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Culture

Hamza Sellmy et Kais Dhifi exposent à la galerie Yosr Ben Ammar : Deux univers, deux esthétiques

  • 2 janvier 19:15
  • 4 min de lecture
Hamza Sellmy et Kais Dhifi exposent à la galerie Yosr Ben Ammar : Deux univers, deux esthétiques

Les cimaises de la galerie rencontreront, jusqu’au 26 février, les œuvres de Kais Dhifi qui développe une esthétique à dominante industrielle, traversée de références historiques, archéologiques et de réalisme fantastique. 

La Presse — En cette année 2026, que l’on espère plus apaisée et plus clémente pour les peuples opprimés et  pour les cœurs éprouvés, la scène artistique locale, et plus particulièrement celle des arts visuels, s’apprête à accueillir de nouveaux rendez-vous. La galerie Yosr Ben Ammar ouvre le bal en annonçant deux expositions à venir.

Il y a d’abord « Diary of the originator » de Hamza Sellmy, inaugurée l’année dernière (la blague très approximative de circonstances ) et qui se poursuit jusqu’au 10 janvier 2026.   

L’artiste y suit un personnage nommé Duper, figure solitaire en errance dans une ville nord-africaine. Par une succession de fragments du quotidien, Hamza Sellmy dévoile la dramaturgie feutrée de l’existence contemporaine : l’érosion des routines, la pression sourde, le brouhaha consumériste et cette solitude persistante qui infiltre les gestes ordinaires.

Chez Duper, chaque mouvement fragile devient un acte de résistance, un frémissement opposé à l’inertie ambiante. Le projet se déploie alors comme un journal intime autant que comme une traversée initiatique, où chaque jour, malgré sa répétition, ouvre la possibilité d’un recommencement.

Né en 1990 et basé à Sousse, Hamza Sellmy est un artiste visuel autodidacte et entrepreneur qui navigue librement entre peinture, illustration, animation et design. Son univers immédiatement identifiable est très coloré et peuplé de figures à la peau jaune et aux regards cernés, chargées d’émotions à vif. Solitaires et suspendus entre hyperstimulation culturelle et quête identitaire, ces personnages incarnent les tensions de la jeunesse.

Kaïs Dhifi en plein travail

Fondateur du studio créatif Banjer, Sellmy développe une pratique hybride, à la croisée de l’art et du design, investissant la mode, la communication visuelle et l’imaginaire culturel. Il y infuse des fragments de culture tunisienne entre dialecte, tamazight, expressions populaires,  pour construire une esthétique poreuse, capable de dialoguer à la fois avec son contexte social et avec des scènes internationales.

Présenté dans plusieurs expositions collectives en Tunisie, notamment à la galerie Yosr Ben Ammar, et relayé par des publications internationales telles que Dune Magazine ou Ancre Magazine, son travail affirme l’émergence d’une voix visuelle singulière, profondément ancrée dans son temps.

Les cimaises de la galerie rencontreront, par la suite et jusqu’au 26 février, les œuvres de Kais Dhifi. Né en 1980 à Tunis où il vit et travaille, cet artiste développe une esthétique à dominante industrielle, traversée de références historiques, archéologiques et de réalisme fantastique. Son travail interroge les porosités entre savoirs anciens et projections technologiques, entre mémoire du passé et visions du futur.

Alliant techniques artisanales et pratiques vernaculaires à une grande diversité de matériaux et de formes, Kaïs Dhifi façonne des artefacts gravés et des structures métalliques qui semblent surgir d’un futur lointain, observé avec la même fascination que celle portée aux vestiges des civilisations disparues.

A travers des narrations sculpturales, il explore un territoire liminal entre mythe et fiction, révélant les traces d’un monde à la fois imaginé, oublié ou encore à venir. La matière devient alors langage, chaque œuvre agissant comme le fragment d’un récit plus vaste. A la croisée des héritages méditerranéens et d’un imaginaire techno-global, son travail esquisse une contre-mythologie poétique d’un monde contemporain en perpétuelle mutation.

Auteur

Meysem MARROUKI