L’objectif atteint, l’équipe nationale n’a pas laissé de fortes impressions. La faute uniquement à Sami Trabelsi ? Les joueurs assument eux aussi, tout comme l’encadrement.
Depuis quand l’équipe nationale donnait-elle de fortes impressions à la CAN ?
La Presse — Une équipe de Tunisie qui se qualifie mais qui le fait avec le strict minimum. Sans panache, sans qualité absolue qui donne du plaisir et qui rassure pour la suite. Ce 1-1 face à la Tanzanie a confirmé le malaise de la sélection à cette CAN. Même si c’est un malaise relatif quand on passe deuxième et avec 4 points au compteur. Il y a deux ans, on n’avait pas franchi le premier tour, alors que l’édition d’avant, on s’est qualifié en tant que troisième du groupe.
Forcément, c’est mieux que les deux dernières éditions, voire plus. En 2019, on s’est qualifié en obtenant trois points. Sommes-nous en train d’exagérer et de focaliser trop sur Sami Trabelsi ? Il semble que oui. Les erreurs de casting, l’obstination de Trabelsi à opter pour quelques joueurs, qui ne sont pas en forme, sont-elle suffisantes pour justifier cet acharnement malsain qui va au-delà des limites ?
On ne sait pas, mais Sami Trabelsi, avec ses erreurs commises, a réussi en fin de compte à passer au second tour. C’est le résultat qui compte. Pour le reste, il n’a pas réussi à maintenir la même qualité du jeu qu’on a vue en amical ou lors des éliminatoires. L’équipe alterne le bon et le mauvais. Elle est timide, pas assez créative, mais, en même temps, elle a assuré le premier objectif qu’on lui demande, la qualification au second tour.
Dans toute cette déferlante de critiques et de règlements de compte via ces ridicules et indécents plateaux télé et radio dont certains ont touché le fond, on a besoin d’une lecture réfléchie, sobre et la plus objective possible. On ne peut pas tout reprocher à Sami Trabelsi franchement, l’équipe de Tunisie souffre à la CAN depuis des années et ce n’est pas aujourd’hui que ça va changer.
Que de joueurs de qualité ou moyens se sont succédé tout comme des sélectionneurs tunisiens et étrangers. Est-on parvenu à atteindre la finale d’une CAN depuis 2004. A-t-on gagné un second sacre continental ? Non. Il y a quelque chose qui ne tourne pas rond dans le système sélection depuis plus de 30, voire 40 ans.
Cet épisode de la CAN 2004 ou le mandat de Kasperczak (1994-1997 avant ce Mondial raté de 1998) ou les quelques matches réussis face à des ténors du foot mondial ne sont pas des références ou des cycles qui ont duré ou qui ont créé une continuité par la suite. Regardez les résultats à la CAN, aux éliminatoires de la CAN, aux éliminatoires du Mondial, aux coupes du monde, nous sommes loin des résultats des grandes sélections de l’Afrique.
Les chiffres le confirment tout comme la prestation des différentes générations des joueurs sélectionnés. Cela fait 12 ans qu’on n’a pas gagné le premier match à la CAN depuis le premier passage du même Trabelsi.
Il faut être humble et reconnaître que l’équipe nationale n’a pas pu gagner ses galons en Afrique. Et ce, en dépit d’une longue série de joueurs et de sélectionneurs aux tempéraments et aux compétences différents. Le problème est bien celui d’un potentiel surestimé.
Des erreurs fatales
Là où Trabelsi se trompe à notre avis, c’est qu’il insiste sur certains noms qui n’ont pas séduit. Il le fait par entêtement, c’est clair comme le font plusieurs entraîneurs tunisiens qui insistent sur certains choix contestés pour prouver, bon gré mal gré, qu’ils ont raison. On parle par exemple du poste du gardien confié à Dahmen. C’était visible qu’après le beau parcours en éliminatoires du Mondial, Dahmen est passé par un long passage à vide.
Les derniers tests amicaux et les deux premiers matches de la CAN prouvent bien que Dahmen est en phase de doute et qu’il n’arrive plus à bien capter les balles aériennes ( problème de taille). Alors pourquoi ne pas le ménager et accorder une chance à Ben Saïd, gardien de métier qui était le premier gardien pour un bon moment ?
Aussi, Sâad a été sacrifié bizarrement suite à la pression de certains consultants mécontents, tout comme Hadj Mahmoud ou Chaouat qui méritaient une chance. Cela dit, on ne peut pas faire jouer tout le monde, il y a des choix à faire, des comparaisons à faire et des appréciations, parfois subjectives et émotionnelles qui peuvent léser certains joueurs. Ces joueurs qui doivent assumer leur rang, leurs avantages touchés et le confort de luxe dans lequel ils vivent en sélection. Quand le ballon rebondit sur le terrain, les joueurs deviennent les vrais acteurs.
Les sélectionneurs interviennent pour ajuster ou pour remotiver, pas plus. Tous ces bobards qui se racontent sur le «coaching» ou sur « le génie des entraîneurs en cours de match » sont des superflus médiatiques populistes. On peut bien lire un match, bien le préparer, mais sur le terrain, c’est autre chose. Parlons de ces joueurs qui à chaque événement d’envergure tombent dans leurs travers.
Face au Nigeria surtout, on a vu comment Skhiri, Mejbri, Achouri, Bronn, Talbi, Abdi étaient éclipsés par Lookman, Osimhen, Adams, Iwobi ou Ndidi tout simplement parce que ces derniers étaient meilleurs. On n’a pas de très grands joueurs, et ce, depuis des années. On a maintenant des expatriés qui ont certaines qualités, mais qui ne sont pas encore au rang de Salah, Mahrez ou Mané.
Un joueur comme Hannibal Mejbri, doué et qui a fait de bons progrès, n’a pas été capable d’apporter des solutions devant les Tanzaniens, tout comme Gharbi, Tounekti ou Achouri. Il ne faut pas se tromper de potentiel, on n’est pas une équipe hyper-créative ou de « super stars » capables d’écraser tout ce qui se dresse sur leur chemin.
Ce n’est pas Sami Trabelsi qui assume à lui seul cette déception générale et ce football pas très convaincant. Les joueurs eux aussi ont des comptes à rendre. C’est tout un football tunisien victime de maux durables.