Portrait de Dhirar Kefi : De la guitare au chant, un artiste en ascension
Si les talents musicaux de Dhirar Kefi se croisent et prennent de plus en plus d’ampleur, la façon dont il est entré dans cet univers reste des plus originales.
La Presse — Après un parcours solide en tant que guitariste, Dhirar Kefi s’est lancé dans la composition, puis franchit actuellement un nouveau défi en abordant le chant. Un large public l’a applaudi récemment dans le spectacle « Chante la vie Chante » où il a partagé la scène avec Aida Niati et Rafik Gharbi, pianiste, compositeur, chanteur et directeur artistique du projet.
Si les talents musicaux de Dhirar Kefi se croisent et prennent de plus en plus d’ampleur, la façon dont il est entré dans cet univers reste des plus originales. C’est un coup de foudre avec un instrument, une guitare sans corde qu’il a récupérée dans la rue quand il était encore jeune. « Je l’ai accrochée dans ma chambre, j’ai passé une bonne période à la contempler et l’admirer, puis j’ai senti un besoin irrésistible d’en acquérir une vraie et d’apprendre à la manipuler », nous a- t-il raconté.
C’est ainsi qu’un objet de décoration est devenu une passion puis une véritable vocation. L’artiste a appris à manier la guitare en autodidacte, s’entourant de musiciens qui partagent ce même enthousiasme. « J’avais toujours ma guitare sur moi, telle une seconde ombre. Je jouais partout, à chaque fois qu’une occasion se présente et nous ne nous sommes jamais quittés. »
A seulement 19 ans, Dhirar Kefi a monté avec ses amis un groupe de musique, Jack Band, pour se produire sur de petites scènes. La détermination et l’expérience l’ont propulsé par la suite vers des collaborations avec des artistes de renom en Tunisie et même à l’étranger. Il a été membre de la Troupe nationale tunisienne.
Il a également accompagné la légende de musique turque Hüsnü Şenlendrici, Adam, Zied Borji, Pascal Mechaalani, Faya Younane, et des stars tunisiennes comme Zied Gharsa, Lotfi Bouchnak et Latifa Arfaoui. Il s’est produit dans des concerts mémorables en Tunisie, en France, au Canada, au Moyen-Orient et ailleurs. Parmi les projets artistiques auxquels il a par part récemment « Ziara » de Sami Lejmi, « Raggouj » de Abdelhamid Bouchnak et « Hier encore » de Rafik Gharbi.
Comment trouve-t-il sa place dans des registres musicaux aussi divers, allant du folklorique aux musiques du monde ? « C’est parce que la guitare est un instrument polyvalent », nous répond-il. « Je suis curieux de découvrir des styles différents et de m’ouvrir à de nouvelles expériences. De plus, les réarrangements adoptent une nouvelle vision, un brassage qui introduit une touche occidentale. »
Du jeu collectif, Dhirar Kefi est passé à des défis plus personnalisés. Il s’est lancé dans la composition. Il définit sa musique comme étant « nourrie de métissages sonores et d’une quête d’authenticité, profondément ancrée et résolument ouverte. »
Il a fait des bandes originales de courts métrages et de pièces de théâtre. En 2023, il a présenté aux Journées musicales de Carthage son propre projet de musique instrumentale « Hadra » avec Radhi Chawali et Hatem Frikha. Un an après, il a participé au Festival de la Chanson tunisienne avec « Allegra », un morceau qui a été apprécié par le public et les critiques pour son originalité. « C’est un air baroque retravaillé de manière à ce qu’il reflète mon style », souligne-t-il. D’autres compositions verront bientôt le jour.
Toujours de plus en plus ambitieux, le jeune artiste a renoué avec une passion ancienne, reléguée au second plan pendant des années. Il est monté sur scène en chanteur, toujours sa guitare à la main, le 8 février dernier dans « Chante la vie Chante ». Au programme, des chansons françaises indémodables et des extraits du prochain album « Alchimie » de Rafik Gharbi.
Le public du Théâtre municipal de Tunis a été captivé par la performance de Dhirar Kefi. Il a repris des tubes de légendes de la chanson française, insufflant une énergie moderne à certains morceaux, comme « Comme d’habitude » de Claude François ou « Vous les femmes » de Julio Iglesias. Ses duos avec Aida Niati, surtout connue comme chanteuse lyrique, ont offert un mélange harmonieux et équilibré de deux belles voix qui se répondent parfaitement.
Comment a-t-il vécu cette nouvelle expérience où il n’est plus seulement musicien mais à la tête de l’affiche du concert ? « Un musicien est la pierre angulaire d’un projet musical », nous répond-il. « Ce qui est nouveau, c’est le statut de chanteur, la « façade » d’un projet musical. Cette impression d’avoir plus de projecteurs braqués sur moi est une responsabilité plus grande. Je n’ai pas le droit à l’erreur et je dois sans cesse me dépasser ».
Après ce spectacle réussi, il est clair que la voix de Dhirar Kefi lui a ouvert la voie pour une nouvelle étape déterminante dans son parcours. Son nom circule désormais au-delà de son cercle habituel. De plus, il sera bientôt sur scène pour un nouveau projet où il chantera en arabe. Il pense, en effet, qu’un artiste doit être polyvalent pour satisfaire un public plus vaste et exigeant. En même temps, il doit rester à jour et respecter toutes les tendances. Les dates seront bientôt communiquées. Nous y reviendrons.