Newsletter
Nos archives


Essahafa
magazine

La Presse Littéraire Enregistrer la page Envoyer à un ami Imprimer
Roman
Ces âmes en douce errance
Par Fathi CHARGUI
Jean-Bertrand Pontalis est né en 1924 à Paris. Psychanalyste, éditeur chez Gallimard, écrivain. Proche de Sartre, de Merleau-Ponty, de Lacan, il a collaboré en 1948 aux Temps modernes, a écrit, avec Jean Laplanche, Vocabulaire de la psychanalyse.

Il a eu le prix Médicis en 2006 pour Frère du précédent. Jean-Bertrand Pontalis est fasciné par les mots. Son nouveau livre en témoigne.
Rarement psychanalyste n’a parlé de manière aussi limpide des femmes et aussi simplement de ses sentiments. Son amour des mots le poussa sur le divan, celui de Jacques Lacan, dans le but de faire de la psychanalyse son métier.                                        
Après Fenêtre (éd. Gallimard, 2006), J.-B. Pontalis nous parle aujourd’hui de « ses » femmes. Le philosophe, l’homme au grand cœur, l’analyste, le grand lecteur, tentent d’approcher le secret de l’éternel féminin, son art du glissement, de la dérobade, de l’échappée belle. Elles sont toutes le bonheur et la douleur d’aimer. Quelle délicieuse lecture de les voir lui filer entre les doigts !
Pontalis navigue toujours entre ses lectures, peintures, films, anecdotes autobiographiques ou issues de son vécu d’analyste pour brouiller les frontières entre le “je” et le “il”, et continue de nous charmer par sa sincérité. Attiré par la douce et mystérieuse mélancolie des femmes, il cherche à comprendre les choses de l’amour, le passage du désir à l’amour, le distinguant de la passion exacerbée - accompagnée de suspicion et de jalousie - qui «exige la possession de l’autre tout en la sachant impossible et ignore en retour qu’elle fait de vous un possédé.» L’amour n’est pas réaliste, toujours surestimé, on le sait à force de le fréquenter, mais quand même, «quelle chance que les femmes ne soient pas faites comme nous, les hommes !». Parce que nos attentes ne peuvent se rencontrer pleinement, nous nous attirons, sans pour autant communier sauf dans l’intensité de la jouissance partagée.
En une série de portraits, de scènes amoureuses, isolées, en couple, voire plus, réelles, inventées, déguisées, rêvées, picturales (attirance charnelle des nus féminins des belles endormies), psychanalytiques (dont les «femmes de Freud»), littéraires (et la délicieuse Mademoiselle Albertine), ou de constatations désolées (le premier rendez-vous manqué avec sa mère), de souvenirs émouvants et reconnaissants (les carnets hérités de son vieux professeur défunt), Pontalis nous invite à une promenade sensuelle à travers les méandres de l’âme féminine. Intouchable par son essence même, le jeu en valait la chandelle, l’écriture, une belle lecture, car Pontalis se fait un drôle de cinéma! Quel bonheur d’entendre sa voix reconnaissable et délectable, d’emboîter les pas de son intelligence fine au service des complexités humaines ! Même si pointe la peur de la mort qui le glace de chagrin car, avançant dans l’âge, elle rôde d’un peu trop près et le pousse à s’interroger (je pense au vers mémorable de Phèdre: «Est-ce un si grand malheur que de cesser de vivre?»),

Un moment
de pure tendresse

Pontalis nous offre un moment plein de tendresse, de chaleur, d’humour discret et d’amour pour Elles. Pour eux aussi. Pour nous, en somme, mine de rien. Merci, donc, même si je transforme le “elle” de la fin qui va suivre en nous, conformément au droit d’appropriation du lecteur: «Je me refuse à penser que ce moment de grâce soit éphémère, je le voudrais intemporel. Pour un peu, j’aurais fait l’éloge de l’accord parfait, de l’harmonie. Le happy end, je le sais, c’est tout juste bon pour les romans à l’eau de rose comme ceux que publie Harlequin, ou comme les films sentimentaux qu’aimait tant la petite Alice. Peu importe, c’est ainsi que je souhaite mettre fin à ce livre que je dédie à elle, au singulier.»
Jean-Bertrand Pontalis connaît d’autant mieux la région qu’il est à la fois écrivain, psychanalyste et amoureux. Dans Elles, son dernier ouvrage, il raconte une quarantaine de petites histoires d’amour sans aucune prétention. Ni dans l’intrigue, qui ne peut trouver son espace vital dans des textes aussi courts, ni dans l’écriture, propre, sans plus. Pontalis raconte des courtes nuits d’amour, la déchéance d’un homme auquel les femmes, comme la chance, avaient toujours souri, il parle aussi de l’érotisme raffiné des tableaux de Bonnard ou encore de Bernard, qui aimait deux femmes à la fois. Il égrène aussi quelques-unes de ses amours de jeunesse, nous parle de sa mère, de la petite sœur qu’il n’a pas eue, et des idylles d’amis à lui ou patients de son cabinet de psychanalyse. On aime ce livre  à cause des analyses psychologiques de Pontalis, livrées l’air de rien. C’est un peu comme ces chansons de variété dont on se surprend parfois à écouter les paroles, pour découvrir qu’elles éclairent une partie de nous-mêmes, qu’elles livrent un message important, caché derrière une rengaine sans intérêt. Il lâche aussi quelques petites vérités universelles. On vous en livre trois, vous les laisse méditer et poursuivre ce voyage au pays des femmes: «Elle lui aura appris, pensera-t-il plus tard, que toute femme est insaisissable, alors même que les hommes se vantent de les prendre…  Les signes du désamour sont plus visibles que ceux de l’amour…Ce qu’il y a de plus horrible, dans la vieillesse, c’est que les femmes ne s’intéressent plus à vous alors qu’elles vous intéressent encore.  »
F.C.
______________________

Elles de Jean-Bertrand
Pontalis, 197 pages, Gallimard, avril 2007

http://www.santetunisie.rns.tn
Grippe A (H1N1) : Comment vous protéger, vous et les autres
Kairouan capitale de la culture islamique
www.consultation-emploi.tn
Le bonheur… heurs… ou leurres : Déjouer le simulacre…
 : Ce qu'on doit à Camus: Sisyphe heureux!
 : La vie tout simplement…
la une
"La Presse de Tunisie"
6, rue Ali Bach Hamba
1000-Tunis
Tél. (+216) 71 341 066
Fax (+216) 71 349 720
contact@lapresse.tn
Lapresse.tn votre page d'accueil La Presse au démarrage
Lapresse.tn dans vos favoris La Presse aux Favoris