C’est comme quelques pages de l’histoire de chaque homme, qui fait partie de la frange populaire. Celui qui galère tous les jours et tout le temps, endossant sur ses épaules un poids impalpable, mais embarrassant, agaçant… qui sème la pagaille un peu partout dans le corps humain, déclenchant ainsi des «maux» inguérissables et des «mots» inexprimables.
Pour être enfin
piétiné…
Raouf Ben Yaghlane a ramé dans un océan, avec les rames du pur critique humoristique, dépouillant le vécu d’un citoyen populaire (urbain ou citadin, sans la moindre différence), face à certaines fluctuations ou incohérences de la société. Ce genre de critique a certainement touché la majorité de l’assistance de cette soirée ramadanesque, puisque le public s’est senti concerné, s’engageant dans des discussions avec ce comédien incontestable. Lequel incarne pour ce public, comme une sorte de baume apaisant pour leurs maux inexprimables ou insaisissables.
Raouf Ben Yaghlane s’est transformé en miroir qui reflète l’homme armé de son dessous de table, dans une course pour trouver la ficelle qui l’aidera à obtenir son prêt bancaire. L’homme qui se trouve au fond d’un trou, ou sous un toit fissuré et dégoulinant quand il pleut et qui déclare à la presse qu’il se porte à merveille. L’homme de culture alourdi par le porte-document (connu et respecté autrefois), qui stagne au quotidien, battant la semelle dans la station du métro, pour être enfin piétiné et malmené par la masse des voyageurs pressés. Alors que d’autres individus ignorants ou analphabètes baignent dans la plus indécente prospérité sans la moindre fatigue.
L’homme qui n’arrive pas à boucler les fins de mois et qui n’a jamais eu le courage de demander une augmentation de salaire à son patron. Parce que tout simplement il a été éduqué par le système de l’autocensure. Il s’autocensure même pour exprimer le plus élémentaire ou légitime droit de dire non, lorsqu’il faut dire non. Un texte et une mise en scène vraiment exceptionnels de Raouf Ben Yaghlane, qui ont été un enchantement pour le public surtout avec les trois introductions de chants et de musique qui sont merveilleusement assurées en matière de technique de son par Mohsen Bou Maïza.
L.A.