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L’équipe nationale se sépare de Sami Trabelsi : C’est plus compliqué que cela !

  • 6 janvier 19:30
  • 5 min de lecture
L’équipe nationale se sépare de Sami Trabelsi : C’est plus compliqué que cela !

Enième départ d’un Tunisien à la tête de la sélection après une contreperformance à la CAN. Il faudra chercher d’autres explications, et d’autres solutions.

La Presse — Il y a deux ans, Jalel Kadri, incapable de qualifier l’équipe de Tunisie au deuxième tour de la CAN, dut quitter son poste. Ce n’est pas nouveau donc ces départs forcés après la CAN ou après n’importe quel revers. Montassar Louhichi, avec un nul contre la Namibie, était obligé d’arrêter son intérim, Kebaier était poussé à la sortie peu après la CAN, Faouzi Benzarti s’est enfui après un parcours peu brillant en éliminatoires de la cette CAN laissant Yaâkoubi et Najjar face à leur destin pour réussir à se qualifier difficilement et partir eux aussi.

Nabil Mâaloul n’avait pas connu un meilleur sort après deux expériences ratées en équipe nationale, et la liste est encore longue de ces techniciens tunisiens lâchés après un échec. A tel point que l’on peut évoquer une précarité au poste de sélectionneur national. Une moyenne terrible de sélectionneurs venus et partis. Sami Trabelsi a bouclé la boucle d’une série de treize sélectionneurs de 2011 jusqu’à aujourd’hui! Pratiquement, un sélectionneur par an.

Un chiffre qui donne une idée claire de ce qu’est l’équipe nationale. Le départ de Sami Trabelsi et son large et «léger» staff n’était pas une surprise, la vitesse avec laquelle cette décision était prise l’était peut-être. Trabelsi paye cash toutes ses erreurs, et aussi les erreurs et le niveau moyen de ses joueurs qui ont prouvé toutes leurs limites.

Il paye cet encadrement personnifié et ce copinage dans les convocations, ce qui nous a donné une sélection «hybride» entre anciens cadres parachutés et imposés, et une autre génération de joueurs expatriés enthousiastes, mais qui se sont heurtés à un système verrouillé. La question va plus loin que Sami Trabelsi.

Il était là pour essayer de guider les joueurs avec son vécu d’ex-capitaine de l’équipe nationale, mais il avait un territoire à ne pas dépasser. Il ne pouvait pas décider de tout, il ne pouvait pas (ne voulait pas) être équitable vis-à-vis des joueurs parce que certains choix n’étaient pas les siens. Zyed Jaziri et derrière lui Houcine Jenayeh, le vrai décideur de l’équipe nationale, tiraient les ficelles du jeu.

Finalement, Sami Trabelsi, qui voulait tout, a tout perdu. Sa plus grosse erreur aura été de s’entêter à diriger l’équipe nationale à la coupe arabe et à enterrer l’idée d’une sélection A’. Au bout du compte, il a raté la coupe arabe, il s’est mis tout le monde à dos, et puis à la CAN, son casting, ses changements, sa gestion des matches ne furent pas une lumière. Il devait quitter, ça c’est sûr.

En laissant derrière lui une équipe hétérogène où on voulait faire plaisir à tout le monde : d’anciens cadres qui sont toujours là bon gré mal gré comme Dahmen, Meriah, Sassi, Sliti, Skhiri, Bronn, Mâaloul, de nouveaux clients avec ces expatriés ambitieux emmenés par un rebelle Hannibal Mejbri qui mène un groupe de talents qui n’arrivent pas à détrôner le premier groupe des anciens.

Le reste, ce sont des réservistes dont quelques-uns lésés et préférant être à l’écart dans l’attente d’une perche à l’image de Chaouat, Hadj Mahmoud ou Ouannès. Dans ce paysage spécial, les relations n’étaient pas tendues et conflictuelles certes, mais il y avait des animosités, un clanisme clair. Il y avait de la solidarité certainement, mais les choix de Sami Trabelsi, les deux poids deux mesures vis-à-vis de certains joueurs, avaient créé le doute.

Le match du Mali était sûrement le match le plus mal géré de Trabelsi. Une qualification aux quarts lui tendait les bras, il n’en a pas voulu, lui et ses joueurs. Encore une fois, c’est le même décor, un entraîneur remercié avec son staff et qu’on veut présenter comme le seul responsable de cet échec. Non, ce n’est pas vrai. C’est plus complexe que cela.

Un autre entraîneur aurait pu être là et qualifier l’équipe aux quarts, mais le mal de la sélection n’aura pas changé. Un mal chronique depuis des années et qui touche tous ses aspects. L’entourage de cette sélection a créé une culture et imposé des joueurs et des choix que n’importe quel nouveau sélectionneur doit accepter ou partir.

Celui qui veut réussir doit révolutionner ce cadre, le changer et mettre dehors ces joueurs influents, leurs agents aussi, et ces responsables fédéraux qui entérinent certaines pratiques. Sami Trabelsi connaît bien son poids et savait aussi qu’il ne peut être le seul décideur. Il a accepté ce jeu, cette parodie pour en payer les frais vers la fin.

Quand il y aura une vraie justice dans les choix de joueurs, quand de vrais responsables exemplaires dirigeront la sélection, quand on ramène ces bons et futurs grands joueurs et qu’on donne la chance aux plus méritants, l’équipe nationale ira nettement mieux.

Auteur

Rafik EL HERGUEM