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Gouvernement de compétences nationales

L’imbroglio demeure entier

L’imbroglio demeure entier

 Le compte à rebours en vue de la formation du gouvernement de compétences nationales non partisanes annoncé par Hamadi Jebali a-t-il commencé ?
La question est d’autant plus légitime et urgente qu’un chassé-croisé juridique s’est imposé vendredi et samedi derniers entre les experts et les juristes. Ces derniers ont émis des opinions et des avis contraires les uns aux autres sur le fait de savoir si le chef du gouvernement est habilité à constituer, tout seul, un nouveau gouvernement ou si c’est au président provisoire de la République  de nommer une nouvelle personnalité (ou d’appeler Jebali de nouveau) et de la charger de la mission de former le nouveau gouvernement tant attendu.
Avec la confirmation du retrait des ministres du CPR du gouvernement actuel, est-il toujours possible de former un gouvernement de consensus national comme le laissent entendre les consultations de dernière minute entreprises par le Dr Moncef Marzouki, président provisoire de la République ?
Autant d’interrogations que La Presse a soumises à l’analyse de nombre parmi les acteurs politiques influents sur la scène politique nationale, sachant que le temps n’est plus aux discussions interminables puisque le chef du gouvernement a demandé aux parties intéressées de lui faire parvenir leurs propositions concernant les noms des compétences qui feront partie du gouvernement attendu, au plus tard, aujourd’hui, lundi 11 février.
Témoignages.

Mohamed Bennour (porte-parole d’Ettakatol) : L’impératif d’un consensus sur les personnalités à choisir

Le bureau politique d’Ettakatol a exprimé, lors de sa dernière réunion, son soutien à l’initiative du chef du gouvernement relative à la formation d’un gouvernement de compétences nationales qui n’auront pas d’appartenance politique.
Maintenant, il faudrait qu’on parvienne à un consensus sur les priorités du prochain gouvernement et sur le choix des personnalités indépendantes qui formeront ce gouvernement. Pour le moment, il faut poursuivre aussi rapidement que possible les contacts avec le chef du gouvernement lui- même et les principaux partis politiques présents sur la scène nationale. Il est également urgent de nous mettre d’accord sur les critères de choix des personnalités indépendantes candidates au prochain gouvernement.
Pour nous, à Ettakatol, ces personnalités ne doivent pas avoir exercé des activités  partisanes ni avant ni après la révolution.
Quant au chassé-croisé juridique qui semble opposer juristes et experts sur les attributions du chef du gouvernement, nous appelons à un débat au sein de l’Assemblée nationale constituante que nous considérons comme la seule institution disposant de la légitimité de trancher sur cette question aussi importante et pour apporter la réponse idoine à cette divergence d’opinions entre experts et juristes.

Mohamed Hamedi (coordinateur général de l’Alliance démocratique) : La Tunisie ne peut plus attendre

A l’Alliance démocratique, nous appuyons l’initiative de Jebali pour la formation d’un gouvernement de compétences totalement indépendantes des partis politiques. Quant à l’idée d’un gouvernement de consensus national, nous estimons qu’elle n’est plus d’actualité dans la mesure où elle nous paraît irréalisable face à la situation fragile du pays qui n’augure rien de bon. Pis encore, le destin de notre pays est réellement menacé et il nous faut assumer nos responsabilités et mettre un terme aux calculs partisans étriqués.
Pour nous, l’appel à un gouvernement de consensus national constitue, en réalité, une tentative de faire avorter l’initiative de Jebali.
Faut-il avoir le courage de reconnaître que Jebali est allé au-delà de nos exigences concernant la neutralité des ministères de souveraineté pour nous offrir un gouvernement où tous les ministres seront indépendants et, en prime, ne seront pas candidats aux prochaines élections, y compris le chef du gouvernement lui-même qui joue son propre avenir politique.
Pour ce qui est des personnalités non partisanes et pour répondre à ceux qui se demandent où les dénicher, je  dis que ces personnalités existent bel et bien en Tunisie, en nombre et en compétence suffisants.
La démission des ministres du CPR est  pour nous un non-événement et constitue une surenchère, hors jeu et hors sujet. La présidence du gouvernement a fait parvenir à l’Alliance démocratique un document de travail comportant la vision générale sur laquelle se fonde la formation du gouvernement de compétences nationales. On nous a demandé d’avancer nos remarques et de proposer, au plus tard, aujourd’hui, lundi 11 février, les noms des personnalités indépendantes auxquelles nous accordons notre confiance.
Le comité directoire de l’Alliance démocratique est appelé à une réunion (dimanche soir) pour donner sa réponse.

