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Prix gonflés et ventes conditionnées : Le revers du réveillon

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  • 8 janvier 18:15
  • 6 min de lecture
Prix gonflés et ventes conditionnées : Le revers du réveillon

La célébration du nouvel an a été, pour certains, entachée par des pratiques frauduleuses. Les arnaques opérées dans les activités commerciales relatives à cette occasion ne cessent, à chaque fois, de trahir l’esprit aigrefin qui caractérise bon nombre de commerçants.

La Presse — Cette année encore, les réclamations et les signaux de dénonciations n’ont pas tardé à interpeller les organisations de défense des droits des consommateurs, à savoir l’Organisation de défense du consommateur (ODC) et l’Organisation tunisienne d’information du consommateur (Otic).

Prix gonflés et vente conditionnée

Des gâteaux de qualité discutable et dont les prix s’avèrent être gonflés, une matière première douteuse qui laisse un arrière-goût désagréable, des offres hôtelières et de restauration ne répondant pas à la qualité requise et qui, de surcroît, obéissent à l’antivaleur des ventes conditionnées ; autant de figures et de facettes que porte la fraude spécial réveillon.

«Nous avons reçu beaucoup de réclamation et de dénonciation sur l’arnaque effectuée durant la célébration du nouvel an. Ces dénonciations ont porté, surtout, sur la vente conditionnée à laquelle ont eu recours certains restaurants et hôtels. En effet, certains ont exigé des groupes de quatre clients au minimum.

Les clients étaient amenés à passer des commandes de menus complets. D’autres commerces ont imposé un tarif d’accès outre celui de la consommation. Cette dernière, notamment pour les salons de thé, ne devrait pas, selon le règlement du lieu, se limiter à une boisson», indique M. Lotfi Riahi, président de l’Organisation tunisienne de l’information du consommateur (Otic) à La Presse.

Autant de réclamations que d’arnaques

En deuxième lieu, surviennent les réclamations sur les prix des gâteaux et l’absence d’un bon rapport qualité-prix. Il faut dire que les prix relatifs aux offres des gâteaux de fin d’année relèvent du non-sens. Ils n’ont comme fondement que cette liberté dont jouissent les pâtissiers-commerçants d’appliquer des prix qui les arrangent et qui étofferaient leurs caisses au détriment du consommateur.

Selon M. Hassine Guaddeh, président du bureau régional de l’ODC à Kairouan, les prix des gâteaux spécial nouvel an ont atteint les 150dt et les 200dt; des prix inhabituellement appliqués aux gâteaux dans la région. «L’ODC a reçu une trentaine de réclamations, portant sur les prix salés, aussi bien des gâteaux que des poulets rôtis.

Ces derniers qui ont été proposés assortis de garnitures, à vingt dinars. La qualité des gâteaux a fait l’objet, quant à elle, de 25 réclamations. Quant aux menus sur commande, ils ont été à l’origine d’une douzaine de réclamations», indique M. Guaddeh à La Presse.

Lobbies et inapplication des lois

Il est clair que les prix appliqués aux produits les plus demandés durant cette occasion posent un sérieux problème. Inappropriés à la qualité d’une part, et au pouvoir d’achat, de l’autre ; les prix sont montrés du doigt afin d’alerter les parties concernées et rappeler les commerçants à l’ordre. «La liberté des prix ne convient pas à notre contexte national.

Elle ne peut être appliquée sans un climat de concurrence transparente. Prenons l’exemple de la matière première propre aux pâtisseries que sont les fruits secs. Notre pays produit les amandes, les pistaches et les pignons. Notre production est telle qu’elle nous permet aussi bien l’autosuffisance du marché national que l’exportation.

Du moment, poursuit M. Riahi, que nous avons notre autosuffisance en fruits secs, l’augmentation des prix n’a pas de justificatifs, à moins que les lobbies de la filière en décident autrement».

Et d’ajouter qu’à défaut d’application des fiches techniques spécifiques au domaine de la pâtisserie et en l’absence de fixation de la marge bénéficiaire par l’institution de tutelle, les prix resteront à jamais fixés et imposés à la guise des commerçants.

Gare aux produits de contrebande !

La hausse des prix des fruits secs pousse les commerçants et les consommateurs à recourir à des produits d’origines douteuses ; des fruits secs de contrebande, qui proviennent d’autres pays et dont les circuits sont dépourvus de toute traçabilité et de toute transparence.

«  Il est compréhensible de voir les consommateurs acheter au moins cher, vu la détérioration du pouvoir d’achat.

Des intrus sautent sur l’occasion pour proposer des produits tout prêts et de les exposer dans les souks et même sur la route. Or, ces produits échappent au contrôle. Les produits risquent d’être périmés. Certains fruits secs sentent l’humidité.

C’est pour cette raison, poursuit M. Guaddeh, que nous insistons toujours sur la prise de conscience des consommateurs. Nous les appelons par conséquent à être regardants sur la qualité, à dénoncer toute arnaque et toute pratique frauduleuse dont la non-mention des prix.

Nous les appelons aussi à faire preuve de savoir-vivre en prenons soin de préparer eux-mêmes les produits qu’on a pris l’habitude d’acheter durant ces fêtes de grande consommation. Cela leur coûte moins cher en étant sans risque aucun sur la santé».

Il note, par ailleurs, que l’Insspa a multiplié les actions de contrôle économique et sanitaire un mois et demi avant la célébration du nouvel an afin de lutter contre l’usage des ingrédients périmés et de mauvaise qualité.

«Cette action a permis d’enregistrer des procès-verbaux. Des commerces ont été sanctionnés de fermeture. Des quantités importantes de matières premières ont été confisquées notamment des œufs, des colorants alimentaires et autres», renchérit M. Guaddeh. 

Les réclamations qui ont été faites auprès de l’Otic, suite à la célébration du nouvel an ont porté, également, sur les tarifs exorbitants des dîners-galas  et des séjours du réveillon.

La lutte contre les pratiques frauduleuses durant les fêtes implique, outre les actions de contrôle économique et sanitaire ainsi que la sensibilisation du consommateur, des mesures claires et applicables, dans le but de garantir la transparence commerciale durant les fêtes. «  Il convient de contrôler les offres, notamment du point de vue qualité-prix.

Il faut aussi, fixer la marge bénéficiaire pour garantir la transparence de ces commerces. L’instance nationale de la sécurité sanitaire des produits alimentaires vient de procéder à la saisie d’énormes quantités de produits alimentaires non conformes aux normes. Les chiffres, poursuit M. Riahi, disent long sur le laisser-aller qui menace notre marché mais montrent, en revanche, que des efforts sont fournis, désormais, pour faire face au fléau ».

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Auteur

Dorra BEN SALEM