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Economie

Accessibilité numérique : Nouvel élan pour l’inclusion financière

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  • 30 novembre 19:15
  • 7 min de lecture
Accessibilité numérique : Nouvel élan pour l’inclusion financière

L’accessibilité numérique n’est plus une option : elle est devenue une nécessité vitale pour les économies modernes. Dans un monde où plus de 1,3 milliard de personnes vivent avec un handicap, ignorer l’inclusion digitale revient à se priver d’un marché colossal tout en fragilisant sa compétitivité.

En Tunisie, la digitalisation des services publics et privés progresse, mais elle demeure encore insuffisamment adaptée aux besoins des personnes à mobilité réduite. Pourtant, son impact économique est évident, puisqu’il se traduit par un élargissement de la clientèle, une fidélité accrue et une amélioration de l’image des institutions.

Comme l’a déclaré Abir Jlassi Sdiri, experte internationale en digital marketing et e-business, l’accessibilité numérique « représente aujourd’hui un levier majeur de performance».

La Presse — Les chiffres confirment cette réalité. En Tunisie, plus de 1,5 million de personnes vivent avec un handicap, soit près de 15,5 % de la population. Parmi elles, environ 345.000 présentent un handicap profond, 3,3 % de la population, tandis que 1,37 million cumulent des handicaps multiples.

Ces situations se déclinent en trois catégories : les handicaps permanents, liés à des déficiences motrices, sensorielles ou cognitives durables; les handicaps temporaires, comme une fracture ou une maladie passagère ; et les handicaps situationnels, apparaissant dans un contexte précis, par exemple chez une personne âgée ayant des difficultés visuelles ou un citoyen utilisant un appareil dans un environnement bruyant.

Cette typologie montre que l’accessibilité numérique ne concerne pas une minorité, mais potentiellement chaque citoyen à un moment de sa vie, a rappelé Sdiri.

Des usages numériques devenus essentiels

Au quotidien, les personnes à mobilité réduite s’appuient de plus en plus sur les plateformes numériques pour télétravailler, accéder à des outils collaboratifs ou gérer leurs projets professionnels. Elles utilisent les services en ligne pour leurs démarches administratives et fiscales, déclaration d’impôts, demande de documents officiels et recourent aux applications pour organiser leurs déplacements, faire leurs courses ou consulter des services de santé.

En France, près de 90 % des démarches administratives sont aujourd’hui accessibles en ligne, illustrant l’importance d’une accessibilité universelle. La Tunisie doit impérativement intégrer cette dimension dans la digitalisation de ses services publics si elle veut éviter d’exclure une partie significative de sa population.

La France montre l’exemple avec le Référentiel Général d’Amélioration de l’Accessibilité (Rgaa), instauré par la loi du 11 février 2005 et régulièrement mis à jour. La version actuelle, Rgaa 4.2.1, s’aligne sur les Web Content Accessibility Guidelines (Wcag), qui définissent trois niveaux de conformité: A, AA et AAA, ce dernier étant le plus exigeant.

Certains acteurs internationaux, comme «BBC News», ont atteint ce niveau, prouvant que l’accessibilité peut parfaitement s’allier à la performance éditoriale et à une audience massive. Dans ce contexte, les plateformes publiques doivent être les premières à incarner la transformation, car elles constituent le socle de l’accès citoyen aux services essentiels.

Elles doivent montrer l’exemple et intégrer l’inclusion digitale dans leurs priorités. Les expériences internationales confirment que l’accessibilité numérique peut devenir un levier de compétitivité : Apple et Microsoft en ont fait un pilier stratégique, tandis que Doctolib, en France, a vu l’usage de sa plateforme croître chez les seniors et les personnes handicapées après l’amélioration de son accessibilité.

Les études européennes soulignent la portée économique de cette démarche : les entreprises accessibles voient leur chiffre d’affaires augmenter de 12 à 15 % grâce à un élargissement de leur audience. Dans les médias, BBC News démontre qu’un acteur majeur peut se conformer aux normes tout en renforçant son image de responsabilité sociale.

L’impact est concret : les sites accessibles bénéficient d’une hausse moyenne de 20 % du trafic, d’un recul du taux de rebond et d’une augmentation de 12 à 15 % du chiffre d’affaires. Dans l’e-commerce, la mise en conformité Rgaa améliore directement l’expérience client, optimise le parcours d’achat et renforce la fidélité. Selon «Contentsquare», 40 % des sites restent en retard, mais ceux qui investissent réellement obtiennent des scores supérieurs à 9/10 en engagement utilisateur.

Ces résultats confirment, comme l’a expliqué Abir Sdiri, que l’accessibilité n’est pas un coût : c’est un avantage stratégique.

Un multiplicateur de valeur pour l’économie

Au-delà des chiffres, l’accessibilité agit comme un multiplicateur de valeur. Elle améliore le référencement naturel, renforce l’image de marque en positionnant l’entreprise comme responsable et innovante, et ouvre la porte à des marchés souvent négligés mais au potentiel immense. Elle participe aussi à une démarche RSE structurante, créant un lien de confiance durable avec les internautes.

La dynamique internationale converge d’ailleurs vers des standards communs : l’Union européenne impose progressivement l’accessibilité comme une exigence incontournable, tandis que les Etats-Unis renforcent les obligations via l’Americans with Disabilities Act. Cette évolution mondiale confirme que l’accessibilité numérique est en passe de devenir un critère universel de compétitivité. Pour la Tunisie, s’aligner sur ces standards représente une opportunité stratégique majeure.

Il devient donc urgent de créer un référentiel national d’accessibilité numérique, inspiré du Rgaa, mais adapté aux réalités locales. Un tel cadre permettrait d’harmoniser les pratiques, d’accompagner les institutions et les entreprises dans leur mise en conformité et de positionner la Tunisie comme un acteur régional de l’inclusion digitale.

Dans cette perspective, la formation certifiante agréée Qualiopi et intitulée «Concevoir du contenu numérique et accessible» prend tout son sens. Elle permet d’obtenir le Certificat Éditeur Numérique Rgaa, conforme aux standards Rgaa 4.2.1 et Wcag, et offre aux professionnels les outils nécessaires pour rendre leurs contenus accessibles à tous.

Cette démarche illustre la nécessité d’allier compétences techniques, cadre réglementaire et engagement sociétal pour construire des plateformes véritablement inclusives, notamment dans des secteurs clés comme l’export, la culture ou la santé. Pour approfondir cette thématique, trois ouvrages de référence apportent des éclairages essentiels : «Accessibility for Everyone» de Laura Kalbag, «Inclusive Design for a Digital World» de Regine M. Gilbert, et «A Web for Everyone» de Sarah Horton et Whitney Quesenbery.

Ils démontrent que l’accessibilité n’est pas une contrainte, mais une source d’innovation. En résumé, l’accessibilité numérique constitue une révolution silencieuse qui redéfinit les règles du jeu économique. Pour la Tunisie, s’aligner sur les standards européens Rgaa et internationaux Wcag n’est pas seulement une exigence technique : c’est une stratégie gagnante pour bâtir une économie digitale inclusive, innovante et compétitive.

Les plateformes publiques doivent être les pionnières de cette transformation afin d’inspirer l’ensemble du tissu entrepreneurial. Comme le rappelle une conviction désormais partagée par les experts, dont Abir Sdiri, «chaque jour sans accessibilité est une opportunité perdue. Agir aujourd’hui, c’est construire l’inclusion et la compétitivité de demain».

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Auteur

Sabrine AHMED