Elle se pratique depuis de nombreuses années dans les grands pays tels que le Japon, la Grande-Bretagne, la France et les Etats-Unis et permet de préserver et renforcer la sécurité et la compétitivité des entreprises et des territoires qui les accueillent.
Pour les entreprises, l’intelligence économique (IE) est un outil indispensable pour l’innovation, la capitalisation d’expérience et la différence compétitive. en effet, dans un contexte de compétition économique mondiale, avec le développement croissant des technologies de l’information et de la communication, la globalisation et l’accélération des échanges économiques, il appartient aux entreprises de toutes tailles de comprendre et d’anticiper les mutations qui affectent ce marché mondial en vue de préserver leur compétitivité. Plus que jamais, l’accès à l’information, qu’elle soit de nature technologique, économique ou réglementaire, son traitement, son exploitation mais également sa protection présentent un enjeu stratégique pour l’ensemble des entreprises.
Dans ce contexte, l’intelligence économique à été définie par certains spécialistes comme l’ensemble des actions coordonnées de recherche, de traitement et de diffusion de l’information, en vue de son exploitation par les acteurs économiques à des fins d’innovation, de protection et de management. L’ensemble de ces processus sont résumés dans l’expression «maîtrise de l’information».
D’autres l’ont définie comme une pratique qui consiste à fournir la bonne information, au bon moment, à la bonne personne pour lui permettre de prendre la bonne décision, de bien agir et, idéalement, de faire évoluer son environnement dans un sens propice.
Les facteurs de réussite industrielle et économique des entreprises et des Etats ne sont donc plus seulement la production, la commercialisation, la recherche ou l’administration. Il faut leur ajouter l’intelligence, la vitesse de réaction en temps réel aux modifications de l’environnement et l’adaptabilité aux enjeux de l’avenir, notamment, des nouvelles technologies. L’information est ainsi devenue une matière première essentielle et un facteur de production nécessaire au bon fonctionnement de l’entreprise, voire une nécessité de survie. L’intelligence économique vient donc jouer un rôle offensif, dans le sens où il exerce une surveillance permanente de l’environnement (clients, fournisseurs, sous-traitants, concurrents, partenaires...), afin de mener des actions sur celui-ci pour détecter les menaces et exploiter les opportunités : d’où l’activité du renseignement et de la veille stratégique et un rôle défensif dans lequel il permet à l’entreprise de se protéger contre les risques et menaces liés à la sécurité, à la sûreté, à l’environnement et au management. Au-delà des aspects offensifs et défensifs, j’ajouterai le volet des ressources humaines qui occupe une place stratégique dans le déploiement d’une démarche d’IE. En effet, la prise en compte de cette dimension permet au chef d’entreprise d’impliquer et de mobiliser son personnel dans une dynamique collective de progrès. C’est réellement la mise en place d’un processus continu de maîtrise de l’information stratégique impliquant un mode de management participatif.
Tunisie : soutien à la culture du savoir
L’économie mondiale baignant dans un univers variable, les besoins des clients changent, les produits se renouvellent, les concurrents et les marchés sont nombreux et éloignés, l’information est devenue donc une matière utile dont il faut maîtriser l’utilisation pour avoir un avantage concurrentiel durable. C’est dans ce contexte-là que nos entreprises doivent s’adapter à de nouvelle normes, à de nouvelles règles de jeu, à de nouvelles menaces, et la surveillance, dictée par l’intelligence économique, de différents secteurs intervient : les marchés, les fusions, les ruptures, les implantations, etc.
Pour y parvenir, l’IE doit être d’abord conçu au sein de nos entreprises et institutions comme un principe de management qui permet la maîtrise de l’information et la prise de décisions stratégiques, d’où la nécessité de passer d’une culture de réaction (le suivi des opportunités du marché) à celle de l’action et de l’anticipation (le positionnement stratégique).
La Tunisie, qui a accueilli en 2005 le Sommet mondial sur la société de l’information, a mis l’innovation au cœur de sa stratégie nationale et les différentes mesures prises par le président Zine El Abidine Ben Ali pour encourager nos entreprises à s’investir en nouvelle technologie de l’information et de la communication montrent l’importance accordée par notre pays au rôle que jouent celles-ci dans le maintien, de la compétitivité et de la pérennité de notre économie, et dans la diffusion de la connaissance et du savoir au sein de la société.
Dans ce cadre, plusieurs initiatives ont été mises en place telles que l’Observatoire national des sciences et de la Technologie qui a pour mission de faire la veille scientifique et technologique, et l’inauguration récente d’un centre de documentation et de veille technologique qui vient répondre aux besoins des PME/PMI en matière de veille : deux institutions qui présentent un exemple d’intelligence économique en Tunisie.
Aussi, des outils informatiques de veille, de collecte, d’analyse, d’organisation et de diffusion de l’information viennent répondre aujourd’hui aux besoins des entreprises de toutes tailles dans l’identification et l’organisation des flux d’informations pertinentes et la gestion des connaissances.
Mais afin de faire profiter nos entreprises d’une meilleure utilisation de la technologie, la diffusion d’une culture d’intelligence économique (maîtrise de l’information) s’impose comme un mode d’action et un paradigme à appréhender pour donner un sens à l’évolution de notre économie.
Hosni MAHJOUB
(Universitaire)