Le point sur la situation épidémiologique: Ce n’est pas encore gagné
Les répercussions sanitaires pourraient être lourdes si les citoyens ne se conforment pas ou peu aux exigences hygiéniques dont notamment le port du masque et la distanciation sociale et si l’Etat échoue à assurer les équipements de protection nécessaires. Ce constat n’est pas propre à la Tunisie. D’ailleurs, le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a mis en garde contre une levée hâtive et prématurée du confinement. Pour lui, une levée prématurée des mesures de confinement pourrait entraîner une « résurgence mortelle » de la pandémie.
Selon une dernière actualisation du bilan épidémiologique, le nombre total des personnes atteintes par le coronavirus a dépassé les 940 cas sur un total de plus de 20 mille prélèvements réalisés depuis le 2 mars dernier. Le bilan des décès est resté, quant à lui, stable avec, jusqu’à la date du 24 avril, 38 décès enregistrés. Une situation sous contrôle mais qui demeure précaire, selon le ministère de la Santé, alors que le pays s’apprête à entrer dans une phase de déconfinement progressif et ciblé dans quelques jours.
En effet, actuellement et selon les affirmations des autorités sanitaires dont notamment le ministère de la Santé et l’Observatoire national des maladies nouvelles et émergentes (Onme), la situation reste stable mais fragile dans la mesure où tout relâchement pourrait mener vers une rechute et une augmentation des cas de contamination et des décès.
Dernièrement, le comité scientifique de suivi de la propagation du coronavirus en Tunisie s’est réuni pour faire le point de la situation épidémiologique. Après avoir recommandé la prolongation du confinement sanitaire général jusqu’au 3 mai prochain, ce comité s’est penché sur l’optimisation des mesures sanitaires en vue d’éviter la dégradation de la situation épidémiologique, jusque-là maîtrisable. La réunion à laquelle a participé Yves Souteyranda, directeur du bureau de Tunis de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), a été présidée par le ministre de la Santé Abdellatif Mekki et a été consacrée également à l’examen des moyens de renforcer la coopération entre la Tunisie et l’OMS afin de faire face à cette pandémie. Une coopération qui rendra encore plus efficace la stratégie nationale de lutte contre le coronavirus à mesure que les citoyens se conforment davantage aux dispositions du confinement total, ce qui a fait défaut pendant les deux premiers jours du mois de Ramadan.
Cette réunion a permis également de présenter une application élaborée par l’Observatoire national des maladies nouvelles et émergentes et l’OMS regroupant les données actualisées de la propagation de cette pandémie dans le monde.
Un déconfinement à risques ?
Si pour le moment, la Tunisie a pu maîtriser ou presque la propagation du virus en suivant une stratégie de confinement total et de contrôle et d’isolement des cas infectés et suspects, une sortie progressive et ciblée du confinement, prévue à partir du 4 mai prochain, s’annonce risqué. Le Chef du gouvernement l’a lui-même avoué, le gouvernement prendra des mesures au fur et à mesure et rectifiera le tir si la situation commence à dégénérer. Donc ce n’est pas encore gagné, et au vu des scènes d’encombrement et d’irrespect du confinement, notamment pendant le premier jour du mois saint, il faut s’attendre à de lourdes conséquences sanitaires.
En effet, comme annoncé, à partir du lundi 4 mai, le déconfinement sera ciblé selon les secteurs, les régions et les catégories. Ainsi, des procédures seront progressivement adoptées pour alléger puis lever le confinement général selon une stratégie qui comprend quatre phases s’étalant du 4 mai à la fin du mois de juin. Il s’agit de mettre en place des mesures sanitaires et assurer tous les contrôles préventifs, d’adapter le système de transport aux exigences de cette période, de maintenir les autorisations préalables, de renforcer les mécanismes de contrôle et de réaménager les horaires de travail dans les secteurs public et privé pour éviter un encombrement sur les lieux de travail et dans les transports.
Mais ce plan n’est pas totalement garanti, et les répercussions sanitaires pourraient être lourdes si les citoyens ne se conforment pas ou peu aux exigences hygiéniques dont notamment le port du masque et la distanciation sociale et si l’Etat échoue à assurer les équipements de protection nécessaires. Ce constat n’est pas propre à la Tunisie. D’ailleurs, le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a mis en garde contre une levée hâtive et prématurée du confinement. Pour lui, une levée prématurée des mesures de confinement pourrait entraîner une « résurgence mortelle » de la pandémie.
Aux origines de la contagion
Entre-temps, voulant apporter des éclaircissements sur la situation épidémiologique en Tunisie, des médecins et des spécialistes de la santé ont évoqué un scénario pour expliquer le nombre de cas de contamination par le coronavirus jugé réduit, mettant à mal les chiffres officiels présentés par le ministère de la Santé. En effet, ils affirment que le premier cas du coronavirus aurait été enregistré en Tunisie depuis janvier 2020, et que plusieurs personnes sont tombées malades sans aucune prise en charge médicale. Réagissant à ces affirmations, le ministre de la Santé, Abdelatif Mekki, a écarté ce scénario, tenant à confirmer et à rassurer que le cas zéro en Tunisie peut être celui de Gafsa ou celui de Boumerdes, à Mahdia, enregistrés au début du mois de mars dernier.
Rappelons que la pandémie de Covid-19 s’est déclarée en Tunisie officiellement le 2 mars 2020, avec l’annonce d’un premier cas confirmé, il s’agissait d’un Tunisien de retour d’Italie. Le 25 avril, 939 cas de contamination sont confirmés ainsi que 38 décès. À compter du 18 avril, tous les gouvernorats ont été touchés par la contagion. La Tunisie a adopté une stratégie de confinement total décrété depuis le 22 mars et prolongé jusqu’au 3 mai prochain.
Durant la prochaine période, le pays s’apprête à sortir progressivement du confinement total, en relançant notamment les secteurs de production destinée à l’exportation, puis peu à peu, les autres secteurs pour lever totalement ces dispositions d’ici le mois de juillet prochain. A partir de cette date, ce n’est pas un retour à la vie normale, quelques secteurs d’activité où l’on enregistre des lieux de rassemblement demeureront fermés, et les citoyens seront obligés de porter continuellement des masques de protection dans l’espace public.
En résumé, la Tunisie parvient actuellement à contrôler la pandémie et à minimiser le nombre de nouveaux cas de contamination. A partir du 4 mai prochain, l’Etat assurera la relance de plusieurs secteurs à condition qu’ils respectent rigoureusement les dispositions hygiéniques. La Tunisie ambitionne de lever ces dispositions de confinement à partir du mois de juillet, mais en cas de rechute, le plan de confinement sera réactivé.



