Ils ont dit
Ezzeddine Saidane, économiste et expert
«Les besoins de l’Etat sont estimés à environ 15 milliards de dinars, et ce dernier n’est en mesure d’en fournir que 7, l’écart est d’environ 8 milliards de dinars. Les pourparlers de financement avec le FMI sont complètement suspendus, contrairement à ce qui est promu, et il n’y a aucune possibilité pour la Tunisie d’emprunter auprès d’une autre partie. La Tunisie est face à deux solutions. La première est de recourir aux pays amis qui ont exprimé à plusieurs reprises leur volonté de se tenir aux côtés de la Tunisie, pour économiser de 2,5 à 3 milliards de dinars. La seconde solution est de financer ce déficit à partir de la Banque centrale, soit directement, soit par l’intermédiaire des banques tunisiennes, cela revient au même. Or, la Banque centrale a exprimé son refus de financement supplémentaire, car elle a financé la Tunisie avec environ 8 milliards de dinars depuis décembre dernier. Pour ce qui est de la visite référence de la Cheffe du Gouvernement en Arabie saoudite, il s’agit d’efforts déployés par la Tunisie visant à couvrir les dépenses de l’Etat sur le reste de l’année 2021. Notre horizon est très étroit, nous sommes incapables de financer l’État pendant deux mois. Ne parlons pas du budget 2022, ni de la manière dont l’Etat financera ses dépenses cette année, ni d’un projet de loi de finances pour l’année 2022. La Tunisie traverse une crise de finances publiques très sévère et sans précédent».
Salah Amamou, président de la Fédération nationale de l’artisanat
«La fragmentation du secteur de l’artisanat en Tunisie, relevant des compétences de plusieurs ministères, a marginalisé ce secteur. Ce dernier n’est plus un secteur stratégique, quoiqu’il représente l’identité tunisienne. Le secteur traverse beaucoup de difficultés, notamment, avec les ministères du Commerce et du Tourisme. Pour remédier à ces problèmes, je réitère mon appel pour la création d’un ministère de l’artisanat et des petits métiers. L’enseignement était plus performant et efficace que la formation professionnelle dans le secteur artisanal, un secteur victime d’une politique destructive depuis les années 90, avec des lois archaïques, désuètes et caduques, ne servant plus le secteur. 80% des produits artisanaux sont commercialisés sur le marché touristique et ces produits sont appréciés par les Tunisiens, quoique leurs prix dépassent leur pouvoir d’achat. L’augmentation des coûts des matières premières pèse sur le secteur et des artisans, et il est nécessaire de restructurer ce secteur et de trouver des solutions pour commercialiser nos produits artisanaux».
Mehdi Mahjoub, porte-parole de la chambre nationale des Concessionnaires automobiles
«La déclaration du Président Saïed, qui concerne la polémique sur l’importation des voitures de luxe, ne vise pas les concessionnaires automobiles opérant sur le marché formel, étant donné que l’importation est soumise à une forte taxation versée au profit de la Douane tunisienne. Le Président de la République vise les importations illégales de voitures de luxe. Cette gamme de véhicules représente 3% des importations des concessionnaires en Tunisie. Encore plus, les importations de tous les concessionnaires ne représentent que 2% des importations de la Tunisie. On entend par voitures de luxe, celles dont le prix est entre 50 et 200 mille dinars. On importe seulement 1.500 voitures luxueuses chaque année. Et l’importation de ces voitures est soumise à des lois strictes et elles sont taxées à plus de 50% de leur valeur. Si les importations de voitures de luxe seront suspendues, l’Etat sera le grand perdant, car les impôts sur ce genre de voitures sont estimés entre 77 et 80 % des impôts sur la consommation. Le citoyen a le droit d’acquérir la voiture qu’il souhaite, selon son budget et ses choix. D’ailleurs, pour la voiture qui dépasse les deux litres, elle doit payer 80% des droits de consommation et 19% de TVA, cela veut dire que 100% du prix du véhicule sera injecté à l’Etat ».



