Jeunes ingénieurs, nouvelle force pour l’huile d’olive tunisienne…
La Commission de l’agriculture, de la sécurité alimentaire et hydrique et de la pêche a organisé le mercredi 11 mars 2026 une audition des représentants de l’Ordre des ingénieurs tunisiens sur les perspectives de développement du secteur de l’huile d’olive.
La séance, présidée par Hassan Jarboui, président de la commission, s’est déroulée en présence de Khaled Hakim Mabrouki, vice-président, de Sirine Bousandel, rapporteure, ainsi que des membres de la commission Omar Ben Omar, Taher Ben Mansour et Hamza Bediafi. Mokhtar El Aifaoui, député assistant du président chargé de la communication, et plusieurs autres députés non membres de la commission ont également participé aux débats.
Le président de la commission a ouvert la séance en soulignant l’importance de ces échanges avec les experts tunisiens. Il a insisté sur la nécessité d’adopter une approche participative permettant d’élaborer une vision stratégique fondée sur des bases scientifiques et techniques pour réformer et moderniser la filière oléicole. Selon lui, ces discussions représentent une opportunité unique de mobiliser les compétences locales afin de renforcer la compétitivité et la valeur ajoutée du secteur.
Les représentants de l’Ordre des ingénieurs ont présenté un diagnostic détaillé de l’état actuel du secteur de l’huile d’olive en Tunisie, considéré comme un pilier essentiel de l’économie nationale. Ce secteur représente environ quarante pour cent des exportations agricoles et assure les moyens de subsistance à plus d’un million de Tunisiens.
Toutefois, la valeur ajoutée réalisée reste en deçà du potentiel réel, car une grande partie de la production est exportée en vrac, privant le pays des bénéfices liés à l’emballage et à la commercialisation. La productivité par hectare demeure faible, en raison d’un manque d’encadrement technique et de l’utilisation de méthodes de production traditionnelles dans un grand nombre d’exploitations. La faible présence des ingénieurs agricoles dans le secteur, limitée à un pour cent de l’encadrement technique, constitue selon les experts un frein majeur à la modernisation et au développement de la filière.
Pour relever ces défis, les ingénieurs ont proposé trois axes stratégiques de transformation. Le premier consiste à passer d’une économie de volume à une économie de valeur ajoutée, en multipliant la proportion d’huile d’olive emballée et en renforçant les marques tunisiennes. Le deuxième axe repose sur l’intégration des technologies agricoles modernes, telles que la télédétection, l’intelligence artificielle et la gestion intelligente de l’eau, afin d’améliorer la productivité et de faire face aux effets des changements climatiques. Le troisième axe implique l’intégration systématique des ingénieurs agricoles tout au long de la chaîne de production, que ce soit dans les grandes exploitations, les moulins ou les industries de transformation liées à l’olive.
Les représentants ont également recommandé le lancement d’un programme national d’intégration des compétences techniques, assorti de facilités pour les jeunes ingénieurs afin de développer des projets agricoles et industriels innovants.
Ils ont insisté sur le fait que le développement du secteur ne doit pas se limiter à la production d’huile d’olive, mais inclure des filières à forte valeur ajoutée telles que les industries alimentaires, cosmétiques, pharmaceutiques et les compléments santé. Lors des débats, les députés ont souligné l’importance de tirer parti des résultats de la recherche scientifique pour moderniser le secteur. Ils ont appelé à un encadrement systématique des agriculteurs, à des campagnes de sensibilisation à l’utilisation des technologies modernes et aux bonnes pratiques agricoles, notamment pour la récolte, la taille, le labour, la fertilisation et le traitement phytosanitaire.
Les parlementaires ont également insisté sur la nécessité de coordonner tous les acteurs de la filière, y compris l’Ordre des ingénieurs, pour proposer des mesures concrètes de réforme et de modernisation. Ils ont suggéré l’organisation d’une journée d’étude nationale réunissant l’ensemble des acteurs afin de définir des stratégies de développement durables. Les députés ont par ailleurs salué la diversité des variétés et plants d’oliviers tunisiens, qui permet une adaptation aux conditions climatiques variées et la production d’huiles de haute qualité. Ils ont recommandé de protéger les plants locaux contre les variétés hybrides inadaptées au climat et aux sols tunisiens.
La valorisation industrielle et environnementale du secteur a également été abordée. Les députés ont encouragé l’investissement local dans la fabrication de moulins à huile afin de réduire la dépendance aux pièces et services étrangers. Ils ont préconisé la valorisation des déchets de production, notamment par la récupération de l’huile résiduelle, la production de carburant écologique et la transformation des résidus en engrais organiques. Ils ont souligné l’importance de développer une approche scientifique pour améliorer la productivité, la qualité et la résistance aux maladies et d’instaurer un climat de confiance entre producteurs, transformateurs et exportateurs.
Par ailleurs, les représentants de l’Ordre des ingénieurs ont présenté leurs efforts de recherche et d’accompagnement, tant au niveau national qu’international, pour répondre aux défis du secteur malgré des ressources limitées et des contraintes administratives. Ils ont affirmé que la filière de l’huile d’olive peut devenir un moteur majeur de croissance économique et de développement régional en Tunisie si elle est gérée avec une vision stratégique combinant science, technologie et gouvernance économique moderne. Ils se sont déclarés prêts à collaborer avec le législatif pour proposer des solutions scientifiques et techniques permettant de réformer et de moderniser durablement la filière oléicole tunisienne.