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Société

Métlaoui : Un modèle d’énergies renouvelables étouffé dans la bureaucratie

  • 4 novembre 18:00
  • 3 min de lecture
Métlaoui : Un modèle d’énergies renouvelables étouffé dans la bureaucratie

À l’heure où la Tunisie s’engage résolument sur la voie des énergies renouvelables et de l’économie verte, un projet industriel novateur à Métlaoui — symbole du renouveau écologique du bassin minier — se trouve bloqué dans les méandres administratifs. Ce projet de recyclage des pneus usagés, porteur d’emplois et d’espoir, risque de ne jamais voir le jour à cause d’une bureaucratie à contre-courant des ambitions nationales.

La Presse— Conçu dans le cadre d’un essaimage avec la Compagnie des phosphates de Gafsa (CPG), ce projet pionnier vise à transformer les pneus usagés en produits à haute valeur ajoutée : carburant alternatif, encre de photocopie et autres dérivés industriels.

Un concept à la fois écologique et économique, en parfaite adéquation avec la politique tunisienne de transition énergétique et de réduction des déchets.

L’aval du ministère… mais le blocage local

Doté d’une capacité d’embauche de 130 emplois directs dans sa première phase, le projet représente une véritable bouffée d’oxygène pour Métlaoui, ville frappée de plein fouet par le chômage et la dépendance au secteur minier.

Les promoteurs affirment avoir obtenu l’accord du ministère de l’Industrie et des Énergies renouvelables depuis plus de cinq mois.

Le site de production, situé dans la zone industrielle de Metlaoui, est prêt à accueillir les équipements. Le matériel a été sélectionné en Chine, et des formations techniques ont déjà été dispensées à des jeunes de la région.

Pourtant, tout s’est figé au moment de la mise à disposition du local prévu. «Le projet s’inscrit dans le cadre d’un essaimage avec la CPG.

Nous avons reçu l’aval du ministère de tutelle depuis cinq mois. Le local est fin prêt, mais nous avons été surpris de voir le conseil régional imposer un appel d’offres pour céder ce local.

Or, cet appel d’offres n’inclut que les entreprises déjà en place et fonctionnelles, ce qui nous exclut de fait», déplore l’un des investisseurs.

Une décision perçue comme un non-sens administratif, d’autant plus qu’elle contredit l’esprit même de l’essaimage, censé encourager la création de nouvelles unités économiques dans les régions minières.

Pendant que le dossier s’enlise, le temps joue contre le projet : les fournisseurs chinois ont déjà appliqué une majoration de 10 % sur les équipements à cause du retard, et les investisseurs redoutent de perdre la dynamique engagée.

Pour Métlaoui, cette attente est amère. Après la fermeture d’une usine d’articles sanitaires ayant laissé 200 employés sans travail, la ville ne peut se permettre de voir s’envoler un projet capable de redonner vie à son tissu économique.

Le paradoxe est flagrant : au moment où la Tunisie multiplie les annonces en faveur de la transition énergétique et de la valorisation des déchets, les acteurs privés qui veulent concrétiser ces ambitions se heurtent à des obstacles administratifs décourageants.

À Métlaoui, la lenteur du conseil régional de Gafsa ne retarde pas seulement un projet: elle freine une vision d’avenir, celle d’un bassin minier qui cherche à se réinventer à travers l’innovation, l’écologie et la création d’emplois durables.

Auteur

Hafedh Trabelsi