RAMADAN : Bonheur, senteurs et ferveur
Il a bien choisi sa monture pour débarquer, ce Ramadan 1496. Un printemps resplendissant avec un soleil prometteur. Pas de douche forcée ni de boue gênante. Un soleil timide, mais assez chaud pour se débarrasser des vêtements encombrants.
Les rues se sont vite animées, mais curieusement, un certain silence régnait, contrairement au tintamarre qui énervait plus d’un, sans solutionner quoi que ce soit.
Les rues de Tunis sont ainsi faites. Étroites, elles souffraient surtout de l’indiscipline que ni les sabots ni le camion grue, n’ont pu résoudre.
Une voiture mal garée dont le propriétaire l’a abandonnée pour acheter du…café. Oui, une petite file s’est constituée et il ne voulait pas rater l’occasion. Pourtant, du café il y en avait dans presque toutes les grandes surfaces. Plus loin, c’est un attroupement autour d’une marchande de feuilles de bricks. Il paraît qu’elle en confectionne à merveille. Sa fille derrière elle, tenait un couffin pour la ravitailler. Première grande surface rencontrée, nous étions bien curieux de voir les viandes rouges. Il y avait de la viande bovine. Mais certains s’en détournaient. Ils attendaient l’ovine qui «n’allait pas tarder», assure le boucher de service.
Le poulet est en quantité. Il y avait de tout et les prix n’étaient pas excessifs. On a même affiché une promotion pour l’escalope.
Une odeur agréable venait du fond. C’est le rayon boulangerie qui titille les narines. Du bon pain, dont le prix n’a rien à voir avec la baguette nationale.
Mais en face, les prix ont grimpé dangereusement pour les fruits. Et il n’y avait pas beaucoup de choix. Les agrumes sont en grande quantité mais la majorité de ce qui était offert n’était pas attirante. Il y avait de quoi les confondre avec des prunes ou des pêches, tellement elles étaient petites ces oranges que l’on affublait vainement de noms d’origine douteuses. Les bananes sont plus attirantes. Les pommes, elles, sont toutes tristes pour les prix proposés. On ira ailleurs après avoir palpé quelques-unes avec une moue qui en dit long.
Seules les dattes conservent leur standing, avec des marges acceptables. Les fraises sont toujours au sommet. De même que les artichauts qui se maintiennent et qui donnent l’impression qu’ils ne sont pas près de baisser. Les autres légumes sont en bonne quantité, tout en gardant les mêmes étiquettes d’avant-Ramadan.
Cela suppose que l’offre est dans des limites acceptables par rapport à ce mois, où la consommation augmente.
La viande ovine est là. Un client demande… un quart de mouton. On le lui refuse gentiment. Il s’en ira avec un gros gigot et laissera d’autres clients profiter de cette viande dont la qualité est apparemment bonne.
En tous les cas, elle n’est pas aussi chargée de graisse que la viande locale. Tant mieux, avec les maladies cardiovasculaires qui touchent de plus en plus de Tunisiens et le cholestérol qui se cache partout.
D’ailleurs, après Ramadan, comme d’habitude, ce sera au tour des médecins de prendre le relais. Les excès se paient en dépit de toutes les recommandations du ministère de la Santé et du Dr Hakim.
D’une mosquée, apparaît une marée humaine. C’est la fin de la prière. Preuve que la ferveur garde sa place et que Ramadan, c’est tout à la fois.
D’ailleurs, la majorité des personnes qui émergent portent des couffins et des sacs.

