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Culture

Mes odyssées en mediterranée – Le Phare de Mélita : Entre Établissement (Italiens) et Nostalgie du Retour (Maltais) : Deux visages de la presse européenne en Tunisie

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  • 11 novembre 18:40
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Mes odyssées en mediterranée – Le Phare de Mélita : Entre Établissement  (Italiens) et Nostalgie du Retour (Maltais) : Deux visages de la presse européenne en Tunisie

L’histoire de la presse tunisienne est trop souvent reléguée à un rôle d’élément « étranger», alors qu’elle constitue en réalité un chapitre intrinsèquement lié à l’histoire du pays. Elle mérite d’être analysée, débattue et, idéalement, intégrée aux programmes scolaires pour révéler la richesse de cette période.

Le journalisme tunisien a vu le jour le 21 mars 1838 avec la parution de « Il Giornale di Tunisi e Cartagine » (Le journal de Tunis et Carthage). Premier journal publié en Tunisie, en langue italienne par Romeo et Malatesta, deux imprimeurs napolitains, ce journal fut aussitôt interdit par le Bey de Tunis dès son premier numéro. Malgré sa brièveté, il marqua le véritable début de la presse tunisienne et servit de précurseur à l’éclosion de quelque 130 journaux italiens qui allaient paraître en Tunisie jusqu’à la fin du protectorat français.

Si la collectivité italienne était numériquement dominante, représentant environ 10% de la population locale, la communauté maltaise se positionnait comme la deuxième «communauté étrangère» majeure. Il s’agissait d’une population historique, remarquablement intégrée, qui avait su se mêler, au fil des décennies, aux conationaux, se montrant très proche des Tunisiens et des Siciliens avec lesquels elle partageait fréquemment la misère et la discrimination infligées par les autorités coloniales.

Cette communauté laborieuse, conservant une forte identité et des liens indéfectibles avec la mère patrie, a également généré ses propres publications en Tunisie, soit en langue maltaise, soit en français. Le premier journal en maltais, « L’Ape maltese » (L’Abeille maltaise), vit le jour en 1884, suivi en octobre 1906 par « L’Echo du Centre », qui fut toutefois de courte durée.

Cependant, le journal maltais « Mélita » retient particulièrement l’attention. Ce bimensuel bilingue (maltais et français), édité par la communauté maltaise de Sousse et imprimé par Victor Fenech à l’Imprimerie française de Sousse, fit sa parution le 5 janvier 1937. Le nom « Mélita », l’ancienne appellation de Malte, reflétait la ligne éditoriale du journal : un organe patriotique, apolitique et un ardent défenseur de l’identité maltaise en Tunisie.

Il affirmait clairement : « Aucune politique ni critique étrangère ne trouveront place dans ses colonnes et seuls les intérêts du peuple maltais guideront ses gestes… Il sera sans défaillance le défenseur vigilant de vos droits et saura vous rappeler vos devoirs, si besoin est. » On pouvait d’ailleurs y lire des poèmes en langue maltaise, tels que « Viva Malta », exprimant l’attachement profond à la patrie natale : 

« Viva Malta fiwrtad-dinja / GawhratalMéditeran / L’ilsna ta uliedekkolna / Viva Malta ikantaw… »

Le contraste avec la collectivité italienne était notable : les Maltais manifestaient un désir tenace de retour à leur patrie d’origine, se considérant toujours comme des invités dans le pays nord-africain, à l’inverse des Italiens qui tendaient à élire domicile en Tunisie. Ce souhait de retour était palpable dans les pages de « Mélita », sorte de désir jamais éteint : «Même si la patrie ne doit pas être considérée comme un mythe, ni comme une idole que l’on vénère, ça restera toujours notre chère patrie».

Le journal insistait sur le devoir de la communauté de se comporter « parfaitement, en respectant, sans en abuser, les lois de l’hospitalité qui lui sont offertes, se considérant toujours comme étranger, et en freinant son ardeur patriotique, il excelle dans l’art d’être modeste et de passer inaperçu… Car dans notre cœur rayonne plus que jamais l’amour sacré de notre belle et chère petite patrie».

Ainsi, « Mélita » se positionnait comme un trait d’union indispensable entre la communauté maltaise de Tunisie et La Valette, exhortant à une « fraternité maltaise » internationale pour renforcer le sentiment d’appartenance à la patrie, même pour les générations futures qui devaient rester « Maltais avant tout » dans leur âme, leur langue et leur identité culturelle.

Alfonso Campisi

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Auteur

La Presse