La Banque centrale de Tunisie (BCT) a annoncé le 30 décembre 2025 une réduction de 50 points de base de son taux directeur, le faisant passer de 7,5 % à 7 % à partir du 7 janvier 2026. Une décision saluée comme positive par l’économiste et professeur universitaire Ridha Chkoundali, mais qu’il qualifie de tardive et insuffisante pour relancer réellement la croissance économique.
Selon lui, le seul moteur encore actif en Tunisie est la consommation privée, tandis que l’investissement et l’exportation stagnent. “Malgré cette baisse, le taux directeur tunisien reste le plus élevé après l’Égypte dans le monde arabe, ce qui continue de freiner l’investissement. D’autres réductions sont nécessaires pour que la politique monétaire devienne un véritable moteur économique plutôt qu’un frein”, a souligné l’économiste, dans une note publiée sur sa page officielle Facebook.
Dans ce même cadre, Chkoundali souligne que la Banque centrale dispose d’une marge confortable entre le taux directeur et le taux d’inflation, estimé à 4,9 %.
“Cette différence garantit que le taux réel reste positif même après la baisse et ne pousse pas les ménages à emprunter excessivement pour la consommation… Les prêts directs consentis à l’État, d’un montant de 25 milliards de dinars sur trois ans (dont 11 milliards cette année) à taux zéro et avec un différé de trois ans, ne devraient pas provoquer d’inflation immédiate. Ces prêts financent principalement des dépenses de consommation, dépassant les dépenses publiques d’investissement, évaluées à 6,5 milliards de dinars”, a-t-il encore expliqué.
Cependant, l’économiste dénonce une politique à double mesure : restrictive pour les familles et permissive pour l’État. “La Banque centrale impose aux ménages tunisiens des taux élevés pour limiter les emprunts, tout en prêtant à l’État à taux zéro pour financer la consommation. Il s’agit d’une politique inéquitable”, a-t-il souligné. Il note toutefois que la majorité des prêts aux familles sont destinés au logement, qui constitue, d’un point de vue économique, un investissement et non une consommation.
Pour Chkoundali, la politique monétaire seule ne peut résoudre le problème de l’inflation. Elle doit être accompagnée d’une politique coordonnée avec l’État afin de stimuler l’offre de biens et services et de réduire les obstacles administratifs à l’investissement. Selon lui, l’inflation en Tunisie n’est pas seulement monétaire : elle résulte aussi de la faiblesse de l’offre, de la pression fiscale et des contraintes administratives.
L’expert alerte en outre sur l’explosion de la masse monétaire en circulation, qui atteint 26,8 milliards de dinars, un indicateur selon lui du retour de l’économie parallèle. Cette hausse provient en partie de mesures récentes, telles que la loi sur les chèques et le passage des chèques impayés aux lettres de change, qu’il qualifie de “parmi les pires législations adoptées par le parlement tunisien”.
Malgré ces critiques, la baisse du taux directeur devrait avoir des effets positifs immédiats. Les mensualités des prêts à taux variable diminueront, allégeant le fardeau des ménages. Pour les investisseurs, le coût du financement diminue, ce qui pourrait stimuler certains projets privés. Chkoundali insiste toutefois sur le fait que la Tunisie reste parmi les pays arabes ayant les taux directeurs les plus élevés, derrière seulement l’Égypte, alors que l’Algérie et le Maroc affichent respectivement 2,75 % et 2,3 %. “Pour que la politique monétaire devienne réellement un levier de croissance et d’investissement, des réductions supplémentaires sont indispensables”, a-t-il encore précisé tout en considérant que la mesure de la Banque centrale constitue un pas dans la bonne direction, mais que son impact restera limité tant que des réformes structurelles et une coordination avec l’État ne seront pas mises en place pour soutenir l’investissement, stimuler l’offre et contrôler l’inflation.
