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Irak

Nouri Al-Maliki favori pour conserver son poste, six mois après les élections

Nouri Al-Maliki favori pour conserver son poste, six mois après les élections

• Les USA pourraient maintenir des milliers de soldats après 2011
• Le conflit irakien le plus sanglant pour les médias depuis 1945, selon RSF


BAGDAD (AFP) — Le Premier ministre irakien Nouri Al-Maliki, qui peut compter sur le soutien non avoué de Washington et de l'Iran, est le favori pour former le prochain gouvernement, ont estimé hier des analystes, six mois après des législatives qui ont ouvert une profonde crise politique en Irak.
Les Etats-Unis ont systématiquement démenti toute préférence pour le poste de Premier ministre mais, face à la frustration croissante que génère l’impasse politique dans la population irakienne, ils considéreraient désormais M. Al Maliki comme le seul candidat viable dans ce pays profondément divisé.

La crainte de voir son principal rival, l'ex-Premier ministre Iyad Allawi, ramener au pouvoir dans son sillage d'anciens alliés de Saddam Hussein, aurait  également convaincu certains partis chiites liés à l'Iran de se ranger derrière le sortant, malgré leurs réserves quant à son caractère et ses capacités.
Lors des législatives du 7 mars, l'Alliance de l'Etat de droit (AED) de M. Al Maliki, un mouvement chiite, a récolté 89 sièges sur 325, soit deux de moins que le Bloc irakien, une alliance laïque soutenue par les sunnites et emmenée par M. Allawi, un chiite.
Malgré des mois de négociations et les multiples tentatives américaines de conciliation, aucun des deux n'est parvenu à forger une coalition de gouvernement.
Inquiets pour l'avenir de l'édifice démocratique qu'ils ont mis en place en Irak depuis l'invasion de 2003, les Etats-Unis opteraient désormais pour un gouvernement dirigé par M. Al Maliki, et dans lequel M. Allawi tiendrait un «rôle important».
Un haut dirigeant de l'AED a affirmé que le vice-président américain, Joe Biden, avait indiqué à M. Al Maliki lors de sa visite la semaine dernière que la plupart des capitales arabes de la région, à l'exception de Ryad, avaient décidé de ne plus soutenir M. Allawi.
«Selon M. Al Maliki, M. Biden lui a dit +le Bloc irakien a beaucoup de problèmes (...). J'ai dit à la Turquie, à la Jordanie, à l'Egypte, au Qatar et aux Emirats Arabes Unis de ne plus soutenir Allawi+», a déclaré ce responsable sous le sceau de l'anonymat.
«Le vice-président a ajouté: +Ils ont tous été convaincus, sauf l'Arabie saoudite+», a poursuivi ce responsable.
A en croire le politologue irakien Aziz Jabr, dans la foulée de la visite à Doha du Président iranien Mahmoud Ahmadinejad, qui s'est achevée lundi, l'Emir du Qatar Cheikh Hamad Ben Khalifa Al-Thani s'est rendu à Ryad avec un message demandant à l'Arabie Saoudite de ne plus soutenir M. Allawi.
Le même responsable de l'AED a indiqué que le président de la région autonome kurde Massoud Barzani avait également informé M. Al Maliki de son soutien, ce qui priverait de facto M. Allawi des 57 sièges de l'alliance kurde.
S'il a quitté le gouvernement l'an dernier en raison de désaccords avec le Premier ministre, le mouvement du chef radical chiite Moqtada Sadr serait également prêt à se ranger derrière M. Al Maliki.
«Nous traiterons avec Nouri Al-Maliki s'il garde son poste», a déclaré à l'AFP Bahxa Al-Aaraji, un député sadriste. «Le problème du mouvement sadriste avec M. Al Maliki n'était pas personnel, mais il était lié à son maigre bilan ces quatre dernières années.»
Ces derniers mois, Washington a également semblé pencher en faveur du sortant.
«Il sait très bien qu'il n'est pas certain de devenir Premier ministre, mais il tend la main vers les autres», a récemment confié un diplomate occidental, semblant saluer la volonté de conciliation du Premier ministre.
Mais il a ajouté: «Nous souhaitons qu'Iyad Allawi joue un rôle important. C'est quelqu'un de très compétent, et le genre de personnes est rare.»
«Il y a des gens qui ont des souvenirs positifs de son mandat (de Premier  ministre), mais ces mêmes personnes ont du mal à imaginer que ce scénario» se répète, a-t-il ajouté.
De leur côté, Les Etats-Unis devront très probablement maintenir plusieurs milliers de leurs soldats en Irak après 2011 afin de juguler les tensions religieuses et de soutenir une armée irakienne encore peu aguerrie.
Le 31 août, le Président Barack Obama a officiellement marqué la fin de la mission de combat des troupes américaines dans le pays. Les quelque 50.000 GI's qui y sont encore stationnés sont en principe cantonnés à des tâches de soutien et d'aide à leurs homologues irakiens.
Le dernier soldat américain devra avoir quitté le sol irakien à la fin de l'année prochaine.
Mais en privé, des responsables du Pentagone reconnaissent que les troupes américaines devront rester au-delà de cette date butoir.
Les forces irakiennes sont en effet toujours très dépendantes de la logistique que l'armée américaine met à sa disposition et des conseils qu'elle lui dispense.
Ensuite, vient cette peur lancinante de voir resurgir les vieux conflits inter-religieux.
«La priorité, c'est moins d'apprendre (aux soldats irakiens) à se servir d'armes que d'assurer une présence rassurante pour éviter les tensions entre les groupes ethniques et religieux», explique Stephen Biddle, du Council on Foreign Relations, un groupe de réflexion.