Mohamed Tahar Ilahi (président du groupe parlementaire indépendant Liberté et Dignité) : La confiance de l’ANC, incontournable

Je pense que la décision du CPR de retirer ses ministres du gouvernement actuel vise à renforcer la position du Congrès au profit du gouvernement de consensus national en application de l’appel du Dr Moncef Marzouki.
Nous avons soutenu, dès les premiers jours des élections du 23 octobre 2011, l’idée d’un gouvernement de compétences nationales ou de technocrates. Malheureusement, nous n’avons pas été écoutés à ce moment-là.
L’idée est toujours intéressante. Seulement, aujourd’hui, un gouvernement de compétences nationales ne dispose pas d’assise juridique ou légitime dans la mesure où, dans tous les cas, le chef du gouvernement est obligé d’obtenir la confiance de l’Assemblée nationale constituante.
La Constituante reste la seule autorité légitime et c’est elle qui a délégué au gouvernement actuel le pouvoir exécutif.
Quant à la bataille juridique actuelle, nous considérons qu’elle procède de la surenchère politique et qu’elle représente une tentative d’interprétation politique ciblée.
Bien que les contacts avec la présidence du gouvernement aient été suspendus depuis le discours de Jebali le 6 février, nous appuyons au sein du groupe parlementaire «Liberté et Dignité» l’initiative d’un gouvernement de compétences nationales à condition que ce gouvernement obtienne la confiance de l’ANC.
Par ailleurs, nous appelons à participer aux négociations en cours afin de proposer les compétences dont regorge notre groupe.
Je voudrais rappeler que les membres de notre groupe sont tous indépendants et n’ont jamais appartenu à un parti politique quelconque ni avant ni après le 14 janvier 2011.
Notre conviction est que tout gouvernement, qu’il soit de compétences nationales, d’intérêt national, de salut national ou d’union nationale, ne perdurera pas tant qu’il ne sera pas cautionné par l’Assemblée nationale constituante.

Riadh Ben Fadhl (coordinateur général d’Al Qotb) : Le CPR doit trancher définitivement sur son positionnement

Concernant l’initiative du gouvernement de compétences nationales, c’est un premier pas positif bien que tardif.
Plus qu’une question de personnes, il s’agit de définir la feuille de route et le programme de ce futur gouvernement.
Au niveau politique, il faudrait tout mettre en œuvre pour que l’enquête sur l’assassinat de Chokri Belaïd bénéficie de tous les soutiens, y compris internationaux, pour que toute la vérité soit faite et qu’on connaisse l’identité de ceux qui ont armé le bras du tueur.
Dans le même ordre d’idées, la dissolution des ligues de protection de la révolution est devenue incontournable.
Il faut mettre fin aux appels au meurtre visant les dirigeants syndicalistes, les responsables politiques, les intellectuels, les artistes et les journalistes. Il faut arrêter un calendrier extrêmement précis pour  l’activation des instances indispensables et garantes du prochain rendez-vous électoral. Et enfin que l’ANC, dans les plus brefs délais, définisse une date de la fin du processus de rédaction de la Constitution et que sur la base de cette date, un calendrier de finalisation de la deuxième phase de la  transition démocratique soit définitivement arrêté.
D’autre part, après la ligne rouge dépassée par l’assassinat prémédité de Chokri Belaïd, un dialogue national et de salut public doit être engagé, et ce, dans le cadre de l’initiative de l’Ugtt.
Nous payons aujourd’hui le prix de la rédaction bâclée de la petite Constitution qui a laissé la porte ouverte à toutes les interprétations et il faut qu’Ennahdha assume ses  responsabilités vis-à-vis de son secrétaire général Hamadi Jebali et n’essaye pas de régler ses comptes internes aux dépens des institutions démocratiques du pays.
Pour ce qui est du CPR, le retrait de ses ministres relève, encore une fois, de la confusion, tout particulièrement lorsqu’on sait qu’il rejette la proposition de Hamadi Jebali, que ses ministres, notamment Slim Ben Hmidène, manifestent aux côtés des troupes d’Ennahdha sur l’avenue Bourguiba.
Le CPR doit définitivement trancher sur son positionnement sur l’échiquier politique et se reprendre en main  afin de cesser d’être une force supplétive et contribuer à l’assainissement de la vie politique en Tunisie.

Auteur : A. DERMECH

Ajouté le : 11-02-2013

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