ©e la nommait Glathea et son histoire est infiniment obscure. MĂȘme Pline, Silus Italicus et Delivio Sanuto nâont pu Ă©clairer les historiens sur le passĂ© de lâĂźle. Mais il est presque Ă©tabli que lâĂźle nâa pu ĂȘtre habitĂ©e de façon permanente que par les PhĂ©niciens, qui «en firent sans doute un avant-poste dâUthique et de Carthage». Mais mĂȘme sâil est difficile de dater la premiĂšre occupation de lâĂźle, la dĂ©couverte «dâĂ©clats dâobsidienne est, pour le moment, la seule preuve de la prĂ©sence de lâhomme dans lâarchipel aux temps nĂ©olithiques».
Une petite incursion dans le passĂ© des premiers habitants sĂ©dentaires de lâĂźle rĂ©vĂšle quâen 1906 lâon fait Ă©tat de la prĂ©sence Ă la Galite de174 EuropĂ©ens dont 67 Français et 107 Italiens. Ces chiffres qui vont crescendo jusquâen 1926â(193 EuropĂ©ens en 1926 dont 131 Italiens) allaient dĂ©croĂźtre Ă partir de 1931 oĂč sur les 175 EuropĂ©ens prĂ©sents dans lâĂźle, 133 sont français, par suite de naturalisation massive, et 42 seulement italiens. Ce qui est frappant sur cette terre, câest lâabsence quasi totale de population musulmane ou israĂ©lite. Il faut attendre les annĂ©es 1938-1939 pour trouver mention, dans des rapports de gendarmerie, de la prĂ©sence de quelques bergers tunisiens au service dâĂ©leveurs italiens. Des bergers qui se seraient, dâailleurs, convertis au christianismeâ! Mais comment vivaient ces Galitois ?
Relevons dâemblĂ©e que la nature a offert aux Galitois quand mĂȘme quelquesâ compensations pour adoucir leur sort,ââ tels ces figuiers fort gĂ©nĂ©reux et cette vigne, qui sont la grande richesse de ce sol mĂ©sestimĂ©. En effet, en bon MĂ©diterranĂ©en, le Galitoisâ aime immodĂ©rĂ©ment le produit de vignoble, mais lâivresse sur la voie publique constitue, ici comme ailleurs, un dĂ©lit. Le Galitois est, au contraire de beaucoup dâinsulaires de la MĂ©diterranĂ©e, de caractĂšre «expansif et enjoué». Armand Guibert rapporte Ă ce propos que le jour du carnaval, «un Ă©pouvantail fait de dĂźss et revĂȘtu de dĂ©froques est promenĂ© de maison en maison. On le brĂ»le au matin des Cendres avec des transports de liesse.â Le soirs dâhiver, on danse au son de lâaccordĂ©onâ: on danse lorsque arrive le courrier chargĂ© de vivres, de parents et dâamis. On danse aprĂšs avoir immolĂ© le cochon noir, richesse et bonheur de chaque foyer. On danse pour les baptĂȘmes et pour les mariages». Pour le Galitois, tout est prĂ©texte pour festoyer. Cependant, cette vie nâĂ©tait pas uniquement ponctuĂ©e de fĂȘtes, car il arrive que se produisent quelques querelles entre les familles, mais qui «se vident dans lâintimitĂ© de quatre murs». A lâorigine de ces querelles se trouve parfois la langouste.
Des hauteurs du piton supĂ©rieur, qui culmine Ă quelque quatre cents mĂštres, on se sent maĂźtre de ces terres tourmentĂ©es, des mers qui les encerclent, des bateaux, oui ! qui se traĂźnent sur les eaux comme des scarabĂ©es. Sâadossant au poste de vigie, depuis longtemps dĂ©saffectĂ©, on laisse aux yeux le plaisir de parcourir ses murs et de dĂ©chiffrer les inscriptions mĂ©lancoliques des anciens occupants qui les recouvrent. De cette hauteur, la vue panoramique est retenue par les noirs amoncellements de deux Ăźlots dĂ©tachĂ©s : la Fauchelle, Ă peu prĂšs inaccessible, et le Galiton, dont la masse volcanique est surmontĂ©e dâun phare.
