Le rideau est tombé, le 28 décembre écoulé, sur la 56e édition du Festival international du Sahara de Douz. Sur la place de « Hnich », la poussière soulevée par les galops des cavaliers « Mrazig » et transmises par divers écrans finit par retomber, laissant derrière elle une question lancinante : jusqu’à quand le Sahara pourra-t-il se contenter de son passé pour masquer l’absence de son avenir ?
La Presse — Tout est clair comme l’eau de roche : il est des lieux que l’histoire a comblés de dons rares et que la gestion contemporaine s’emploie, parfois sans le vouloir, à dilapider. Douz est de ceux-là. Derrière les images de carte postale, le constat est amer pour qui refuse de se bercer d’illusions : le plus vieux festival de Tunisie est en train de s’enliser dans son propre sable.
Du suicide par la routine
On ne peut qu’être frappé par l’immobilisme du spectacle. D’année en année, les mêmes tableaux se succèdent, immuables, comme si le temps s’était arrêté à l’époque des grandes caravanes. Si le respect du patrimoine est une vertu, son enfermement dans une répétition mécanique est un suicide artistique. A Douz, on ne crée plus, on reproduit. Or, la tradition, lorsqu’elle n’évolue plus, ne protège pas l’identité : elle l’enferme. Le vrai désert n’est plus seulement dans les dunes, il est aussi dans l’imaginaire.
L’illusion de l’international
L’étiquette « internationale » semble de plus en plus usurpée. A l’heure où les festivals du Golfe ou du Maroc investissent massivement dans le marketing digital et les infrastructures de pointe, Douz communique à voix basse. Absence de billetterie en ligne, retard technologique, manque de mixité des délégations… Le rayonnement s’arrête aux frontières de notre Sud. Une chose est sûre — ô combien amer de le redire — un lieu que l’on ne raconte plus finit par disparaître des cartes mentales mondiales.
L’impératif d’une nouvelle vision
Le mal est profond. C’est celui d’une tutelle en panne d’idées. L’Etat, à travers ses ministères, semble se contenter d’un rôle de mécène passif. On débloque des subventions pour la photo officielle, mais on oublie l’essentiel : la stratégie. On a enfermé Douz dans le « folklorique ». Ce mot qui, sous couvert de respect, condamne à la sous-performance.
En refusant d’y injecter de la technologie et de la scénographie de haut vol, on maintient l’événement dans une division inférieure. Le festival est, au demeurant, à la croisée des chemins.
Pour sauver ce joyau, il ne faut pas seulement plus de moyens, il faut un autre logiciel. Cela passe par un changement de la gouvernance pour sortir du giron administratif vers une gestion autonome, capable de lever des fonds et d’exporter son concept. L’autre aspect qui s’impose est celui de l’hybridation en vue de faire du Sahara une terre d’avenir en invitant l’art contemporain, le numérique et les questions écologiques au cœur des tentes.
Professionnaliser sans dénaturer
Il est temps de donner au festival une voix et une esthétique dignes du XXIe siècle. La Tunisie n’a plus le luxe de gaspiller ses atouts. Le désert est une force, à condition de savoir l’habiller des lumières du présent. Sans innovation, sans créativité, Douz ne sera bientôt plus qu’un mirage pour nostalgiques, quand elle devrait être le laboratoire de la culture saharienne de demain.
L’adage : en matière de culture, qui n’avance pas recule. Et Douz, malheureusement, fait du surplace.