Curieux quand même que l’on ne veuille pas comprendre que la spéculation n’est pas le fait d’une réaction spontanée, mais bien une organisation bien en place, qui sait comment et quand se déployer et quand se replier, lorsque le milieu ambiant n’est plus propice à leurs activités maléfiques.
La Presse — Les points de vente directe du producteur aux consommateurs leur a fait bien du mal, surtout lorsque la route est barrée face à ceux qui s’étaient habitués à prendre en main les stands proposés et imposer «leurs» prix.
Les points de vente pour les producteurs de dattes ont été un véritable succès, à Tunis du moins, où les consommateurs étaient venus nombreux et manifestement tentés par les prix extrêmement favorables.
Ces points de vente, dont nous avons toujours soutenu la multiplication partout, doivent savoir garder leur réputation.
A la suite d’un certain nombre de passages, nous avons constaté que celui ouvert à l’Ariana s’est tout simplement aligné sur le marché municipal de ce chef-lieu. Pire, avec une qualité qui laisse à désirer. C’est dire que l’on ne doit jamais baisser la garde face à une spéculation vivace et toujours disposée à s’emparer des lieux qui se sont fait une réputation.
Le directeur de l’Organisation tunisienne de conseil aux consommateurs, Lotfi Riahi, a mis en garde, dans une déclaration à la radio Diwan FM, «contre une hausse prévisible des prix des fruits, conséquence de la forte augmentation récente du prix des bananes. Il a expliqué que la spéculation et le marché parallèle ont transformé ce produit, autrefois régulateur du marché, en un facteur de pression à la hausse sur les prix.
Il a également plaidé pour un contrôle plus strict des importations et des ventes, ainsi que pour une réglementation des opérations d’importation afin de garantir que les bananes parviennent aux consommateurs à des prix maîtrisés».
Il ne suffit pas de poser des questions mais bien de proposer des pistes pour que les différentes parties prenantes quittent les bureaux qu’ils ont rejoints, une fois la «campagne» occupation des trottoirs et chaussées terminée, les bobines de la TV rangées, les commentaires d’appréciation engrangés.
En effet, comment expliquer que l’on mobilise des équipes pour ramasser des chaises et des tables, alors qu’on laisse faire lorsque des bananes, arrivées on ne sait comment, envahissent même les marchés municipaux avec des prix oscillant entre dix huit et vingt-cinq dinars le kilo?
D’où viennent ces bananes? Comment ont-elles traversé le pays pour se déployer partout?
Et considérant que nous sommes en pleine saison des dattes et des agrumes, il y a sans aucun doute anguille sous roche.
Le marché est envahi par les restes des pommes et bien entendu par ces deux fruits de saison, dattes et oranges, que l’on s’est évertué à afficher à des prix dépassant tout entendement.
Des oranges pour jus sont à un dinar et six cents millimes! Avec en prime, une qualité qui laisse à désirer. Ne parlons pas des fruits exotiques comme les avocats ou les ananas qui pourraient figurer dans une bijouterie.
La manipulation que le directeur de l’Organisation tunisienne de conseil aux consommateurs a laissé entendre est donc assez claire et on devrait relancer les services concernés, pour reprendre en main la situation.
Ces descentes des services de contrôle qui se multiplient font beaucoup de bien et resserrent l’étau, mais considérant que ces brigades ne possèdent pas le don d’ubiquité, elles ne peuvent pas être partout. Le meilleur moyen de les assister est bien d’intervenir pour connaître l’origine des produits que l’on propose à la vente, que ce soit à l’intérieur des marchés ou sur les chariots et vérifier les factures.
La lutte contre la spéculation est une action de tous les jours et à ces tentatives de dérégler le marché (ces bananes n’ont pas à être là !), il faudrait répondre par l’augmentation des quantités des produits de saison locaux et disponibles à déverser sur le marché, pour protéger la production nationale et éviter de faire le jeu de la spéculation.
Les bananes, on les importera sans doute pour réguler le marché et faire le joint entre une saison et une autre. Elles seront proposées à des prix convenables, mais c’est au consommateur, conscient, convaincu, de se prémunir contre cette spéculation en refusant d’acheter.
Tout simplement.