La réforme du Code des collectivités locales est inéluctable. Elle est en mesure de retirer la confiance aux conseils municipaux défaillants.
La Presse — En mars dernier, la question environnementale s’est de nouveau invitée au palais de Carthage. À cette occasion, le Président Kaïs Saïed a rappelé au ministre de l’Intérieur, Khaled Nouri, et au ministre de l’Environnement, Habib Abid, la nécessité de « redoubler d’efforts » pour protéger le littoral et sanctionner toute défaillance dans la gestion des affaires locales.
« La situation ne cesse de s’aggraver jour après jour, et de nombreuses parties ne jouent pas leur rôle comme il se doit », a-t-il averti, visant particulièrement les municipalités, chargées d’assurer la propreté urbaine et la collecte des déchets.
Pourtant, malgré ces mises en garde présidentielles, le constat demeure inchangé ou presque en ce qui concerne notamment la propreté urbaine et la collecte des déchets. Les municipalités semblent dépassées, dépourvues de moyens techniques et humains (et de volonté) pour contenir les montagnes de déchets qui s’accumulent quotidiennement dans les rues. À cette incapacité structurelle, s’ajoute l’incivilité persistante des citoyens laquelle incivilité ne fait qu’aggraver un état des lieux déjà alarmant, cédant la place parfois à de graves dépassements des agents municipaux sur le terrain.
Des municipalités sous pression, mais peu de résultats
Les visites présidentielles dans différentes régions, ces derniers mois, ont mis en lumière des manquements criants. Mais en dépit de ces opérations ponctuelles, la pollution persiste, alimentée par une mauvaise organisation et un manque flagrant de suivi de la part des responsables municipaux.
La protection de l’environnement ne repose pas uniquement sur les institutions. En effet, les citoyens, par leurs comportements quotidiens, jouent un rôle direct dans la dégradation du cadre de vie. L’incivilité, même dans des gestes apparemment anodins, a des conséquences concrètes et durables. Le simple fait de jeter une bouteille en plastique, un emballage ou un papier dans la rue, contribue à l’accumulation des déchets, obstrue les canalisations et favorise la prolifération de moult nuisances.
Avec la multiplication des fast-foods et commerces à emporter, ces pratiques se sont intensifiées, aggravant la pression sur les services de nettoyage. Par ailleurs, le comportement des adultes influence directement les jeunes. Lorsque les parents eux-mêmes négligent la propreté publique, ils transmettent de mauvaises habitudes à leurs enfants, renforçant un cercle vicieux d’incivisme qui fragilise durablement la qualité de vie et l’image des villes.
Réforme du Code des collectivités locales
Dans cette optique, Kaïs Saïed a souligné en avril dernier, en marge de la commémoration du 25e anniversaire du décès du président Habib Bourguiba, la nécessité de réformer le Code des collectivités locales et de repenser le système électoral pour les futures élections municipales. Il a critiqué, à cet effet, certains textes de 2015 et 2017, qu’il juge responsables de divisions et de fragilisation de l’État, et a insisté sur l’importance de renforcer la cohésion nationale et l’efficacité administrative.
Le Chef de l’État a annoncé par la même occasion une réforme du code des collectivités locales, permettant de retirer la confiance aux Conseils municipaux défaillants. En point de mire, la redéfinition du lien entre élus et électeurs sur la base d’un contrat moral, où l’engagement se mesure aux résultats concrets et non aux calculs partisans.
Au demeurant, la responsabilité reste partagée et le constat est sans appel. Ni l’État ni les municipalités, encore moins les citoyens ne peuvent agir seuls. La lutte contre la pollution nécessite à la fois des mécanismes de contrôle et de sanction efficaces, et une véritable appropriation citoyenne de l’espace public. Car protéger l’environnement n’est pas seulement une mission institutionnelle, c’est un devoir collectif, indispensable à l’amélioration durable du cadre de vie.

