Thème d’actualité, le phénomène des mères célibataires retient l’attention, car c’est un phénomène en augmentation dans notre pays, et qui engendre des séquelles importantes. D’après les statistiques de l’Onfp, 1.660 naissances par an sont conçues hors du cadre du mariage.
Comment ces mères célibataires affrontent la stigmatisation sociale? Comment leur éviter une grossesse non désirée et quel est le rôle des services publics et de la société civile?
Deux éminents intervenants, en l’occurrence le professeur Héla Chelly, gynécologue du Centre de maternité et de néonatologie de Tunis, et Sassi Ben Halima, professeur à la faculté de Droit et des Sciences juridiques, ont essayé d’apporter des réponses au phénomène des mères célibataires en Tunisie.
La communication du Pr Chelly s’intitule «Profil psychopathologique des mères célibataires en Tunisie: étude réalisée au Centre de maternité et de néonatologie de l’hôpital Rabta». Elle se rapporte à un travail réalisé avec la collaboration de psychiatres et de psychologues. Les résultats de l’étude, indique l’intervenante, révèlent que le phénomène des mères célibataires est un phénomène marginal et tabou, mais dont les conséquences sociales sont graves.
«Les chiffres sont très peu parlants, on peut avoir seulement des données sur les mères qui accouchent dans les structures publiques. Les statistiques relatives à celles qui accouchent dans les structures privées, et à l’abandon ne sont pas disponibles», poursuit-elle.
En Tunisie, on enregistre une augmentation du nombre des mères célibataires. Déjà en 1870, on parlait de filles-mères. Le nouveau concept tend vers l’appellation de «familles monoparentales». On définit la mère célibataire comme étant mère d’un enfant dont le père est inconnu.
Dans la religion musulmane, seuls sont licites les enfants nés de relations sexuelles dans le cadre du mariage. Mais l’Islam valorise celui qui accepte d’épouser la mère célibataire et prévoit une possibilité d’intégration pour les enfants nés hors mariage.
«Les études médicales et psychologiques montrent que les mères célibataires désirent être aimées», souligne le Pr Chelly.
Le centre de maternité accueille ces mères pour les protéger de leur entourage, car l’enfant naturel né est sans droit. L’hôpital assure l’anonymat, surveille la grossesse, dépiste les risques, assure l’accompagnement de l’accouchement, éduque et propose des moyens contraceptifs pour éviter la récidive.
«On note une insuffisance de psychologues et d’assistantes sociales au centre», indique l’intervenante.
Selon la même étude, on a enregistré 151 cas de mères célibataires en 1962 contre 1.300 en 1987-88.
Les données épidémiologiques révèlent que 47% de ces mères ont entre 21 et 25 ans. 15% sont âgées de 25 à 30 ans, 12% entre 13 et 18 ans. Le plus souvent, ce sont des femmes sans profession ou des ouvrières. 18% sont de la région de Tunis.
Concernant le devenir des nouveaux-nés, l’étude montre qu’en 2003, 41% d’entre eux sont pris par leur mère grâce à la loi de l’attribution du nom du père. 15% reprennent leurs enfants après régularisation de leur situation.
Ces mères célibataires ont un faible niveau d’instruction et sont issues de milieux défavorisés. Elles proviennent de familles «atypiques» de «personnalités abandonniques». Dans certains cas, il y a des infanticides : «L’enfant est considéré comme étant à l’origine de souffrances», souligne le Pr Chelly.
«Aujourd’hui, c’est un travail de sensibilisation qu’il faut envisager, conclut l’intervenante. Il s’agirait de faire de la prévention. Il faut que le niveau d’instruction s’améliore pour protéger les filles contre les grossesses».
La loi du 28 octobre 1998, relative à l’attribution d’un nom patronymique aux enfants abandonnés ou de filiation inconnue grâce à l’analyse ADN, ainsi que la question de la pension alimentaire ont fait l’objet de la communication suivante, présentée par le Pr Sassi Ben Halima et intitulée «Le statut de la mère célibataire et de l’enfant né hors mariage en Tunisie».
F. RASSAA