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Economie

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  • 11 septembre 2022
  • 4 min de lecture
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Ezzeddine Saïdane, économiste et expert

«Le marché commence à manquer de beaucoup de produits de base et le consommateur est un peu sous le choc de ces pénuries en plus de l’inflation galopante. Mais il faudrait que l’on sache que la pénurie semble s’installer dans la durée. Tous les produits concernés par les pénuries sont importés par des entreprises publiques qui en ont le monopole. Ces entreprises sont victimes de mauvaise gestion certes, mais c’est aussi l’Etat qui a mis ses propres entreprises en difficultés… Voici un exemple : l’Etat doit payer à la Stir la subvention relative aux carburants, mais la trésorerie de l’Etat ne permet pas cela. En même temps la Stir doit payer à l’Etap le prix du pétrole brut qui lui est fourni par cette dernière. L’Etat propose à la Stir de ne pas payer l’Etap. La même chose se passe avec la Steg. De ce fait, l’Etap devient incapable de payer ses fournisseurs et ses partenaires. Et c’est ainsi que la crise s’installe et se généralise par un effet de dominos… Ainsi, les entreprises publiques accumulent les factures impayées auprès des fournisseurs et les dettes auprès des banques. Ces entreprises perdent la confiance de leurs fournisseurs et des banques locales et étrangères…. Il est important de signaler au préalable que certains de ces monopoles ne sont plus justifiés aujourd’hui. Que fait l’Etat tunisien dans le commerce du thé, du café, du sucre, du riz, de l’huile végétale ou dans la fabrication de cigarettes. Des entreprises publiques qui jouissent d’une situation de monopole et qui se permettent de perdre de l’argent jusqu’à se mettre dans une situation de faillite. En ce qui concerne les entreprises publiques qui doivent rester dans le giron de l’Etat il est impératif qu’elles regagnent la confiance de leurs fournisseurs et des banques… Il faut toute une stratégie de sauvetage de l’économie et des finances publiques tunisiennes. Stratégie que ne peut élaborer et mettre en œuvre qu’un gouvernement fort, capable de sacrifier tout avenir politique.

Ceci implique aussi que l’Etat sorte de son mutisme, communique avec les citoyens. Il est aussi nécessaire que l’Etat abandonne sa politique de déni total et de fuite en avant. Les réformes politiques sont importantes certes, mais le vrai défi pour la Tunisie aujourd’hui est un défi économique, financier et social. Le citoyen tunisien le vit désormais tous les jours ».

Moez Hadidane, universitaire et économiste

«La Banque mondiale a effectué un rapport pour la révision des prévisions concernant le taux de croissance en Tunisie. Ainsi, la Banque mondiale avait, estimé, dans son bulletin semestriel sur la conjoncture publié le 7 septembre 2022, que la Tunisie réalisera un taux de croissance de 2,7%. La BM supposait un taux de croissance égal à 3%. Suite à la mise en place de trois scénarios possibles, la banque estime dans son nouveau rapport que le taux de croissance sera compris entre 2,4% et 3,1%. Je crois que les prévisions de la BM étaient trop optimistes par rapport aux restes des institutions financières. Les estimations du Fonds monétaire international évoquaient un taux de croissance plus faible (2,2%). Et c’est aussi le cas pour l’Agence japonaise de notation (2,6%). Même le ministère des Finances avait prévu dans la loi des finances ce même taux. Il faut dire que cette nouvelle révision à la baisse effectuée par la BM n’est qu’un retour à la réalité. Ce même rapport estime un déficit budgétaire de 9,3% pour l’année 2022. Ce taux était égal à 7,5% en 2021.  Cette baisse revient aux différentes causes présentées dans le bulletin de conjoncture telles que la crise mondiale, la baisse du taux de croissance en Europe et le recul des exportations tunisiennes vers ce continent.

Je considère que le déficit budgétaire additionnel de 3,3% mentionné dans le rapport ne correspondait pas à la réalité. Les résultats provisoires sur l’exécution du budget, durant le premier semestre, affirmaient la suspension de plusieurs dépenses. Je rappelle que le déficit budgétaire actuel était aux alentours de 400 millions de dinars. Nous ne pouvons pas passer de ce chiffre-là à 10 milliards de dinars. Je pense que le déficit budgétaire ne dépassera pas les 6%. En réalisant un taux de croissance de 2,7%, en 2022, la Tunisie aura réalisé 96% seulement du PIB de 2019. Le retour vers cette situation nécessitait la réalisation d’un taux de croissance de 5,9%».

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Saoussen BOULEKBACHE

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