Culture
Musique
«Semaine de la musique instrumentale» au TVT
Des musiciens habiles
Ne dit-on pas que la musique est la flamme de l’instrumentiste qui brûle pour faire répandre et étendre sa joie ou sa peine, une sorte de pansement des âmes ! Eh bien, ceux qui ont assisté au concert de ces quatre musiciens, lors de leur prestation sur les planches du Théâtre de la ville de Tunis, ont été émus par ce don de la plénitude qui déborde du doigté musical.
 

C’était comme un appel au bonheur qui s’enchaîne au fil des mélodies, à travers l’amour (très voyant) de chacun de ces musiciens pour son instrument. En se réjouissant à moduler les airs, les tons et les notes, essorant le meilleur de son engouement pour un enchantement immédiat.

Quand vous assistez à ce génie qui a envahi Halil Karaduman (Turquie), lui octroyant le pourvoir de s’emporter sur son qanoun, vous ne pouvez que planer à travers ses cordes, creusant tantôt avec violence et tantôt piochant la continuation de la douceur. Et c’est grâce à ses doigts, se faufilant sur les fils métalliques, vecteurs de magnétisme, que vous vous emballez comme boule mouvementée. On jurerait que ce musicien s’offre corps et âme à la musique, il sculpte les mesures en des morceaux enivrants. On est sûr qu’il s’absente pour appartenir à ces ondulations musicales qui jaillissent comme un parfum envoûtant et rafraîchissant.

 

Joueur de violon nocturne

 

Le qanoun a du mal à sortir de sa bulle de plaisir, pour laisser la place à la «dulcinée», à l’accompagnatrice et à la consolatrice du berger : la flûte. Et sans cette longue haleine et cette générosité de souffle ondulatoire de Mohamed Shihan, la flûte ne serait qu’un instrument stérile. Or, la partie aux arômes des mawawil insufflés sur des tons panachés entre traditionnel et folklorique, a enchanté l’oreille et a fait divaguer les esprits des présents, dans des lieux marqués par ce genre de musique.

L’assistance a pu respirer l’air des valses traditionnelles de Bulgarie, d’Inde ou d’Espagne sur ces morceaux. Des paysages représentés grâce à l’habileté de l’instrumentiste, et pimentés par la rythmique invariable de la percussion à double face. Allégresse distillée entre la darbouka et le tar de Lotfi Soua.

Puis vint le tour de notre «joueur de violon nocturne», «le thérapeute» involontaire pour ses voisins, leur procurant les ingrédients nécessaires pour se vouer aux beaux rêves : Béchir Selmi. A travers lui, on ne peut s’empêcher de penser à rendre hommage à Kalaï, puisque Béchir Selmi a navigué sur les eaux les plus troublantes et les plus émotionnelles de nos bijoux musicaux ancestraux. Selmi, sous les applaudissements, a séduit et enchanté, se servant adéquatement de «son coussin», «son violon» ou plutôt son oiseau à vibrations sonores et sa baguette magique.

Au tomber de rideau, les quatre instrumentistes se sont côtoyés sur scène pour démontrer l’absence des frontières et des limites dans les langages de la musique. Chevauchant à travers la perfection du dialogue, ils ont intrigué le public en dévoilant une belle complicité technique et une harmonie d’ondes fascinantes des mélodies dépoussiérées du malouf et d’autres ivresses spirituelles de la musique.

L.A