On a vu pour vous – « Liti Liti / The Attachement » de Mamadou Khouma Gueye : Le récit d’un déracinement
Tanit d’or documentaire aux JCC 2025, « Liti Liti », connu sous son titre « The Attachement », de Mamadou Khouma Gueye s’impose comme l’une des œuvres sénégalaises récentes les plus marquantes.
Le film interroge ce qui relie les êtres — à leurs proches, à leur terre, à une mémoire partagée — dans un monde traversé par les ruptures, l’effervescence urbaine, moderne et le néocolonialisme.
La Presse — Le documentaire capte les petits gestes du quotidien, laisse libre cours à une parole libre, spontanée, retrace un quotidien truffé de mouvement, de brouhaha, de bruits et de casses. « Liti Liti » explore l’attachement sous ses multiples formes : en premier, celui à la terre, ce lieu de vie, puis vient l’affectif, le familial, le social. Subtilement, le film laisse émerger silences et relations humaines authentiques, vraies, solides.
Des liens soudés, qui proviennent principalement de la matriarche au cœur du film. Une dame d’un certain âge, qui raconte le contexte sénégalais actuel et son passé, marqué par les transformations sociales et les bouleversements politiques et économiques. L’intime qui devient collectif : les événements narrés dans le documentaire finiront par l’impacter, physiquement et mentalement.
« Liti Liti » est une expression ancrée dans le langage local, elle évoque la proximité, l’affection, mais aussi la difficulté de se détacher. « L’attachement » peut être à la fois un refuge et un frein. Un ressenti qui empêche d’aller de l’avant, d’évoluer, de changer. En ce sens, « Liti Liti » s’inscrit dans le réel houleux et ses contradictions, esquivant l’idéalisation d’un avenir et celle d’un présent. Point de mention au passé inexistant.
La caméra discrète, laisse le temps aux silences, aux gestes infimes, aux regards avec, comme trame de fond, le lancement d’un TER français, financé par la France. Un chantier titanesque qui promet de changer la vie des Sénégalais, en mieux, mais déracinera, parallèlement, une bonne partie de la population de leur terre. Autant de familles déplacées. Celle au cœur du film est l’une d’entre elles.
« Liti Liti » de Gueye s’inscrit dans la tradition du documentaire africain qui privilégie le vécu, l’humain et l’ancrage social, tout en posant des questions universelles sur l’appartenance, la transmission et la séparation. Le cinéma documentaire sénégalais, et plus largement africain, confirme, une nouvelle fois, sa puissance à transformer des histoires locales en récits profondément universels.