Enfin, malgré une nette baisse des violences depuis le pic observé en 2007, l'Irak demeure le théâtre d'attentats quotidiens. La branche irakienne d'Al-Qaïda a ainsi revendiqué l'attaque d'un complexe militaire du centre de Bagdad dimanche, qui a fait 12 morts.
Si le Pentagone décidait de continuer à faire jouer à ses soldats un rôle  de conseiller technique, quelque 10.000 soldats seraient nécessaires, estiment d'anciens officiers.
«Je pense que même avec moins de 10.000 soldats ce serait faisable», pense John Ballard, officier à la retraite et professeur à la National Defense University.
Pour l'heure, la Maison-Blanche préfère s'en tenir à son plan initial.
Anthony Blinken, le conseiller pour la sécurité du vice-président Joe Biden, estime que seuls «quelques dizaines ou quelques centaines» de soldats américains pourraient être maintenus sur place après 2011.
A Bagdad cependant, ces déclarations ne sont pas du goût du chef d'état-major irakien. Le mois dernier, le général Babaker Zebari avait dit à l'AFP que «s'ils me posent la question du retrait, je répondrai aux hommes politiques que l'armée américaine doit rester jusqu'à ce que l'armée irakienne soit prête en 2020».
D'après Richard Haas, diplomate à l'époque du président George W. Bush, il est très probable que les «dirigeants irakiens demandent à ce que des dizaines de milliers de soldats américains restent plus longtemps».
Dans un tel cas, le rôle des Etats-Unis pourrait être de mettre à disposition ses hélicoptères et ses avions pour l'armée irakienne, qui n'a pour ainsi dire aucune armée de l'air. Ils pourraient également assurer la défense des ports et effectuer un précieux travail de collecte de renseignements à l'aide de drones (avions sans pilotes).
En outre, les forces spéciales pourraient continuer à épauler leurs homologues irakiens dans leur traque des combattants d'Al-Qaïda, estime James Danly, de l'Institute for the Study of War.
Et si les relations entre les sunnites, les chiites et les Kurdes menacent de dégénérer, Bagdad serait bien soulagé de pouvoir se tourner vers l'allié américain, ajoute M. Danly.
Pour le moment, ces projets n'en sont qu'au stade de la réflexion. Avant toute discussion, les Irakiens doivent d'abord se doter d'un gouvernement, qui n'a toujours pas été formé depuis les élections législatives du mois de mars.
D’autre part,  selon un rapport publié par Reporters sans frontières (RSF), hier, journée marquée par le nouvel assassinat d'un journaliste local, la guerre en Irak constitue le conflit le plus meurtrier pour les médias depuis la Seconde Guerre mondiale, avec 172 journalistes tués.
RSF, qui relève que cette publication intervient «deux semaines après le retrait de la dernière brigade de combat de l'armée américaine d'Irak», indique avoir «recensé 230 cas de journalistes et de collaborateurs des médias tués dans le pays depuis le début du conflit», dont «172 journalistes».
L'organisation relève que parmi ces journalistes figurent des «Irakiens à 87%», mais aussi que la capitale Bagdad a été le théâtre d'un grand nombre de ces décès (77).
«Si l'intervention des Etats-Unis a mis un terme au régime de Saddam Hussein et permis un développement important des médias irakiens, le bilan humain de la guerre et des années de violences (...) qui ont suivi est tout simplement catastrophique», poursuit RSF.
La sortie de ce rapport intervient le jour même d'un nouveau meurtre d'un journaliste de la chaîne publique Al-Iraqiya, dans l'ouest de Bagdad.
«Ryad Al-Saraï, qui présentait et produisait des émissions religieuses et politiques, a été tué vers 06h00 (03h00 GMT) dans le quartier de Mansour, alors qu'il se rendait à Kerbala», à 110 km au sud de Bagdad, a indiqué à l'AFP Ahmed Al-Mullah, un autre présentateur d'Al-Iraqiya.
Des agents de la circulation n'ont pas entendu les coups de feu mais ont vu son véhicule sortir de la route puis s'immobiliser brutalement, a-t-il ajouté.
«Ils se sont rendu compte qu'une arme munie d'un silencieux avait été utilisée», a-t-il dit.
Né en 1975, Ryad  Al-Saraï avait rejoint Al-Iraqiya en 2005. Outre des programmes politiques, il y présentait plusieurs émissions religieuses où il tentait de rapprocher les points de vue entre sunnites et chiites.
Il avait également des responsabilités administratives dans le quartier chiite de Choula, dans le nord-ouest de la capitale.
«Cela porte à quinze le nombre de journalistes de cette chaîne tués depuis la chute de Saddam Hussein», relève RSF, réclamant l'ouverture d'une enquête et jugeant qu'il «serait déplorable que l'impunité s'installe dans cette affaire».
Dans son rapport, le troisième depuis 2003, RSF souligne également le nombre élevé d'enlèvements de journalistes, «plus de 93», dont «32 ont été exécutés».
«L'Irak a été pendant plusieurs années le plus grand marché aux otages du monde», déclare-t-elle.
L'organisation de défense de la liberté de la presse note enfin que, «soupçonnés de collaboration avec les groupes insurgés, les journalistes irakiens ont également fait l'objet de nombreuses arrestations pendant la guerre, que ce soit par la jeune administration irakienne ou par l'armée américaine».

Ajouté le : 08-09-2010

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