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Arts
A la galerie Itinerrance, à Paris
De ce côté du miroir de Najeh Zarbout
Dès l’entrée de la galerie Itinerrance, où s’est tenue jusqu’au 5 mai, l’exposition de Najeh Zarbout intitulée De ce côté du miroir, on est attiré par une foule d’objets et de tableaux aux  techniques mixtes et représentant d’abondantes chevelures,

 des branchages, des  yeux en guise de fleurs  et toutes sortes d’animaux fabuleux, entre autres figures difficilement identifiables.

L’intitulé de l’exposition se réfère au fameux conte de Lewis Carroll, De l’autre côté du miroir. On sait que Lewis Caroll (1832-1898) était un mathématicien-logicien, et que l’écriture de son œuvre principale lui a été inspirée par la rencontre d’un enfant, Alice Liddell, plus jeune que lui d’une vingtaine d’années. Or, De l’autre côté du miroir commence par la transcription d’une fin de partie d’échecs où l’unique pion blanc est nommé Alice. Cette pièce-personnage est promue reine au terme de son avance vers la huitième ligne de l’échiquier, lequel devient un jardin exploré, ce qui donne une clé pour interpréter ce conte. En effet, ce passage correspond à la transformation d’Alice en femme, fait que l’écrivain a eu à connaître après plusieurs années d’absence. Aussi peut-on dire que De l’autre côté du miroir poursuit l’exploration du monde déjà entreprise dans Alice au pays des merveilles, l’introduction de l’artifice du miroir y étant une des principales innovations.
Revenons aux travaux présentés par Najeh. Leur parcours fait apparaître que les imageries convenues, y compris celle du miroir, sont quasiment absentes, à l’exception d’une couronne enfouie dans une abondante chevelure ou d’une probable effigie d’Alice. Cependant, on remarque la prédominance des peintures au format carré, ainsi que celle des éléments évoquant le jardin. Donc, plutôt que d’illustration du conte de Lewis Carroll, il conviendrait de voir en ces travaux la manifestation d’une affinité avec le personnage d’Alice.
Quoi qu’il en soit, il est possible que le côté du miroir dont il est question dans ses travaux soit similaire à celui, plutôt vague, qui se trouve désigné par l’intitulé du conte de Lewis Carroll. Car ici, nous sommes dans un domaine où la confusion et l’emboîtement  à l’infini  sont au fondement même du récit et de la représentation, comme l’a si bien noté Luis Borges à propos des Mille et Une Nuits, et des contes plus généralement, d’ailleurs. Najeh procède dans ces travaux à une sorte de brouillage laissant une grande place au jeu avec les figures et les modalités de figuration, ce qui accentue le mystère et l’attrait de son approche.
Najeh, qui travaille sur ce thème depuis plusieurs années (La Presse du 27 avril 2005), a à son actif une bonne quinzaine d’expositions, notamment à Paris et à Montreux (en Suisse) et  quelques-uns de ses travaux sont désormais présents dans quelques collections en Europe. Il semble, en outre, qu’avec cette exposition, elle se découvre une proximité avec le personnage de Nadja (de Breton) mais gageons qu’à la prochaine, elle continuera d’être Alice, pour nous transporter vers un autre côté du miroir, avec une peinture toujours aussi fraîche.
                                                                                    M’hamed SOUISSI
(Paris)

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