gradient blue
gradient blue
A la une Société

Consommation : Le scandale silencieux du gaspillage alimentaire

  • 2 janvier 17:45
  • 6 min de lecture
Consommation : Le scandale silencieux du gaspillage alimentaire

On vient de décider de motiver un certain nombre de parties prenantes, notamment au niveau des restaurants universitaires, pour mettre en place un plan d’action anti gaspillage.

La Presse — C’est bien. Mais depuis que cette idée de lutter contre la gaspillage alimentaire et autres, combien a-t-on organisé de réunions et a-t-on pris des dispositions pour agir, réellement  contre ce qui est devenu un véritable fléau ?

Le gaspillage alimentaire constitue, en effet, un défi majeur à l’échelle mondiale, mais également à l’échelle nationale, où des quantités importantes de nourriture sont perdues ou gaspillées à chaque étape de la chaîne de valeur alimentaire.

On avait même promis une loi pour que tout soit clair. Cette loi, personne n’en parle plus. Et c’est la raison pour laquelle ces « campagnes » que l’on lance pour prouver que l’on pense à tel ou tel secteur, ne rapportent rien.

La Tunisie est réputée pour être un pays qui gaspille trop. Dans bien des domaines. Pourtant on ne donne pas l’impression que l’on prête attention à cette question. C’est ainsi  qu’en février 2025 on a annoncé qu’une stratégie nationale de lutte contre le gaspillage alimentaire verrait le jour en septembre 2025, lancée par l’Institut national de la consommation (INC), en collaboration avec les ministères concernés (commerce, agriculture, industrie, etc.).

Nous sommes au tout débat de l’année  2026 et rien de concret n’a été en fin de compte réalisé. Le concret, nous en sommes persuadés c’est la promulgation d’une loi contraignante, qui montrera le chemin à suivre pour bien des secteurs, qui ont bien des choses à se reprocher.

5% des dépenses alimentaires

Cette stratégie devait « se concentrer  sur plusieurs axes essentiels : sensibilisation du citoyen aux impacts socioéconomiques et environnementaux du gaspillage alimentaire, en impliquant les consommateurs, les industriels, les hôteliers, les restaurateurs, la société civile dans la lutte contre ce phénomène en intégrant cette lutte dans les programmes scolaires, tout en mettant en place un cadre réglementaire spécifique ».

C’est ainsi que nous avons essayé de connaître  ce qui se passe à bien des niveaux. Le gaspillage alimentaire chez les ménages tunisiens s’élève à 5% des dépenses alimentaires selon l’INC,

Les principaux aliments gaspillés sont le pain (16% des quantités consommées), les produits céréaliers (10%) et les légumes (7%).

Selon des experts, la Tunisie devance les pays maghrébins et occupe le premier rang, au niveau arabe, dans le gaspillage de la nourriture.

Chaque année, le Tunisien gaspille 172 kg d’aliments. 113 000 tonnes de pain jetées chaque année par les familles tunisiennes!

Inutile de revenir sur ce qui se passe lors de nos fêtes et à l’occasion du mois de Ramadan.

Au niveau du ministère du Commerce et du Développement des exportations, on  souligne l’importance de cette stratégie, surtout « face aux résultats mitigés des efforts précédents » pour lutter contre le gaspillage alimentaire. “La lutte contre ce phénomène n’est plus une option, mais une nécessité”.

En réponse à l’une de nos questions, le responsable d’une grande surface nous a précisé que « tout ce qui reste est détruit à part quelques produits pour lesquels on réduit le prix et qui sont exposés à part »

L’étalage qui contient ces « produits » est effectivement  à part et est…  ridicule.

Nous avons constaté qu’une seule grande surface procède à  des réductions significatives de nombre de produits, avant la date limite de consommation. Cela concerne les laitages, le poisson, les viandes, les boissons, etc.

Un hôtelier nous a fait part de l’obligation de mettre un terme au buffet, en raison des agissements d’une certaine clientèle qui se sert bien au-delà de ce qu’un homme normalement constitué peut consommer. La moitié de ce qu’il a mis dans l’assiette est à jeter. « Cela nous a obligés à désigner des serveurs. Le client est servi à la portion. S’il a encore faim nous lui servons une quantité supplémentaire C’est le seul moyen de réduire le gaspillage ».

Au marché , depuis que les prix ont augmenté, on découvre que l’on achète à la pièce et non plus au kilo. Cela permet de faire des économies.

Privilégier la réparation à l’achat d’articles neufs

En préparation des célébrations du Nouvel An, l’Instance nationale de la sécurité sanitaire des produits alimentaires a annoncé avoir lancé, depuis le début du mois de décembre 2025, un programme spécifique de contrôle officiel des produits alimentaires sur le marché local. 165 tonnes de produits alimentaires impropres à la consommation ont été saisies et détruites, y compris 3000 unités de pâtisseries jugées dangereuses pour la santé des consommateurs. Ces saisies dont l’origine est l’indiscipline c’est également du gaspillage. Et c’est la raison pour laquelle il faut éduquer et sévir..

De toutes les manières, la promulgation d’une loi sur le gaspillage alimentaire  ( à appliquer rigoureusement et non à garder dans les archives !) et visant à réduire ce gaspillage à toutes les étapes (production, distribution, consommation), en interdisant les plastiques à usage unique, favorisant le réemploi, le retour au verre pour certains produits, vendus en vrac, et en instaurant des objectifs de réduction pour les invendus, avec des sanctions renforcées pour les contrevenants tel qu’on l’a fait dans les pays développés est nécessaire.

Dans ces pays, on oblige les grandes surfaces à donner leurs invendus alimentaires encore consommables à des associations caritatives au lieu de les détruire, sous peine  de sanction. La loi interdit « la destruction des invendus non alimentaires, encourage  le vrac et le réemploi, et met en place un label national antigaspillage pour valoriser les efforts des distributeurs, créant un cadre réglementaire strict et des avantages fiscaux pour le don ».  

On incite à garder le plus longtemps  un appareil ménager en privilégiant la réparation à l’achat d’un produit neuf,  en remboursant une partie des frais de réparation. En Allemagne les consommateurs se présentent avec un sac ou un emballage et sont servis en vrac pour limiter  l’usage du plastique etc.

Il faut absolument essayer d’être plus incisif, plus réaliste et plus rationnel en promulguant une loi, pour que chacun sache à quoi s’en tenir. Nous avons besoin de projets pilotes dans les chefs-lieux, une mobilisation des  jeunes,  une sensibilisation des  entreprises, pour créer des opportunités économiques circulaires, à l’effet de  diminuer notre  dépendance aux importations. Les campagnes ? Elles ont montré leurs limites. Cela est insuffisant. 

Auteur

Kamel GHATTAS