Reprise de la ligne TGM : Les banlieusards attendent toujours
Nonobstant les orientations présidentielles et les recommandations de la Cheffe du gouvernement appelant à accélérer l’exécution des projets de transport public, la circulation sur la ligne Tunis–La Goulette–La Marsa (TGM) n’a pas encore retrouvé un fonctionnement pleinement normal.
Engagés depuis février 2024, les travaux de remplacement des deux ouvrages sur cette ligne stratégique, confiés à une entreprise privée, continuent de perturber le trafic par des interruptions et des ralentissements répétés.
À ce stade, aucune date n’a été annoncée pour la reprise de la circulation sur les deux voies, tandis que l’achèvement du chantier est fixé à février 2026.
La Presse —Derrière les communiqués techniques et les calendriers annoncés se dessine une réalité souvent peu visible, celle de milliers de banlieusards pour qui chaque déplacement est devenu un exercice d’anticipation et de patience, parfois source de stress et de fatigue accumulée.
Des solutions de substitution insuffisantes face à l’ampleur du besoin
Aux premières heures du matin, les quais, autrefois bondés, offrent désormais une image sensiblement différente. Étudiants, employés, ouvriers et fonctionnaires s’y font plus rares, conséquence directe des travaux engagés et du remplacement progressif des rames du TGM par des services de bus.
Là où l’attente du train rythmait le quotidien, les usagers ont dû s’adapter à une organisation plus incertaine, marquée par des correspondances multiples et des temps de trajet allongés.
À cette contrainte s’ajoutent les aléas climatiques. Canicule en été, froid en hiver viennent accentuer les difficultés des usagers de tous âges, d’autant que certains arrêts de bus ne disposent pas d’abris adaptés, exposant les voyageurs à des conditions d’attente souvent éprouvantes.
Certes, la Société des transports de Tunis (Transtu) a bien mis en place des mesures d’accompagnement, notamment le renforcement ponctuel de certaines lignes de bus, comme la ligne 347, lors des arrêts partiels ou totaux du TGM.
Mais sur le terrain, ces alternatives peinent à absorber le flux massif des usagers, d’autant que l’aspect architectural de la ligne Tunis–Goulette–Marsa, avec des rues étroites et non adaptées à la circulation de grands bus, ne fait qu’accentuer les embouteillages et compliquer les déplacements, notamment au niveau de l’avenue Habib-Bourguiba, à La Goulette et au Kram.
Aux heures de pointe, les bus sont pris d’assaut, souvent dès les premières stations. Des citoyens décrivent des scènes de bousculade, des trajets inconfortables, et des correspondances manquées, notamment pour ceux qui doivent enchaîner plusieurs moyens de transport pour rejoindre leur lieu de travail ou d’études.
Pour les personnes âgées, les femmes enceintes ou les citoyens à mobilité réduite, la situation est encore plus pénible. Beaucoup évitent désormais le TGM et ses solutions de remplacement, quitte à recourir à des transports privés coûteux, grevant un budget familial déjà sous pression.
Une ligne vitale pour la banlieue nord
Le TGM n’est pas une ligne secondaire. Il constitue un axe structurant pour la banlieue nord de Tunis, reliant des zones densément peuplées au cœur administratif et économique de la capitale. Sa perturbation prolongée indéfiniment ne fait que pénaliser ceux qui n’ont pas d’alternative crédible.
Dans plusieurs quartiers de La Goulette, de Carthage et de La Marsa, des familles organisent désormais leurs journées au gré des aléas du transport, partant plus tôt et rentrant plus tard, au prix d’une fatigue accumulée et d’un temps de vie réduit. Le recours au covoiturage s’est progressivement imposé comme une solution d’appoint, sans pour autant être accessible à tous.
Les autorités rappellent que ces chantiers sont indispensables. La ligne TGM souffre de décennies de sous-investissement, de vétusté des équipements et de fragilité de certains ouvrages d’art.
Les travaux en cours portent sur la sécurisation des ponts, la réhabilitation des voies ferrées et la modernisation des installations électriques, avec pour objectif de garantir la sécurité des voyageurs et la pérennité du réseau.
La Transtu a également annoncé un projet d’acquisition de nouvelles rames, destinées à améliorer la capacité et le confort du TGM à moyen terme. Une perspective attendue avec impatience par les usagers, même si l’échéance reste lointaine (2027).
Au sommet de l’État, la question du transport public est désormais posée comme un enjeu social majeur. Le Président de la République, Kaïs Saïed, a dénoncé à plusieurs reprises la dégradation des services de transport et insisté sur le fait que la mobilité est un droit fondamental, condition de l’accès au travail, à l’éducation et aux services publics.
Dans la même dynamique, la Cheffe du gouvernement a appelé l’année dernière à l’accélération de l’exécution des projets de transport et à la levée des obstacles administratifs qui freinent leur réalisation, soulignant la nécessité de restaurer la confiance des citoyens dans le service public.
Au-delà de son rôle quotidien pour des milliers de banlieusards, la ligne TGM constitue un véritable vecteur économique et touristique pour le Grand Tunis. Elle relie la capitale aux zones emblématiques que sont La Goulette, Sidi Bou Saïd, les ruines de Carthage ou encore La Marsa, desservant la majorité des visiteurs et touristes qui explorent ces sites.
Sa modernisation et la mise en service de nouvelles rames ne représentent donc pas seulement un gain de confort pour les usagers réguliers, mais un levier essentiel pour dynamiser le secteur touristique et renforcer l’attractivité de la région.
Enfin, il convient de rappeler que Tunis a été désignée Capitale arabe du tourisme pour 2027 lors du Conseil ministériel arabe du tourisme en décembre 2025. Il est difficile d’imaginer la ville accueillir cette distinction sans nouvelles rames sur la ligne stratégique du TGM.
Autres précisions : sur cette ligne, les guichets sont parfois ouverts, mais demeurent souvent sans agents pour servir les passagers désireux d’acheter leurs billets, un constat établi sur le terrain… hier, mercredi 7 janvier 2026.