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Alzheimer : penser à une prise en charge intégrale

Tous les 20 ans, les personnes atteintes de démence dans le monde doublent de nombre. De 35 millions en 2010, elles passeront à 65 millions en 2030 et 115 millions en 2050. Combien sont-elles en Tunisie ?

Pour donner une image à peu près exacte du nombre de nos malades à nous, des spécialistes ont l’habitude de le comparer à la capacité d’accueil du stade d’El Menzah, c’est-à-dire 35.000 personnes. Ce nombre va en augmentant et dans une dizaine d’années, il sera à 60 000 personnes. Ainsi chaque jour à travers le monde, un homme ou une femme, est happé par la maladie d’Alzheimer. Lentement, sans que l’entourage ou même la personne concernée s’en rende compte, la plus terrible des maladies aligne ses victimes dans l’inconscience et, ajouteront certains, dans l’indifférence la plus absolue. Car malgré sa progression, la maladie d’Alzheimer reste un sujet tabou et cela même dans les pays développés. Ainsi en est-il du Royaume- Uni où, selon une étude, 58% des aidants de malades qualifient les symptômes annonciateurs de la maladie de «normaux» s’agissant de personnes âgées. Autrement dit, ces symptômes seraient les signes ordinaires de la vieillesse. Aussi faut-il attendre trois ans avant que le diagnostic ne soit établi. En Tunisie, on n’est pas mieux loti et si dans certains pays on commence à penser sérieusement à des plans nationaux de lutte contre la maladie d’Alzheimer, chez nous, on est encore au stade où très peu de personnes recourent au diagnostic précoce. Pour en avoir été conscientes, les personnes qui en seront atteintes gagneront quelques années de vie décente. Ce ne sont pas les seuls obstacles, car beaucoup de malades n’arrivent pas à être reconnus par la Cnam qui prend en charge le médicament spécifique. Très souvent, cela est dû à un formulaire que le médecin n’a pas su correctement remplir. Quand il arrive que le malade obtienne d’être pris en charge, ce n’est pas suffisant, car d’autres médicaments sont nécessaires. Cette histoire de médicament est d’autant plus importante que ce sont les parents du malade qui doivent s’en charger. Or un malade atteint de la maladie d’Alzheimer dans un foyer, c’est toute une famille en plein drame. Non seulement il faut s’en occuper presque vingt quatre heures sur vingt quatre, non seulement l’entourage est appelé à s’adapter et par conséquent à gérer un être cher devenu subitement étranger, encore faut-il prendre en charge des médicaments très coûteux. Alors, serait-ce trop demander à la Cnam que de prendre en charge intégralement la maladie d’Alzheimer ?

 

Fadhila Bergaoui

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