Tribune – Sabkhet Ben Ghayadha : Mahdia à l’heure des choix structurants
Par Borhene DHAOUADI
Il est des moments où une ville se retrouve à la croisée des chemins, appelée à décider non seulement de son avenir urbain, mais aussi de la place qu’elle souhaite occuper dans l’architecture nationale. Mahdia vit aujourd’hui l’un de ces moments charnières. Avec l’entrée en phase opérationnelle du projet Sabkhet Ben Ghayadha, la cité fatimide ne se contente pas d’annoncer une ambition : elle engage une transformation concrète, réfléchie et assumée de son territoire.
Ce projet d’envergure, déployé sur 142 hectares dont plus de 30 hectares de plan d’eau, vise à requalifier une zone longtemps marginalisée et sous-exploitée pour en faire un pôle urbain intégré. Habitat, activités économiques, tourisme, services et espaces naturels y sont pensés de manière cohérente, dans une logique de développement durable, d’intelligence territoriale et de cohésion sociale. Il ne s’agit ni d’un geste isolé ni d’un simple aménagement, mais d’une vision structurée de la ville de demain.
Une convention structurante pour une ambition assumée
La dynamique actuelle prend racine dans la signature, en novembre 2025, d’une convention structurante réunissant des acteurs institutionnels et privés autour d’un objectif commun. Paraphée par l’Instance générale de partenariat public-privé, au nom de l’État tunisien représenté par le ministère de l’Équipement et de l’Habitat, et par le groupement MAP / Arlynk / PwC, cette convention marque le point de départ d’un processus rigoureux de sélection d’un partenaire stratégique chargé de la mise en œuvre du projet.
La cérémonie, organisée au siège du gouvernorat de Mahdia, s’est tenue en présence du ministre de l’Équipement et de l’Habitat, Slah Zouari, du gouverneur, Anis Laâdhari, du président de l’Igppp, Atef Majdoub, ainsi que de parlementaires, de responsables publics et des représentants du consortium. Au-delà du protocole, cette rencontre a consacré une méthode : celle d’une gouvernance ouverte, fondée sur la transparence, la concertation et l’implication des acteurs locaux.
Le pilotage du projet a été confié à un groupement international aux compétences complémentaires. MAP, cabinet d’urbanisme et de design territorial reconnu en Europe et en Afrique, apporte son expertise en conception urbaine. Arlynk intervient sur les volets marketing territorial et communication institutionnelle, tandis que PwC Tunisie assure les études économiques et financières ainsi que la structuration du partenariat public-privé.
Ensemble, ces acteurs sont chargés de conduire les études stratégiques, élaborer le master plan, définir une stratégie de position nement ambitieuse et attirer des investisseurs de haut niveau dans le cadre d’un appel d’offres international prévu avant la fin de l’année 2026.
Les responsables du consortium, réunis récemment à Mahdia, ont tenu à préciser que le contrat s’inscrit dans une démarche progressive et exigeante. Il prévoit l’analyse des travaux antérieurs, l’intégration des préoccupations exprimées par les habitants et l’orga- nisation d’ateliers thématiques portant sur l’environnement, l’agriculture urbaine, la smart city, l’inclusion des jeunes et des femmes, ainsi que le développement de l’économie locale.
Une démarche participative ancrée dans l’identité du territoire
La première phase de cette mission s’ouvre ce mois de janvier, du 12 au 14, à travers une série de conférences et de rencontres structurées autour de trois axes majeurs. Le premier est consacré à la mémoire et à l’identité de Mahdia, avec une conférence mettant en valeur son patrimoine fatimide, ottoman et méditerranéen, ainsi que ses liens historiques avec la mer. Le deuxième aborde le développement régional, en inscrivant Sabkhet Ben Ghayadha dans la vision globale des grands projets territoriaux.
Le troisième repose sur des ateliers de concertation destinés à recueillir l’avis des citoyens, des élus, des professionnels et de la société civile sur les choix urbains, techniques et paysagers à venir.
Ces rencontres dépassent le cadre formel de la consultation. Elles traduisent une volonté de dialogue réel et de co-construction, affirmant que le projet ne se fera pas pour les habitants de Mahdia, mais avec eux. Dans le même esprit, un concours d’identité visuelle mobilise étudiants, artistes et habitants autour de la création du nom, du logo et de la charte graphique du projet, contribuant à bâtir un ouvrage collectif et partagé.
À l’issue de cette phase, plusieurs livrables sont attendus : une synthèse des contributions citoyennes et professionnelles, un cadre stratégique de communication et de marketing territorial, un storytelling capable de porter l’ambition du projet à l’échelle nationale et internationale, ainsi qu’une feuille de route opérationnelle définissant les étapes concrètes des mois à venir.
Ceci pour dire que Sabkhet Ben Ghayadha dépasse ainsi le seul périmètre de Mahdia. Inscrit dans une dynamique régionale et nationale, ce projet aspire à stimuler l’économie, diversifier l’offre touristique, renforcer l’attractivité territoriale et créer des emplois durables. Surtout, il propose une autre manière de penser la ville tunisienne : une modernité qui dialogue avec l’identité, un développement qui respecte l’environnement et une gouvernance qui place l’habitant au cœur du projet. Car une ville construite avec ses citoyens est une ville qui avance sans renier son âme.
B.D.
*Directeur du programme auprès du Groupement MAP / ARLYNK
N.B. : L’opinion émise dans cette tribune n’engage que son auteur. Elle est l’expression d’un point de vue personnel.

