Transport : pour une remise en question globale
Décidément, le secteur du transport, sous ses différentes formes, continue à inquiéter. Il n’arrive toujours pas à retrouver ses repères, notamment en termes de bon fonctionnement, de ponctualité, de qualité et donc de performance. Ainsi, d’un secteur stratégique dans la politique socioéconomique nationale, il devient une source de nuisance, un fardeau et, surtout, une charge lourde pour nos finances publiques.
Pourtant, l’Etat a pris toutes les dispositions nécessaires pour que cette activité retrouve sa dynamique : des orientations précises, des programmes de modernisation ambitieux, des restructurations ciblées et des moyens financiers, plus ou moins conséquents. Mais ce sont toujours les mêmes défaillances qui ressurgissent et le même diagnostic qui se confirme.
Et tout laisse à croire que la responsabilité est humaine, et cela signifie, bien évidemment, que la bataille contre le désengagement professionnel, l’oisiveté, la corruption et le complotisme est loin d’être finie.
Un constat qui justifie l’emportement du Chef de l’Etat, lors de son entretien lundi dernier avec le ministre des Transports, contre les « graves perturbations qui affectent aussi bien l’activité aérienne, terrestre que maritime ». Des dysfonctionnements sérieux qu’il qualifie d’«inacceptables » et qui nécessitent des décisions urgentes , radicales et sans détour.
Et c’est encore la question de la ponctualité qui domine l’actualité, notamment aérienne. Une vérité désolante, car notre transporteur national, qui a été pendant longtemps « un symbole de performance et de souveraineté économique, accuse, aujourd’hui, une dégradation préoccupante ». Une situation qui est, vraisemblablement, la conséquence directe de pratiques volontaires qui cherchent à forcer la cession et « le renoncement aux entreprises publiques stratégiques ».
Ce diagnostic peu glorieux s’applique aussi au transport terrestre qui accumule les défaillances structurelles, qui se sont traduites par des perturbations à la fois fréquentes et graves et surtout, par une dégradation inquiétante de la qualité à tous les niveaux.
Pourtant, ce secteur a toujours bénéficié d’un intérêt particulier des pouvoirs publics. Il suffit de rappeler que pour l’année 2026, 93% du budget réservé à l’investissement dans le secteur des transports sont orientés vers le terrestre (voir La Presse du 1er décembre).
Au niveau maritime, la situation est similaire, sinon pire. On parle ainsi d’une surexploitation des ressources, de défis logistiques sérieux, de pollution et de dégradation environnementales et de corruption. Et aussi de pertes financières colossales.
Le tableau des transports est, somme toute, sombre. Il nécessite une remise en question globale. Il est question, comme le recommande le Président de la République, d’une reprise en main par l’Etat pour la reconstitution d’un environnement bien favorable et pour la responsabilisation des coupables, sans concession.