Une adresse pour en finir avec les bureaux verrouillés
Combien de projets structurants, pourvoyeurs d’emplois et de valeur ajoutée, ont été relégués aux archives du possible à cause d’un responsable véreux, figé derrière son bureau, qui ne le quittait que pour courir les séminaires internationaux, s’offrir aux flashs des caméras et collectionner les discours creux ?
Combien d’investisseurs ont vu leurs dossiers s’enliser dans les sables mouvants d’une bureaucratie indifférente, parfois cynique, souvent sourde ? Si les investisseurs déçus parlaient, ils n’écriraient pas un simple rapport: ils rédigeraient un livre entier, fait de rendez-vous manqués, de silences administratifs et d’espoirs avortés.
La décision annoncée par le gouvernement tunisien de mettre en place une adresse électronique unique, dédiée au traitement rapide des dossiers des investisseurs, marque à cet égard un tournant symbolique et politique majeur. Pour la première fois, les plaintes sont invitées à quitter les couloirs obscurs pour arriver à destination, sans détour ni filtre. investment@pm.gov.tn devient ainsi plus qu’un simple outil technique : elle se veut une promesse de transparence, un signal clair adressé à celles et à ceux qui investissent, produisent et créent de la richesse dans ce pays.
Cette initiative, annoncée lors d’un Conseil ministériel restreint consacré au projet de loi sur l’investissement, répond à une exigence longtemps exprimée : celle de la responsabilité. Désormais, tout blocage, tout retard injustifié, tout manquement administratif peut être signalé, documenté et, surtout, suivi. L’administration n’est plus une forteresse imprenable ; elle est sommée de rendre des comptes, à tous les niveaux, du central au local.
La Cheffe du gouvernement l’a rappelé avec force : l’investissement n’est pas une faveur accordée par l’État, mais un pilier fondamental de la croissance, de l’emploi et de la compétitivité nationale. En ce sens, cette décision s’inscrit dans une logique de refondation de la relation entre l’État et l’investisseur, conçue sur la trilogie accompagnement, célérité et efficacité.
Mais une question demeure, cruciale : comment s’assurer que ces plaintes ne restent pas lettre morte ? La crédibilité de la démarche reposera sur la capacité de l’administration à transformer les signalements en décisions, et les décisions en actes. La transparence n’a de valeur que si elle est suivie de sanctions, de correctifs et de résultats palpables.
Cette adresse électronique ouvre une brèche salutaire. Il appartient, désormais, à l’État de la maintenir ouverte, vivante et efficace. Car la confiance, une fois restaurée, peut devenir le moteur silencieux mais puissant du redressement économique.