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Economie

Reprise, investissements et transformation structurelle : Le tourisme africain change d’échelle

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  • 2 janvier 18:15
  • 5 min de lecture
Reprise, investissements et transformation structurelle : Le tourisme africain change d’échelle

Selon les dernières données du «World Tourism Barometer» de l’ONU Tourisme, l’Afrique a enregistré, au premier semestre 2025, la croissance la plus rapide des arrivées touristiques internationales au monde.

Une dynamique qui révèle un changement de statut du tourisme africain, désormais appelé à jouer un rôle plus central dans les stratégies économiques et d’attractivité des pays du continent.

La Presse — La pandémie du Covid-19 avait brutalement interrompu les flux touristiques mondiaux, frappant de plein fouet les économies dépendantes de ce secteur. Pourtant, l’Afrique a déjoué les pronostics. Dès 2023, le continent avait récupéré l’essentiel de ses recettes touristiques d’avant-crise, atteignant près de 96 % des niveaux de 2019. Certaines destinations ont même dépassé ces seuils, illustrant une capacité d’adaptation et de repositionnement souvent sous-estimée.

Cette dynamique s’est confirmée en 2025. Au premier semestre, l’Afrique a enregistré la progression la plus rapide des arrivées touristiques internationales à l’échelle mondiale, avec une croissance à deux chiffres, bien supérieure à celle observée dans les autres régions. Ce rythme soutenu traduit une mutation profonde : le tourisme africain ne se contente plus de survivre aux chocs, il s’affirme comme un secteur résilient et compétitif.

Du rattrapage à la transformation économique

Ce redressement dépasse largement la logique d’un simple rebond post-crise. Le tourisme s’inscrit désormais dans une stratégie de diversification économique pour de nombreux pays africains. Selon les données agrégées par ONU Tourisme, plus d’une centaine de projets touristiques «greenfield» ont été lancés sur le continent depuis 2019, représentant plusieurs milliards de dollars d’investissements et des milliers d’emplois directs.

Le tourisme devient ainsi un levier de transformation structurelle, contribuant de manière croissante aux exportations de services et aux équilibres des balances courantes. Dans plusieurs économies africaines, il figure désormais parmi les principales sources de devises, renforçant sa dimension stratégique au même titre que les secteurs extractifs ou industriels.

Derrière les performances continentales se cachent des réalités nationales très différenciées. Le Maroc illustre cette montée en puissance grâce à une politique volontariste de connectivité aérienne et de diversification de l’offre. En 2024, le pays a franchi un seuil historique en matière de fréquentation touristique, consolidant le poids du secteur dans son produit intérieur brut.

En Afrique de l’Est, le Rwanda a fait du tourisme un pilier central de son modèle économique. L’accent mis sur l’écotourisme, le tourisme d’affaires et l’accueil d’événements internationaux a permis au secteur de devenir la première source de recettes en devises, avec une contribution significative à la richesse nationale. 

En Afrique australe, des pôles comme Cape Town confirment également cette dynamique. Le tourisme y représente une part importante de l’activité régionale, valorisant les ressources naturelles et culturelles tout en renforçant l’attractivité internationale de la destination.

Au-delà des chiffres de fréquentation, le tourisme constitue un puissant générateur d’emplois directs et indirects. Plusieurs analyses estiment que le secteur pourrait créer des millions de nouveaux postes d’ici la fin de la décennie, à condition d’améliorer l’intégration des chaînes de valeur locales et de renforcer les compétences.

Les investissements dans les infrastructures comme les aéroports, hôtellerie, transports intérieurs, services numériques… jouent un rôle clé dans cette dynamique. Ils favorisent non seulement la compétitivité des destinations, mais aussi l’intégration régionale et la diffusion des retombées économiques vers d’autres secteurs, tels que l’agriculture, l’artisanat ou les industries culturelles.

Les limites d’un modèle encore inégalitaire

Cette montée en puissance n’est toutefois pas exempte de fragilités. L’un des principaux défis réside dans la répartition inégale des bénéfices du tourisme. Dans certains segments, notamment le tourisme haut de gamme, une part importante de la valeur ajoutée est captée par de grands groupes internationaux, au détriment des économies locales.

Les emplois créés restent souvent faiblement qualifiés, et les tensions foncières ou sociales persistent dans certaines zones touristiques. À cela s’ajoutent des déficits structurels en matière d’infrastructures de base et de connectivité aérienne, qui limitent encore l’accès de nombreuses destinations africaines aux grands flux touristiques mondiaux. Ces contraintes ouvrent néanmoins la voie à une redéfinition du modèle.

À l’heure où la demande mondiale évolue vers des expériences plus authentiques, responsables et durables, l’Afrique dispose d’atouts uniques. Biodiversité, patrimoines culturels, savoir-faire locaux et diversité des paysages constituent des leviers puissants pour construire un tourisme plus inclusif.

De plus en plus d’initiatives visent à renforcer l’ancrage local du secteur, à favoriser l’innovation et à maximiser les retombées économiques pour les communautés. 

Cette transition pourrait faire du tourisme non seulement un moteur de croissance, mais aussi un outil de développement équilibré et de résilience économique à long terme.

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Auteur

Saoussen BOULEKBACHE