Il ne suffit pas d’amener un technicien étranger pour redresser la barre. Le football tunisien a besoin d’une refonte profonde pour redorer son blason.
La Presse — Ce n’est malheureusement pas la première déception. L’équipe de Tunisie est sortie par la petite porte de la CAN du Maroc. Une élimination qui reste en travers de la gorge étant que la qualification nous tendait la main.
Maintenant que le mal est fait, cela ne sert à rien de se lamenter. Toutefois, il est impératif de faire un vrai bilan cette fois-ci et qu’on ne se serve pas de Sami Trabelsi et de son staff comme boucs émissaires.
Ils sont tous responsables, staff technique, joueurs et membres fédéraux des choix faits pour la Coupe arabe et leurs répercussions sur la participation à la CAN.
Au-delà des compétences…
Pendant des années, des voix se sont élevées demandant de donner leur chance aux entraîneurs tunisiens pour prendre en main la sélection nationale. Au-delà des résultats obtenus des uns et des autres, aucun n’a réussi à convaincre ne serait-ce que par une personnalité forte. Quant aux listes des joueurs convoqués, on se demande si le principe du plus méritant a été réellement respecté!
Ces dernières années, la meilleure performance réalisée à la CAN a été obtenue par un technicien étranger, le Français Alain Giresse, à la CAN d’Egypte en 2019 avec la quatrième place. Malgré ces bonnes performances, le bureau fédéral de l’époque a jugé bon de remercier Alain Giresse sous prétexte que l’équipe de Tunisie ne convainc pas.
A se demander qui, au sein du bureau fédéral de l’époque, avait la compétence nécessaire pour juger Alain Giresse? C’est dire que même quand nous avons amené ces dernières années un technicien étranger valeureux, on n’a pas su aller au bout d’un projet sportif.
Aujourd’hui, plus que jamais, l’équipe de Tunisie doit être conduite par un technicien étranger. Avec l’ossature des joueurs de binationaux dont nous disposons, nous sommes en mesure de constituer un nouveau groupe à alimenter par quelques joueurs locaux qui émergent et qui méritent réellement une place en équipe nationale A.
Un championnat terni
Ces 15 dernières années, le championnat de Tunisie a beaucoup régressé. Il ne constitue plus un tremplin pour les joueurs africains. Il n’y a plus d’entraîneurs étrangers de qualité, étant donné que les clubs tunisiens n’ont plus les ressources financières nécessaires pour payer de gros salaires, sans compter les dossiers litigieux à la Fifa à cause d’impayés. Puis, il y a l’infrastructure sportive qui s’est dégradée d’une année à l’autre.
La Tunisie qui a accueilli les CAN de 1994 et de 2004 ne dispose aujourd’hui que d’un seul stade homologué par la CAF, celui de Radès. Ceci dit, pour que le championnat tunisien retrouve sa compétitivité, il est impératif de le professionnaliser à 100%.
Son statut juridique actuel, qui demeure hybride, ni amateur, ni professionnel à 100%, accable les clubs sur le plan financier et les empêche de fonctionner normalement.
Réactiver les centres régionaux
Autrefois, le Centre de formation de Borj Cédria était un fleuron du football tunisien, encadrant la crème des talents du football tunisien. Et pour que les jeunes talents puissent intégrer le centre de Borj Cédria, il fallait passer par les centres régionaux.
Le travail au sein des sélections jeunes doit retrouver sa profondeur dans les centres régionaux à réactiver partout dans le pays pour qu’ils retrouvent une place de choix dans le dispositif de formation de nos jeunes footballeurs.
Bref, il y a tout un travail en profondeur et en amont à faire pour que notre football retrouve son rayonnement. Un grand chantier à attaquer.