gradient blue
gradient blue
A la une Actualités

Dons, prêts et lignes de financement accordés à la Tunisie depuis 2011: Il est temps de faire les comptes !

  • 1 novembre 08:34
  • 6 min de lecture
Dons, prêts et lignes de financement accordés à la Tunisie depuis 2011: Il est temps de faire les comptes !

Les fonds censés appuyer le pays dans son programme de relance économique et développer
l’investissement et les régions intérieures longtemps marginalisées ne semblent pas avoir amélioré la situation économique.


Au nom du soutien et de l’appui à une jeune démocratie naissante, présentée comme une exception dans le contexte arabe et africain, la Tunisie a accédé à de nombreux dons, lignes de crédits, assistances financières et programmes de développement. Sauf que depuis la Révolution et jusqu’à nos jours, le sort de telles sommes faramineuses estimées à des milliards d’euros et de dollars est resté sans traces ni impacts sur l’économie nationale et notamment sur le développement des régions intérieures du pays. Où en sommes-nous aujourd’hui ? Dix ans après la Révolution, n’est-il pas temps d’évaluer ces programmes et notamment de connaître le sort de ces dons gérés par les différents gouvernements qui se sont succédé depuis le 14 janvier ?

Conduisant une mouvance contre la corruption en prenant tout le pouvoir le 25 juillet dernier, le Chef de l’Etat, Kaïs Saïed, a dépoussiéré ce dossier en réclamant, lors d’un dernier Conseil des ministres, un audit des dons et des prêts accordés à la Tunisie pour la soutenir dans sa transition démocratique.

Le Président Saïed a, en effet, mis l’accent sur l’impératif d’opérer un audit global et minutieux de tous les dons et prêts obtenus par la Tunisie au cours des dernières années. Car pour lui, « les Tunisiens doivent connaître le sort de ces fonds restés sans impact palpable sur l’économie nationale».

Le Chef de l’Etat soupçonne-t-il des pratiques de corruption lors de la gestion de ces fonds ? Il n’est pas le seul. Si vous posez la question aux Tunisiens, la réponse sera la même : ces fonds sont allés dans les poches des responsables. A vrai dire, la gestion de ces fonds est confiée principalement à deux institutions. Il s’agit en premier lieu de la présidence du gouvernement qui conclut des accords de financements avec des bailleurs de fonds étrangers ou d’autres pays après l’aval des députés et qui reçoit des dons et des programmes d’appui.

Puis, c’est aussi le ministère des Finances qui gère ces fonds avec les autres départements ministériels concernés. D’autres structures entrent en considération, il s’agit de la Banque centrale par laquelle passent certainement ces flux financiers, mais aussi le ministère de la Coopération internationale et même la présidence de la République qui conclut à son tour des accords bilatéraux avec d’autres pays. Tout ça pour dire que de nombreux intervenants entrent sur scène lorsqu’on évoque ces lignes de crédits et ces dons au profit de la Tunisie, mais s’agissant de leur gestion, c’est à La Kasbah et au ministère des Finances qu’il faut s’adresser.

Quelle estimation ?

De quoi parle-t-on ? Est-il vrai que la Tunisie a accédé depuis dix ans à des milliards en devises ? Comment peut-on réellement estimer leur valeur ? Et quel impact réel sur l’économie et le développement des régions intérieures du pays ? Tant de questions se posent, mais les réponses sont peu nombreuses. Au fait, le dossier est entouré d’un manque de transparence manifeste, ce qui laisse présager, auprès de l’opinion publique, des soupçons de corruption. En effet, en l’absence de chiffres récapitulatifs et de données exactes sur le sort de ces prêts, dons et aides financiers octroyés à la Tunisie à l’issue de la Révolution, des voix commencent à s’élever appelant à ouvrir ce dossier et dévoiler le sort de milliards de dollars et d’euros dont a bénéficié la Tunisie ces dix dernières années.

Le Chef de l’Etat n’était pas le premier à lancer un tel appel, avant lui, la Centrale syndicale et la présidente du Parti destourien libre (PDL) Abir Moussi, avaient réclamé un audit complet de ces financements dont a bénéficié la Tunisie. En tout cas, de simples opérations de calcul nous amènent à constater que la Tunisie a eu accès à plusieurs milliards de dollars et d’euros d’assistance financière et économique, dont une large partie a été octroyée à notre pays sous forme de prêts à taux d’intérêts assez élevés au vu de la situation économique et la conjoncture politique et sociale. A elle seule, l’Union européenne a accordé à la Tunisie depuis 2011 et jusqu’à 2019 dix milliards d’euros sous forme de prêts et de dons, selon les affirmations de Patrice Bergamini, ancien ambassadeur de l’UE en Tunisie.

La Tunisie a également conclu plusieurs lignes de crédits et de financements avec le Fonds monétaire international, la Banque mondiale, la Banque africaine de développement, la Banque européenne d’investissement estimées à plus de dix milliards d’euros. Le FMI a accordé, à lui seul, plus de trois milliards de dollars en seulement quelques années à la Tunisie. Des pays comme l’Algérie, la France, les Etats-Unis, l’Arabie saoudite, la Chine, les Emirats arabes unis et autres, continuent également d’appuyer le budget de la Tunisie par le biais d’aides exceptionnelles et conjoncturelles. Si les chiffres et estimations officielles font défaut pour une raison ou une autre, des économistes s’efforcent de faire le bilan de ces flux financiers auxquels a accédé la Tunisie cette décennie. L’économiste Ezzeddine Saïdane affirme, pour sa part, que la Tunisie a bénéficié, depuis 2011, de près de mille milliards de dinars en crédits et dons, un chiffre qui donne le vertige.

Effet contreproductif

Ces fonds censés appuyer le pays dans son programme de relance économique et développer l’investissement et les régions intérieures longtemps marginalisées, ne semblent pas avoir amélioré la situation économique. Pis encore, ils ont eu l’effet contraire, étant donné que le taux d’endettement n’a pas cessé de s’aggraver.

En effet, ces fonds, non seulement n’ont pu améliorer la situation économique du pays, car une large partie a été consacrée à faire face à la masse salariale en perpétuelle augmentation, mais ils ont aussi aggravé l’endettement extérieur du pays et, par ricochet, la dette publique.

Tous les économistes et analystes financiers se montrent pessimistes et inquiets à cet effet, d’autant plus qu’après la crise pandémique, les finances publiques ont été lourdement impactées.

Auteur

Khalil JELASSI

You cannot copy content of this page