Après avoir cherché, à Paris, un successeur français à Roger Lemerre, dont le contrat expire fin juin 2008, la Fédération tunisienne de football a finalement opté pour un Français de Tunisie, l’actuel entraîneur de l’ESSahel Bertrand Marchand.
Bertrand Marchand était le dernier d’une liste de candidats potentiels où figuraient notamment Jean Tigana, Luis Fernandez, Guy Stephan, ainsi que le Bosniaque Vahid Halilhadzic. Noms prestigieux, profils d’expérience, mais dont les exigences financières, salaires mensuels supérieurs à celui de Lemerre (40.000 euros) ont probablement fini par dissuader le président de la FTF, M. Tahar Sioud.
Le choix de Marchand, indique-t-on dans le giron de la FTF, ne représente pas, pour autant, une solution de dernier recours.
L’entraîneur étoilé qui n’entend pas être «traité au rabais» mais qui ne se montre pas prohibitif sur ses émoluments, offre, pour beaucoup, l’avantage d’avoir dirigé les deux équipes leaders du championnat national et d’être déjà assez rodé aux réalités du football tunisien. Avec lui, ne manque-t-on pas de souligner, il n’y aura pas de problème de transition, encore moins de difficultés d’ordre relationnel tant au regard des joueurs eux-mêmes que, surtout, vis-à-vis des médias et de l’opinion.
La meilleure synthèse
Reste le CV à proprement parler. Bertrand Marchand vante-t-il un palmarès à la hauteur du travail qui se propose à lui?
Le parcours dans l’Hexagone mentionne un passage remarqué à Guingamp, club de Ligue 1, entre 2002 et 2004. Sans plus.
Le parcours tunisien est plus édifiant : une finale de coupe et une seconde place en championnat avec le Club Africain (2005-2007) et une victoire historique en Ligue africaine des champions avec l’ESS en décembre dernier.
Aucune expérience au niveau des équipes nationales, mais une trajectoire en nette ascendance reconnue, du reste, en France même, après l’obtention en fin 2007 du titre de meilleur entraîneur français à l’étranger.
A priori tout porte à croire que le futur sélectionneur a les bonnes cartes en main : connaissance des joueurs, du terrain, résultats récents, confiance, cycle de réussite.
La seule inconnue est la nouveauté du challenge. Bertrand Marchand affrontera dès l’automne 2008 un second tour des éliminatoires de la Coupe du monde 2010 où il faudra se classer premier de groupe en ayant passé le cap de la plus grande élite continentale, quatre à cinq adversaires appartenant à «l’Afrique mondiale», celle des grosses pointures et des gros championnats européens.
L’entreprise a-t-elle un rapport avec les «simples compétitions» de clubs africains? Rien n’est encore moins sûr.
L’idée qui prévaut parmi les observateurs est que Bertrand Marchand est sur le point d’inaugurer une autre nouvelle phase de sa carrière d’entraîneur. Un saut dans le vide? Non pas, mais certainement un nouveau monde à découvrir avec ce que cela peut impliquer d’aléas, d’incertitudes, de tâtonnements voire.
Le risque existe donc, objectivement. Toutefois, la situation ne pouvait être mieux envisagée.
Les limites budgétaires de la FTF sont désormais connues. Le pécule des trois précédentes qualifications au Mondial a été épuisé. Il fallait faire avec ses moyens. Pas question d’embaucher un nouveau Lemerre, ni de rêver d’un Pereira ou d’un Lippi. Dans le contexte actuel Bertrand Marchand offrait, pour ainsi dire, la meilleure «synthèse» possible : coût abordable et compétence technique justifiée.
Mais les responsables de la FTF comptent aussi sur «la dynamique Marchand». La réussite engendre la réussite. Ce que le coach étoilé a obtenu en Ligue africaine des champions et ce qu’il est en passe de faire avec son club en championnat préfigurent, peut-être, un surpassement lors des prochains éliminatoires de la Coupe du monde. On positive des acquis et on tente le coup : toute la nouvelle «alchimie fédérale» est là. Qui plus est, et d’aucuns n’ont absolument pas tort d’y rappeler, le réservoir actuel de l’équipe nationale n’a jamais été aussi riche en joueurs de talents. La source n’a pas tari. Bertrand Marchand aura deux à trois mois, dès juillet 2008, pour harmoniser et mettre en condition un effectif dont on a toutes les raisons de croire qu’il est parfaitement apte à la tâche.
La prochaine mission de l’équipe nationale et de son nouveau coach ne sera certes pas une sinécure. Elle sera même truffée de dangers. Mais le potentiel est là, le moral et le savoir-faire aussi : ce ne sera pas une mission impossible.
Bonne continuation !
Khaled TEBOURBI