« Zombies philosophiques » de Selima Triaa : Entre fantaisie et vertige
« On est entourés de zombies philosophiques, des êtres qui ressemblent aux humains mais qui ne le sont pas, qui n’ont aucune conscience. Mes dessins racontent cet état de fait à l’aune de réalités sociopolitiques », explique Selima.
Pour elle, ces zombies renvoient aussi aux individus happés par l’intelligence artificielle et enfermés dans un monde de plus en plus déshumanisé.

La Presse — La galerie Kalysté présente, du 10 au 31 janvier, « Zombies philosophiques » une exposition signée Selima Triaa.
Autodidacte, Selima Triaa est économiste de formation, spécialisée en commerce international. Sa rencontre avec la peinture relève presque du hasard : un atelier animé par Mohamed Chalbi agit comme un déclencheur décisif, l’incitant à approfondir cette pratique jusqu’à lui ouvrir, en 2011, les portes du Printemps des Arts de La Marsa.
Elle entame son parcours d’exposition en 2012 avec « Légendes urbaines » à El Teatro Aire Libre, pour reprendre en 2018 avec « Second souffle » à la Maison des Arts, « Temps d’arrêt » à Imagin’ en 2020 et « Au-delà de ce que tu vois ! » à la Librairie Fahrenheit 451 en 2024.
Aujourd’hui installée comme artiste indépendante dans son atelier-maison, Selima Triaa mène de front ses recherches plastiques, l’enseignement artistique auprès des enfants et un engagement citoyen en faveur d’une Carthage propre et vivable.
Avec « Zombies philosophiques », elle propose un corpus de dessins et de collages (fait à partir d’anciens dessins), tantôt monochromes, tantôt colorés, à travers lesquels elle explore cette figure théorique issue de la philosophie de l’esprit : un être identique à l’humain jusqu’au niveau atomique, mais dépourvu de toute expérience consciente.
Le zombie se déploie ainsi sur plusieurs plans d’existence : une vie matérielle, inscrite dans les livres, les écrans et la culture visuelle, et une vie abstraite, nourrie par l’espace symbolique et réflexif qu’il génère.
S’il trouve son origine dans le fantastique, il a progressivement investi le champ philosophique, devenant un outil conceptuel pour interroger la conscience, la liberté, le rapport à la mort et, plus largement, les fondements de l’humanité.
Cette irruption du zombie dans la pensée contemporaine n’a rien d’anecdotique. L’émergence et la persistance d’une véritable « culture zombie » ou d’un « genre zombie » dans la culture populaire ont suscité un intérêt croissant dans les sciences humaines, donnant lieu à des travaux universitaires, des cours spécialisés et des publications académiques.
La philosophie s’est emparée de cette figure pour mettre à l’épreuve les frontières entre l’humain et le non-humain.
« On est entourés de zombies philosophiques, des êtres qui ressemblent aux humains mais qui ne le sont pas, qui n’ont aucune conscience. Mes dessins racontent cet état de fait à l’aune de réalités sociopolitiques », explique Selima.
Pour elle, ces zombies renvoient aussi aux individus happés par l’intelligence artificielle et enfermés dans un monde de plus en plus déshumanisé.
À travers une écriture automatique et un graphisme foisonnant, Selima Triaa déploie un univers peuplé de figures fantastiques et ludiques, où affleure une part d’enfance revendiquée.
Derrière l’apparente fantaisie, ses œuvres et leurs titres, finement ancrés dans l’actualité sociopolitique, interpellent le spectateur et le ramènent à une humanité fragile, sans cesse bousculée.
