Agriculture et recherche scientifique : Pas d’avenir sans la science…
Le projet de budget du ministère de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche, pour 2026, est estimé à 2.467 millions de dinars (MDT), contre 2.346 MDT en 2025, en hausse de 5 %.
La Presse — Lors de la séance plénière commune tenue, dimanche, à l’Assemblée des représentants du peuple (ARP), l’examen du budget de l’exercice 2026 a donné à lire des dépenses de rémunération fixées à environ 681 MD en 2026, contre 702 MD en 2025, enregistrant une baisse de 3 %.
Pour les dépenses de gestion, elles sont fixées à environ 44,926 MD en progression de 7,2 %. S’agissant des dépenses d’intervention de la mission du ministère de l’Agriculture, elles s’élèveront à environ 947,777 MDT En ce qui concerne les dépenses d’investissement, elles sont estimées à 1.205 MD (engagement) et 726 MD (paiement) en 2026, contre 1.222 MD (engagement) et 667 MD (paiement), en 2025, enregistrant une hausse de 8,8%.
L’objectif étant d’atteindre l’autosuffisance et la sécurité alimentaires, ainsi que la diversification de la production agricole et l’adaptation aux transformations économiques, numériques et climatiques.
Une part dérisoire
Lors de ladite séance plénière, on a parlé et l’on s’est étalé sur tout ou presque. De la recherche scientifique, on en a parlé brièvement. Il n’y avait pas, mais il n’y a pas le feu. C’est ce que donne à lire le projet de budget de l’Etat pour 2026 qui vient apporter une confirmation gênante : le ministère de l’Agriculture demeure l’un des rares départements stratégiques à consacrer une part dérisoire de ses ressources à la recherche scientifique.
Les chiffres, pourtant têtus, parlent d’eux-mêmes. Sur un budget global qui dépasse les 2 milliards de dinars, la part allouée à la recherche et au développement agricole ne dépasse pas quelques dizaines de millions, soit moins de 1 % des crédits du ministère. A titre de comparaison, plusieurs pays émergents investissent entre 2 % et 4 % de leur budget agricole dans l’innovation.
Le Maroc, souvent cité comme référence régionale, consacre à la recherche scientifique relevant du domaine agricole près du triple de ce que mobilise la Tunisie en proportion. Plus inquiétant encore : ce pourcentage est en recul. Alors que les dépenses de fonctionnement du ministère augmentent légèrement, tirées par la masse salariale et les charges courantes, les crédits d’investissement destinés aux instituts de recherche stagnent ou diminuent.
Les centres techniques spécialisés : horticulture, grandes cultures, élevage, dattes, olivier voient leurs budgets reconduits à l’identique depuis des années, en dépit de l’inflation cumulée qui réduit leur capacité d’action de manière mécanique.
Innover plutôt que gérer
Cette configuration budgétaire traduit une priorité implicite: gérer, plutôt qu’innover. Maintenir les structures, plutôt que les moderniser. Or, dans l’agriculture plus que dans tout autre secteur, cette logique a un coût. Car le pays affronte simultanément quatre pressions majeures : une sécheresse structurelle, qui impose des solutions scientifiques, une dégradation rapide des nappes et des sols, nécessitant des programmes de recherche lourds, une dépendance croissante des importations céréalières et fourragères et une compétitivité en recul dans plusieurs filières exportatrices (huile d’olive, dattes, produits de la mer).
Or, le budget 2026 n’apporte aucune réponse stratégique à ces défis. Il perpétue un modèle de gouvernance agricole qui vit au jour le jour, enfermé dans des arbitrages de court terme. Les instituts de recherche agricole sont les premiers à en payer le prix. Leurs équipements sont de vieille date, leurs projets pluriannuels sont financés au compte-gouttes, et leurs chercheurs, souvent brillants, sont incités à se tourner vers la coopération internationale pour survivre.
L’impératif d’une vision
Une politique moderne supposerait d’affecter au moins 2 % du budget agricole à la recherche, comme seuil minimal de souveraineté scientifique, de l’avis de plusieurs économistes avérés. Non seulement ce n’est pas le cas, mais le budget 2026 semble s’en éloigner encore plus. Il y a, derrière cette faiblesse budgétaire, un problème plus profond: l’absence de vision. On continue d’aborder l’agriculture comme un secteur administratif et social, alors qu’elle devrait être un secteur d’innovation et de technologie. En se privant de science, le ministère se prive d’avenir. Et le pays avec lui.