Retombées sociales du confinement total: La femme tunisienne doublement sanctionnée !
Après plus de vingt jours de confinement, les répercussions et impacts sociaux et psychologiques du confinement total décrété par le président de la République dans le cadre de la lutte contre le coronavirus commencent à se faire sentir.
Des entreprises aux familles en passant par toutes les catégories sociales, le confinement total a lourdement impacté pratiquement tous les aspects de la société. Limitant les liens sociaux, provoquant un sentiment d’enfermement et d’isolement, causant des changements sociaux brusques, cette mesure à vocation sanitaire ne cesse d’impacter profondément les citoyens. La famille, premier noyau de la société, n’est pas épargnée, ses membres se trouvent obligés de réinterroger leurs relations et liens familiaux parfois dans des espaces domestiques très restreints, ce qui pourrait provoquer stress et tension. C’est dans ce contexte qu’il se trouve qu’en Tunisie, et peut- être ailleurs, la femme est doublement sanctionnée par la situation sanitaire et notamment par le confinement. Car d’une part elle subit comme tous les citoyens les retombées psychologiques de ce confinement, et d’autre part elle fait face à une augmentation de la violence à son égard mais aussi à la multiplication des tâches ménagères.
«Le nombre d’agressions signalées contre les femmes a été multiplié par sept par rapport à la même période en 2019», a indiqué, récemment, la ministre de la Femme, de l’Enfance et des Personnes âgées, Asma Shiri Laabidi. Les différents responsables de son département, notamment ceux du département de la protection de la femme, ne cessent de le répéter, le ministère déplore une forte hausse des cas de violence contre la femme en cette période de confinement. Par quoi s’explique ce constat ?
Pour le ministère, rien ne pourrait expliquer des cas de violence commis contre les femmes, les enfants ou les personnes âgées, mais certains facteurs sociaux, dont notamment le confinement, ont fait que les heures passées entre les membres d’une même famille et entre les couples soient plus longues. Cela pourrait créer des conflits internes au sein des familles marqués surtout par la crise économique et le manque de visibilité financière, ce qui pourrait se transformer en des cas de violence à l’égard des femmes ou des enfants.
Seulement du 23 au 29 mars, 40 femmes victimes de violence ont été signalées contre sept alertes durant la même période en 2019. Il s’agit surtout de femmes vivant dans des zones de l’intérieur du pays, âgées de 30 à 40 ans. Les agressions sont verbales ou physiques et ont nécessité dans deux cas l’hospitalisation vu leur gravité.
Une assistance psychologique gratuite
Le ministère, qui pense que le confinement aurait, en effet, des conséquences significatives au sein des familles provoquant des risques de tension et de conflits, annonce avoir lancé une nouvelle ligne téléphonique verte, le 1809, qui est gérée par 11 psychologues bénévoles.
Mis à la disposition des parents et aussi des enfants et des femmes, ce service permettra notamment aux femmes de savoir comment faire face à cette situation de confinement total et comment agir et gérer les crises au sein de la famille.
Le ministère de la Femme, de l’Enfance et des Personnes âgées avait annoncé le 4 février 2020 que le numéro vert 1899 mis en place au profit des femmes victimes de violence sera opérationnel 24h/24. Les week-ends seront également couverts par ce service.
Plus de 9.000 appels de femmes victimes d’agressions verbales et physiques ont été enregistrés en 2019, outre 45.000 plaintes déposées aux unités spécialisées du ministère de l’Intérieur.
L’ancien président de la République, feu Béji Caïd Essebsi, avait promulgué en août 2017 la loi organique relative à la lutte contre la violence faite aux femmes. Entrée en vigueur en février 2018, cette loi comporte 43 articles et définit les dispositions permettant de lutter contre toutes les formes de violence basée sur le genre social, l’objectif étant de consacrer l’égalité homme-femme et de préserver la dignité humaine.
La loi en question prévoit une approche plurielle qui englobe à la fois la prévention, la protection, l’assistance, les poursuites judiciaires et la sanction.



