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Culture

Jelel Gastli expose « Hortus » : Regarder en douce

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  • 5 janvier 19:15
  • 3 min de lecture
Jelel Gastli expose « Hortus » : Regarder en douce

À la galerie Selma Feriani, Jelel Gastli déplie un journal visuel fait d’intrusions, de souvenirs et de paysages intimes, où la photographie devient un acte de rapprochement.

La Presse — Comme un journal de bord feuilleté à voix basse, ou une poignée de photos sorties d’une boîte à souvenirs, Jelel Gastli raconte — se raconte — et se laisse raconter par des images presque volées. Tout commence par une intrusion, clandestine, dans un jardin.

Un geste à la fois simple et transgressif, qui déclenche un tourbillon de vie, de rencontres, de présences et de figures imaginées.

L’exposition qui habille les murs de la galerie Selma Feriani se déploie avec retenue. Les formats, modestes, rappellent ceux des albums de famille ou des enveloppes de correspondance entretenues pendant des années avec son amie Leïla.

Des images que l’on ne survole pas : elles appellent le corps à s’approcher, le regard à se pencher, presque à se courber. Comme si l’artiste nous suggérait — ou nous imposait — la même posture que celle adoptée lors de cette première traversée interdite.

 

Sur ses pas, la végétation se raconte. Sauvage, livrée à elle-même, tolérant à peine la présence de la pierre. Elle capte la lumière, la reflète, s’en imprègne. Elle devient tour à tour gravure, sculpture, bas-relief. Le noir et blanc s’y déploie en une infinité de nuances, entre éclats et zones obscures, dégradés subtils et ombres profondes. Le geste est immersif, le regard bouleversé.

L’intime affleure sans jamais se livrer pleinement. Derrière cette densité végétale, une vie semble s’agiter. On la devine, on l’imagine, on la fantasme.

« Hortus » se présente ainsi comme un journal illustré, une suite de fragments visuels nés de déambulations discrètes et répétées. Gastli ne documente pas un lieu : il l’éprouve. Il s’y attarde, y revient, enregistre les variations de lumière, de matière, de silence.

La photographie devient un outil de mémoire autant qu’un espace de projection.

Ce travail prend racine dans un moment ancien, fondateur, que l’artiste revisite aujourd’hui avec la distance du temps. Un moment où le regard se forme, où l’élan photographique se confond avec la découverte d’un territoire à la fois réel et mental.

Entre l’élan instinctif et la conscience du geste, quelque chose s’est déplacé : le lieu n’est plus seulement traversé, il est habité par le souvenir.

Dans cette série, Gastli ne cherche ni l’effet spectaculaire ni la démonstration. Il privilégie le détail, la proximité, la sensation tactile presque physique des feuillages, des sols, des surfaces.

La lumière méditerranéenne y est présente sans être triomphante, comme filtrée par le temps et la mémoire.

Chaque image agit comme une page que l’on relit, non pour y retrouver exactement le passé, mais pour en éprouver la persistance.

« Hortus » n’est pas une exposition narrative au sens classique. C’est une expérience de regard, un espace où le spectateur est invité à ralentir, à s’approcher, à entrer à son tour — discrètement — dans ce jardin mental. Un lieu où la photographie devient passage, et où l’acte de voir se transforme en geste intime.

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Auteur

Asma DRISSI