Ce n’est pas l’échec de Sami Trabelsi et de ses joueurs, c’est aussi celui du bureau fédéral et d’un football tunisien gangrené par le copinage, l’incompétence et les petits calculs. Et ça ne risque pas de changer.
La Presse — Scène vue et revue pour la énième fois : la tristesse et la déception de quitter tôt la CAN. Une élimination au premier tour, en huitièmes comme c’est le cas avant-hier, et au meilleur des cas les quarts (exceptionnellement les demi finales), on en a l’habitude maintenant. Par rapport à 2023, on a réussi à passer le tour des groupes, mais voilà que l’équipe nationale retombe dans ses travers.
Amère élimination qui a créé un tollé général sur fond, bien sûr, de ras-le-bol depuis le premier tour et depuis la coupe arabe. Notre équipe nationale a tout fait pour ne pas battre un Mali amoindri par les absences et par une infériorité numérique de plus d’une heure et replié dans ses seize mètres sans le moindre danger. On a dominé en largeur, possédé la balle mais sans créer beaucoup d’occasions, sans réussir à faire le break et déstabiliser le bloc défensif malien.
Et puis quand on est parvenu à tuer le match par le but de Chaouat, on encaisse un but sur un penalty frustrant et faute de main inutile de Meriah (ses erreurs sont toujours payées cash). Le penalty est mal renvoyé par un Dahmen qui a mis la balle dans les filets, alors qu’il pouvait la capter. Les tirs au but ? Trois ratages monstres qui en disent long sur l’état d’esprit et le mental des joueurs qui avaient les jambes en plomb. Un scénario limite «humiliant » parce que cette qualification nous a cherchés incessamment.
Ces joueurs de métier, d’expérience qui sont royalement payés, ne peuvent pas tenir une minute et conserver leur avantage ? Ça dit tout sur la vraie valeur de ces joueurs en grande partie surestimés et qui n’ont pas le mental et les qualités des grands compétiteurs.
On a raté une facile qualification sur un match où tous les facteurs étaient favorables, y compris le terrain. On avait l’impression de jouer à El Menzah (la ressemblance était frappante surtout pour les gradins), tellement le public tunisien était agité et omniprésent. Aucun alibi à cette mésaventure, les choses sont claires.
Sami Trabelsi, le conservateur
Quand on joue à 11 contre 10, il ne faut pas attendre beaucoup pour réajuster son plan de jeu et même changer des joueurs. Trois pivots, deux relayeurs reconvertis en ailiers, et un seul attaquant esseulé et mal inspiré, Sami Trablesi a, encore une fois, versé dans son frustrant conservatisme. Il n’avait pas besoin de plusieurs milieux tellement l’espace était abondant.
Il avait besoin d’ailiers, de créateurs capables de dribbler, il avait besoin d’un deuxième avant-centre pour peser plus dans cette toile défensive malienne. Rien de cela, il a peut-être bien fait de ménager Hadj Mahmoud pour lancer Achouri, mais c’était peu. On a vu l’équipe de Tunisie refaire les mêmes circuits de passes avec Skhiri comme point de départ et Mejbri comme point de liaison qui cherchait les duels et jouait pour ouvrir sur Valéry et Abdi.
La défense malienne a appris tous les mouvements tunisiens répétés. Trabelsi n’a pas lu comme il faut le match. Il fait sortir son meilleur joueur, Mejbri, le seul à pouvoir tenir la balle et répondre au jeu musclé de Dieng et ses équipiers à l’entrejeu. Chaouat, très efficace, est lancé tard, Ben Romdhane n’a rien apporté. De plus, on sentait cette adrénaline qui montait trop lors des tirs au but, sans que Sami Trabelsi ne réussisse à booster le moral des siens.
L’équipe de Tunisie s’est-elle préparée à l’exercice des penalties ? Sami Trabelsi et son staff assument la responsabilité, mais, encore une fois, ce ne sont pas les seuls à blâmer. Ces joueurs nous ont tués avec leurs erreurs depuis la coupe arabe. Meriah, Dahmen, Sassi et plus tard Abdi, Ben Romdhane et Achouri. Sont-ils conscients de leurs ratages face au Mali ? Ces joueurs, que l’on décrit comme exceptionnels et braves, formés en Europe ou qui ont rejoint l’Europe depuis des années, n’ont pas encore atteint le palier de joueurs déterminants.
A l’image d’une sélection qui s’habitue aux revers, qui verse dans son spleen et qui vit dans sa tour d’ivoire. Des comptes doivent être rendus et vite parce que deux échecs de suite et de la sorte, c’est inacceptable. Zyed Jaziri et son ami Houcine Jenayeh, celui qui dirige la fédération dans l’ombre et qui décide de tout, avec quelques «comparses» mis pour tromper les gens, doivent aussi se justifier et assumer leur responsabilité.
Cinq semaines ont montré combien l’équipe de Tunisie est fragile et déboussolée. Parce qu’au fait, c’est le même système qui règne depuis des années. Il y a encore beaucoup à dire sur cette mésaventure de trop qui, semble-t-il, ne va pas changer grand-chose, tellement on est adepte de l’impunité.