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Société

« L’Épopée » : anatomie d’un naufrage poétique et amoureux

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  • 5 janvier 13:23
  • 2 min de lecture
« L’Épopée » : anatomie d’un naufrage poétique et amoureux

Dans son deuxième recueil, L’Epopée, publié aux éditions Arabesques fin décembre 2025, Cyrine Barbirou livre une exploration impitoyable de la passion non partagée. L’ouvrage dissèque  les mécanismes destructeurs de l’amour unilatéral, entre prières adressées à un dieu sourd et tyrannie de l’absence.

Le recueil interroge subtilement la violence des relations asymétriques. La narratrice adopte systématiquement une posture d’infériorité : « Tu es trop beau pour moi », « Je suis trop laide pour être un petit canard ». Cette auto-dévalorisation révèle le paradoxe cruel de la passion : celui qui aime le plus détient le moins de pouvoir.

L’homme inaccessible règne par son absence même, devenant figure tyrannique. Dans « Un monde », le rire, arme de la cruauté, achève d’établir la hiérarchie : « Tu as ri de mon cœur aussi doux que le zéphyr ». D’un côté, celui qui peut se permettre la moquerie ; de l’autre, celle qui s’y soumet avec résignation.

Une libération impossible

Le recueil hésite entre rupture et rechute. Si « Adieu » semble annoncer l’émancipation (« Je m’en vais, cher ami. / Je quitte tes vices et fabulations »), « Demain » replonge dans l’ambivalence toxique : « Je t’immole en pensant à tes beaux yeux. / Je t’aime tellement, tes cris, tes larmes ». L’amant demeure « souvenir, rêve jamais étreint », dont « la douceur assassine le cœur ». La boucle se referme, emprisonnant la narratrice dans un mouvement perpétuel entre espoir et désespoir, entre fuite et impossibilité de partir.

Un témoignage brut et impressionnant

L’épopée constitue un témoignage sans fard sur les ravages de l’amour unilatéral. Barbirou ne cherche ni à édulcorer ni à glorifier sa souffrance : elle la donne à voir dans toute sa complexité contradictoire. Son homme inaccessible, réel ou fantasmé, devient le prétexte d’une exploration sans pitié des mécanismes de la passion. On referme ce recueil avec le sentiment étrange d’avoir assisté à un naufrage en temps réel et d’avoir admiré la grâce avec laquelle la poétesse a su couler.

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Auteur

La Presse