Tout comme lâĂźle de Chikly, La Galite, plongĂ©e dans sa lĂ©thargie actuelle, reste enveloppĂ©e du mĂȘme mystĂšre qui entoure les autres Ăźles et Ăźlots de la Tunisie : lâĂźlot Kneiss au sud de MahrĂšs, les Ăźlesâ Kuriat au large de Monastir, lâĂźle Plane qui fait face Ă Ghar El-Melh, lâĂźle Pilau ou lâĂźle Cani Ă la latitude de Cap Zebib.
Toutes des Ăźles au «trĂ©sor» qui nous enivrent de leur beautĂ© et dont la dĂ©couverte ne sera ni moins passionnante ni moins fertile en surprises que celle de la Galite, lâĂźle de toutes les tentations.
Importance des tests de plans de continuité
Dans le cadre du festival international dâĂ©tĂ© de lâInternet tenu du 2 au 4 aoĂ»t au port El Kantaoui, sâest dĂ©roulĂ© un cycle de formation ayant pour thĂšme : «La pĂ©rennitĂ© des systĂšmes dâinformation et la gestion de continuitĂ© dâactivitĂ©s» et qui a regroupĂ© pas moins de 40 participants, parmi lesquels on relĂšve des responsables dâadministrations des secteurs public et privĂ©.
Le gouvernorat de la Manouba vient de souffler sa 10e bougie. A cette occasion, il a publiĂ© une revue spĂ©ciale intitulĂ©e : âLe gouvernorat de La Manouba: dix ans de rĂ©alisations, dâacquis et de performancesâ, mettant en lumiĂšre les acquis de la rĂ©gion et les rĂ©alisations enregistrĂ©s au fil des ans.
 En prĂ©vision du mois de Ramadan, une rĂ©union prĂ©sidĂ©e rĂ©cemment par M. Yassine Barchouche, gouverneur de Kairouan, a Ă©tĂ© consacrĂ©e Ă lâexamen des prĂ©paratifs menĂ©s par les divers services concernĂ©s, afin dâassurer un bon dĂ©roulement du mois saint 1431 de lâHĂ©gire.
Enthousiate, Yousra Zayani, 12 ans, Ă©lĂšve en 6e annĂ©e Ă lâĂ©cole Erriadh, prend au sĂ©rieux ses nouvelles fonctions de maire de Maamoura (Conseil municipal des enfants). Elue samedi, par ses pairs, tous Ă©lĂšves des deux Ă©coles primaires de la localitĂ© (Erriadh et Ibnou Sina), lors dâune sĂ©ance solennelle tenue dans la grande salle du conseil Ă lâhĂŽtel de ville, elle ne cache pas sa fiertĂ© de cette confiance et de cet honneur. Les deux Ă©coles avaient chacune proposĂ© leurs candidats et douze dâentre eux ont Ă©tĂ© finalement retenus, sur la base des meilleures moyennes scolaires, de lâassiduitĂ© et de lâexcellence.
En Ă©tĂ©, le Tunisien aime manger Ă lâextĂ©rieur. Devant ce fait, les gargotes, les â fast-foods â et les restaurants trouvent dans cette pĂ©riode estivale leurs comptes et lâeldorado promis.
La mĂ©moire est courte, dit-on.âCelle du public des mĂ©lomanes lâest dâautant plus quâune couche Ă©paisse dâoubli enveloppe de grandes figures malheureusement insuffisamment mĂ©diatisĂ©es en leur temps.
Câest un sujet rĂ©current qui revient Ă intervalles rĂ©guliers, plus particuliĂšrement en pĂ©riodes et situations de forte promiscuitĂ© (et Dieu sait si lâĂ©tĂ© est idĂ©al sous cet angle, ce qui pourrait expliquer la visibilitĂ© amplifiĂ©e du phĂ©nomĂšne).
Bien installĂ©s dans ces palaces gĂ©ants qui dĂ©fient les vagues et offrent des croisiĂšres de rĂȘve oĂč se mĂ©langent confort, sĂ©curitĂ© et dĂ©foulement, les passagers de ces super-embarcations semblent ignorer totalement le risque de naufrage.
La belle saison sâĂ©coule paisiblement, pas dâorage qui pointe Ă lâhorizon,âces quelques jours de chaleur intense ont laissĂ© place Ă une tempĂ©rature plus agrĂ©able.
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