Menacés d’immolation par les dealeurs: Des élèves acculés à acheter et à consommer de la drogue
Depuis le début de l’année scolaire, on constate la multiplication des opérations de trafic de drogue devant les établissements éducatifs. Ce constat se confirme, encore une fois, par une autre voie : les témoignages des élèves.
Selon une enquête qui a été menée en 2017 par l’Association tunisienne de la médecine des toxicomanies, en collaboration avec l’Institut national de la santé et le groupe Pompidou, relevant du Conseil de l’Europe, au moins 31% des lycéens, dont la tranche d’âge est comprise entre 15 et 17 ans, ont consommé au moins une fois dans leur vie une drogue (cannabis, médicament, colle, cocaïne, Subutex, Ecstasy). Ce chiffre devrait connaître une croissance significative au cours des dernières années. Les causes ? Il suffit de voir les changements comportementaux aussi bien sur le plan social qu’économique. Et sur le plan social et principalement familial, les parents n’ont plus assez de temps pour le consacrer à leurs enfants dès leur jeune âge.
Midi, après les cours…
« Il suffit de se rendre devant un lycée ou un collège dans n’importe quel endroit pour constater que fumer du cannabis est bien entré dans les mœurs des adolescents. Tous les jours, on y voit de jeunes dealers sur des motos en train de distribuer des produits stupéfiants… A la pause du midi, après les cours, et parfois si on a une heure de permanence, ils ne ratent aucune occasion pour être présents… Ma mère m’a beaucoup expliqué le danger de ces produits. J’essaie d’être vigilante même dans le choix de mes amis car on ne sait pas ce qui peut nous arriver un jour ou l’autre », nous raconte Sana, une jeune collégienne en 9e année. Assis au milieu d’un groupe d’amis, à quelques mètres de la porte d’entrée d’un collège, Adel nous indique que depuis des semaines, fumer une cigarette est devenu une obligation et une menace dans son établissement. « Des dealers, qui utilisent les motos pour prendre la fuite au cas où les policiers interviendraient, menacent les élèves ; ils utilisent des bouteilles d’essence et des briquets et menacent de les brûler s’ils refusent de fumer un joint… Certains collégiens, par peur, acceptent de fumer, alors que d’autres ont réussi à prendre la fuite au sein de notre établissement. Mais aucun d’entre nous n’ose raconter ce qui lui arrive à son enseignant ou ses parents… Beaucoup d’entre nous vivent dans la peur car ces dealers reviennent tous les jours et ils peuvent identifier chacun de nous. Heureusement que mon père est un enseignant dans le même collège… Même si ce détail n’est pas très important, il est un peu rassurant pour moi dans ces conditions », souligne-t-il, avec un sourire qui se dessine lentement sur son visage.
Pour sa part, la jeune Linda nous confirme que depuis deux semaines, des opérations anti-drogue ont été menées dans son établissement. « Nous étions surpris par la présence massive des forces de l’ordre dans une tentative d’arrêter ce fléau… On ne sait pas à quel point ils ont réussi, mais nous avons constaté que les contrôles à l’entrée du collège ont été renforcés. Il y aussi un contrôle visuel des sacs. Les policiers peuvent même empêcher l’accès des élèves au collège en cas de refus… », précise-t-elle.
Réagir en amont
Mais là encore, il faut préciser que les réponses pour enrayer la consommation de stupéfiants dans les établissements scolaires doivent être politiques et pénales.
Il est indispensable donc d’appliquer des mesures préventives, notamment la prévention dès le plus jeune âge car au lycée ou même au collège, la drogue est largement consommées, puisque selon certaines études internationales, l’âge moyen de la première consommation est de 13 ans, ce qui est très inquiétant.
D’où l’urgence de lancer un cri d’alarme sur la gravité de la situation qui requiert l’implication de toutes les parties prenantes afin d’améliorer l’environnement éducatif.
*Tous les prénoms ont été changés.



