Kairouan : l’effondrement des prix, paralyse la cueillette des olives
Entre des prix de vente en chute libre et des coûts de production qui s’envolent, les agriculteurs de Kairouan tirent la sonnette d’alarme. Le non-respect des tarifs officiels par les industriels paralyse désormais la cueillette, menaçant la qualité de la production régionale.
Malgré l’accord récent entre les ministères de l’Agriculture et du Commerce fixant le prix de référence de l’huile d’olive vierge extra à 10,200 DT/kg, la réalité du terrain est tout autre. Sur les marchés de gros et dans les huileries, les tarifs sont plafonnés à 9 dinars. Pour les oléiculteurs, ce manque à gagner est insupportable car il ne couvre plus les investissements colossaux consentis pour l’irrigation, la taille et l’entretien des vergers.
L’amertume gagne les champs. Nizar Chamkhi, agriculteur local, illustre parfaitement ce blocage : alors que ses olives arrivent à pleine maturité et commencent à joncher le sol, il refuse de lancer la récolte. « Engager des frais de main-d’œuvre pour vendre sous le prix de revient est un suicide économique », confie-t-il, appelant l’État à imposer une régulation stricte, particulièrement face aux exigences des exportateurs.
Le blocage ne se situe pas uniquement au niveau des huileries. Ibrahim Baazaoui, Président de la chambre régionale des propriétaires de pressoirs, pointe du doigt un système grippé.
En effet, les exportateurs refusent d’acheter l’huile au tarif officiel, contraignant les pressoirs à baisser leurs prix d’achat pour ne pas travailler à perte.
L’organisme ne parvient pas à absorber les flux de la récolte actuelle. De plus, les délais de paiement de 20 jours imposés par l’Office sont jugés incompatibles avec les besoins de trésorerie immédiats des professionnels.
Il faut savoir que chaque jour de retard dans la cueillette fragilise les fruits. Les olives tombées au sol s’oxydent rapidement, ce qui risque de dégrader prématurément le cru 2026. Si aucune solution d’urgence n’est trouvée pour stabiliser les cours, c’est tout le prestige de l’huile de Kairouan qui pourrait en pâtir.