La prolifération du charançon rouge du palmier ne relève plus d’un simple problème. Elle s’impose désormais comme un enjeu économique et stratégique majeur, aux répercussions directes sur les finances publiques, le secteur touristique et l’agriculture.
Face à l’ampleur des dégâts et au coût croissant de l’inaction, la lutte contre ce fléau pose une question centrale : la Tunisie peut-elle encore se permettre de retarder une réponse coordonnée à un risque qui fragilise à la fois son patrimoine naturel et ses équilibres socio-économiques ?
La Presse — « La propagation du charançon rouge du palmier se poursuit à un rythme alarmant, entraînant une destruction massive des palmiers d’ornement, en particulier du Phoenix canariensis, devenu au fil des années un symbole fort de nos villes, de nos espaces verts. Nous assistons à une dégradation accélérée d’un patrimoine végétal emblématique, dont l’impact dépasse largement le simple cadre paysager», a déclaré Mohamed Ikbal Souissi, expert en agriculture biologique, en évoquant l’ampleur du phénomène.
Un héritage ancestral en péril ?
Aujourd’hui, le danger ne se limite plus aux zones urbaines. Le risque réel et imminent d’une extension de ce fléau vers les oasis du Sud constitue une menace majeure pour le patrimoine naturel national, l’agriculture biologique et l’équilibre écologique de régions entières. Selon Mohamed Ikbal Souissi, «si le charançon rouge atteint les palmeraies traditionnelles, nous ferons face à des conséquences irréversibles, tant sur le plan environnemental que socio-économique».
Il estime que des milliers de familles pourraient voir leurs moyens de subsistance fragilisés, tandis que des écosystèmes oasiens déjà vulnérables seraient déstabilisés, mettant en péril un héritage ancestral transmis de génération en génération. À cette menace s’ajoute un facteur d’urgence trop souvent sous-estimé.
Les palmiers déjà infestés ou morts, affaiblis par l’action du charançon, se détériorent rapidement sous l’effet combiné des intempéries, de la pluie et de l’exposition prolongée au soleil. «Ces arbres, laissés sans intervention, deviennent avec le temps de véritables bombes à retardement», a alerté l’expert. A la moindre rafale de vent, ils peuvent s’effondrer brutalement. Une situation qui engendre des dégâts matériels considérables et expose gravement les citoyens à des risques pour leur sécurité, voire pour leur vie.
Une intervention rapide et concertée des autorités compétentes
Dans ce contexte, Souissi insiste sur le fait qu’il ne s’agit plus uniquement d’un simple problème. «Nous sommes désormais face à une urgence environnementale, sécuritaire et économique qui nécessite une réponse immédiate, structurée et coordonnée», a-t-il affirmé, en appelant à dépasser les approches ponctuelles pour adopter une stratégie globale et durable.
Face à cette situation critique, la Chambre Nationale de l’Agriculture Biologique et du Tourisme Vert appelle ainsi : à une intervention rapide et concertée des autorités compétentes aux niveaux national et local ; à l’abattage sécurisé, contrôlé et encadré des palmiers morts ou irrécupérables, afin de limiter à la fois les risques pour les citoyens et la propagation du parasite ; au renforcement des programmes de surveillance, de prévention et de lutte biologique, en privilégiant des solutions durables, efficaces et respectueuses de l’environnement ; à une large sensibilisation des collectivités locales, des agriculteurs et des citoyens sur les risques, les bonnes pratiques et l’importance d’une mobilisation collective.
«Protéger nos palmiers, c’est préserver notre patrimoine naturel, soutenir une agriculture durable et défendre le tourisme vert», a conclu Souissi, en rappelant que cet enjeu concerne avant tout la sécurité des concitoyens et l’avenir des territoires. Agir aujourd’hui n’est plus un choix. C’est une nécessité absolue.