Commentaire – Croissance économique : la rigueur des chiffres face aux lectures biaisées
Parlons peu, parlons juste, ou plutôt écrivons sobrement et répondons avec rigueur à certains experts du domaine économique qui, sans que l’on en comprenne les raisons, s’emploient à relayer des informations erronées sur l’évolution de la situation économique dans notre pays.
Selon l’un d’eux, très suivi sur les réseaux sociaux et régulièrement sollicité par certaines radios privées, «la croissance économique en 2025 est estimée à 2,5% selon les prévisions du Fonds monétaire international, ce qui en ferait le taux le plus faible au niveau arabe» (sic). Affirmation publiée noir sur blanc sur sa page Facebook. On ne citera pas l’expert par respect à la déontologie journalistique.
Il va sans dire qu’il s’agit là de l’avis d’un expert largement relayé et susceptible d’influencer l’opinion publique. Mais encore fallait-il en vérifier l’exactitude. Vérifications, recoupements et confrontation aux sources officielles ont donc été effectués. Résultat : l’information diffusée ne correspond pas à la réalité des données du FMI. Plusieurs pays arabes affichent, selon les mêmes prévisions, des taux de croissance inférieurs ou comparables à celui de la Tunisie, ce qui invalide clairement l’affirmation selon laquelle le pays serait le dernier de la région en 2025.
Cette tendance à exagérer ou déformer les chiffres soulève une question essentielle: à qui profite cette dramatisation systématique de la situation économique du pays ? Et surtout, pour qui roulent réellement certains experts, qui n’hésitent pas à tronquer les données ou à les sortir de leur contexte pour alimenter un discours anxiogène ?
Si la critique économique est légitime, nécessaire et même salutaire dans toute société démocratique, la propagation d’informations erronées relève toutefois d’une tout autre logique. Elle ne participe ni à la transparence ni à l’amélioration des politiques publiques. Au contraire, elle contribue à affaiblir la crédibilité du pays, à décourager les investisseurs et à installer un climat de défiance, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur.
Le débat public gagne en qualité lorsque les chiffres sont présentés avec rigueur et honnêteté. En revanche, la manipulation ou la sélection orientée des données transforme la critique en instrument de nuisance. Présenter la Tunisie comme un cas isolé ou exceptionnellement défaillant, alors que d’autres pays arabes affichent des taux de croissance comparables, voire inférieurs selon les mêmes sources internationales, relève davantage de la construction d’un récit négatif que d’une analyse objective. Il en est de même dans d’autres domaines, comme ceux des droits humains et de la liberté d’expression.
Ce comportement pose également un problème de principe. La liberté d’expression et la liberté de critique ne sauraient être confondues avec le droit à la désinformation. La première repose sur la responsabilité, la vérification des faits et le respect de l’intelligence du public. La seconde ne fait qu’affaiblir le débat démocratique et détourne l’opinion des véritables enjeux.
À l’heure où la Tunisie fait face à des défis économiques réels, le pays a besoin d’analyses sérieuses, nuancées et honnêtes, non de slogans alarmistes ni de lectures orientées. Car critiquer pour construire n’a rien à voir avec dénigrer pour servir des agendas obscurs, dont les motivations interrogent autant que leurs méthodes.