Très présentes dans le tissu économique tunisien, les micro-entreprises regroupent la majorité des unités employeuses et contribuent largement à la création d’emplois et à la lutte contre le chômage.
Toutefois, derrière ce poids numérique se dessinent des fragilités liées à une faible capacité de croissance, d’investissement et de formalisation, comme le révèle la première édition du Rapport national sur l’entreprise de l’Iace.
L’enjeu actuel consiste à consolider ces structures à travers un meilleur accompagnement et un accès facilité aux microfinancements.
La Presse — Les micro-entreprises continuent de jouer un rôle social important, en contribuant à la résorption du chômage et à l’amélioration des revenus des ménages. Du point de vue du nombre, elles représentent une part significative du tissu économique tunisien. Mais cette domination numérique révèle également une certaine fragilité, liée à l’atomisation du tissu productif et à leur difficulté à évoluer vers des structures de plus grande taille.
La première édition du Rapport national sur l’entreprise, publiée récemment par l’Iace, livre une véritable radioscopie du tissu économique tunisien et met, ainsi, en lumière le poids économique de la micro-entreprise. En se basant sur les statistiques les plus récentes de l’INS, le rapport souligne que ces dernières totalisent près de 85 % des entreprises employeuses.
Une dynamique de micro-entrepreneuriat
En 2023, elles ont assuré 27 % de la production de biens et services marchands et contribué aux impôts directs à hauteur de 3 %. Avec près de 90 mille unités, les micro-entreprises ont représenté, en cette même année, près de 11 % du total des unités économiques. Entre 2021 et 2023, leur nombre a progressé de 5,2 %, une hausse qui traduit, selon le document, une dynamique de micro-entrepreneuriat soutenue par les initiatives d’auto-emploi et les dispositifs d’appui aux très petites structures.
Toutefois, une lecture macroéconomique de ces chiffres révèle un autre constat : la domination numérique de ces unités laisse entrevoir une forte atomisation du tissu productif. Etant de très petite taille, la majorité d’entre elles demeure caractérisée par une faible capacité d’investissement et de formalisation.
« Leur poids très important dans la structure économique souligne leur rôle social essentiel, mais aussi la nécessité d’un accompagnement spécifique pour renforcer leur viabilité et leur capacité à croître vers le segment des PME », explique le rapport.
En effet, les micro-entreprises concentrent plus de 17 % des emplois créés par les entreprises, soit un emploi sur six dans le tissu économique national. Un taux qui illustre l’importance socioéconomique de ces structures, notamment en matière d’emploi indépendant, de lutte contre le chômage et de formalisation progressive des activités informelles.
Des limites structurelles…
La progression relativement significative (5 %) du nombre d’emplois générés par cette catégorie d’entreprises entre 2021 et 2023 reste toutefois plus modérée que celle observée dans les entreprises de plus grande taille. Selon le rapport de l’Iace, cet état de fait traduit les limites structurelles des micro-entreprises : fragilité financière, faible capacité d’investissement, accès difficile aux marchés publics et au financement bancaire, ainsi qu’une productivité souvent réduite.
« L’enjeu actuel consiste à consolider ces structures à travers un meilleur accompagnement, un allègement administratif et un accès facilité aux programmes de digitalisation et de microcrédit », souligne le document. Sur le plan sectoriel, le rapport indique que le tissu micro-économique tunisien reste dominé par des secteurs à faible intensité capitalistique, souvent informels, orientés vers le marché intérieur et fortement dépendants des conditions locales de consommation.
Ainsi, près de la moitié des micro-entreprises opèrent dans les services, où le secteur du commerce concentre à lui seul près de 29,5 % des unités, dont 15,5 % actives dans le commerce de détail. Ces chiffres témoignent, selon le rapport, du poids des activités marchandes de proximité et de l’informel. Viennent ensuite les services sociaux (enseignement, santé et action sociale) avec 14,4 % des unités, suivis par l’industrie (16,3 %), principalement dans le textile-habillement.
L’hébergement et la restauration constituent également un pôle significatif avec 9,5 % du total, majoritairement des structures familiales.
Souvent informelle !
La répartition géographique de cette catégorie d’entreprises met en évidence une dynamique différenciée, dominée par les districts II et IV, qui totalisent chacun 10,94 % des micro-entreprises en Tunisie. Ce positionnement s’explique, selon le rapport, par un écosystème entrepreneurial plus favorable dans ces régions, soutenu notamment par des infrastructures économiques, une meilleure proximité des marchés et une densité plus élevée de services d’appui (financement, accompagnement, formation).
« Leur capacité à attirer et à stabiliser les micro-entreprises témoigne d’une économie locale plus structurée et plus résiliente », note le rapport. En revanche, les districts I et V attirent respectivement 7,22 % et 9,55 % du total des micro-entreprises, ce qui peut s’expliquer par des contextes où la création d’entreprise demeure plus fragile et souvent informelle.
« Ces écarts soulignent que les conditions locales (accès au crédit, infrastructures de transport, présence d’incubateurs ou de programmes régionaux) influencent directement l’émergence des micro-entreprises », conclut le rapport.